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Corse-Continent français, le grand chambardement


shippax CFI

Alors que se prépare la campagne d'été, 2013 se présente comme une année charnière pour les liaisons maritimes de ferries entre la France et sa plus grande île métropolitaine, la Corse. Les règles de dessertes pour les trois concurrents (SNCM, La Méridionale et Corsica Ferries) changeront au 1er janvier 2014. L'incertitude règne.


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Le Napoléon Bonaparte au large de Marseille quelques mois avant son accident (photo F.Dubessy)
Le Napoléon Bonaparte au large de Marseille quelques mois avant son accident (photo F.Dubessy)
Pour ce dernier été avant la mise en application des nouvelles règles de Délégation de service public (DSP) le 1er janvier 2014, les compagnies maritimes fourbissent leurs… armements. La loi sur la continuité territoriale, dont le principe date de 1976 et se justifiait pour désenclaver la Corse, offre un régime spécial à la desserte maritime entre le continent français et l'île de Beauté.
Longtemps en situation de monopole, la SNCM (aujourd'hui filiale à 66% de Veolia Transdev, 25% État et 9% salariés) et la Compagnie Maritime de Navigation (devenue la Méridionale) assumaient ce rôle de service public avec des pertes justifiées par l'obligation d'une offre et de capacités à l'année malgré les très fortes variations saisonnières.

Quand Corsica Ferries entre dans le bal en 1996 en proposant un Bastia-Nice, toute cette petite économie valse. Les bateaux jaunes italo-corses se positionnent ensuite sur Toulon. Non concernés par la continuité territoriale, les deux ports continentaux bénéficient néanmoins du système d'aides sociales aux passagers (résidents corses, jeunes, familles nombreuses, personnes âgées soit les 2/3 du trafic total) créé en 2002. Et concurrencent donc fortement Marseille, précarré de la SNCM et de la Méridionale. D'autant plus qu'une succession de conflits sociaux vont détourner la clientèle sur l'outsider.

Moby Lines un petit tour et puis s'en va

Mobylines a vite déclaré forfait (photo N.B.C.)
Mobylines a vite déclaré forfait (photo N.B.C.)
La SNCM perd ainsi en 2004 son titre de port numéro un de passagers vers la Corse au bénéfice de Corsica Ferries qui reste aujourd'hui le premier armateur sur la Corse. Les Italos-Corses marchent sur les plates-bandes de la vieille dame. Et l'obligent à partager son gâteau jusqu'à en obtenir 65%.

Dans le même temps, l'arrivée de ce nouvel acteur dope le trafic passager qui progresse de 46% entre 2001 et 2010 selon l'Office des transports corses (OTC).
L'aide sociale au passager aiguise, en avril 2010, l'appétit d'un quatrième larron, MobyLines. Mais, faute d'argent public, la compagnie sarde se retrouve rapidement en difficultés. Elle cessera dès février 2011 son Toulon/ Bastia.

En 2013, les compagnies ennemies se retrouvent donc seules sur la grande bleue pour un été qui promet d'être chaud. D'autant plus que les actuels concessionnaires de la desserte de service public maritime entre les ports de la Corse et celui de Marseille, SNCM et La Méridionale, semblent en mauvaise posture face à Corsica Ferries pour emporter le nouvel appel d'offres.

Une offre concentrée sur l'été

L'outsider Corsica Ferries est devenu leader (photo F.Dubessy)
L'outsider Corsica Ferries est devenu leader (photo F.Dubessy)
En combinant deux notions paradoxales, service public pour les « Corses du continent » très présents dans le sud de la France, et concurrence acharnée pour séduire les touristes de plus en plus nombreux mais sur un marché limité par ses capacités hôtelières, cette desserte repose sur différents enjeux bien au-delà d'une simple traversée maritime de la mer Méditerranée.
 
D'abord, pour les trajets continent français-Corse, le bateau (3,18 millions de passagers + 2,3 %) reste largement en tête des moyens de transport utilisés pour rejoindre l'île de Beauté. L'aérien ne séduit que 2,7 millions de passagers.
 
Ensuite, le vrai marché maritime de la plus grande île métropolitaine françaises se concentre sur les seuls quelques mois estivaux. Les beaux jours amènent les recettes tant pour les compagnies que pour l'économie locale. Et le reste de l'année creuse les déficits. Comme le montre l' étude menée par Marc Simeoni Consulting finalisée en 2013, « la part du trafic touristique passe, pour le maritime, de 50% en décembre à 95% en août. » Selon l'OTC, la semaine du 8 au 15 août se traduit par un solde excédant les 400 000 voyageurs. La période estivale (mai à septembre) représente 73% des trafics annuels. Ainsi, la SNCM a transporté 734 000 passagers durant l'été 2012. Corsica Ferries 1,43 million.
Les seuls mois de juillet et d'août assurent la moitié du trafic annuel. Des touristes à 70% Français.
 
Les armateurs s'adaptent donc et ajustent leur offre en privilégiant les car-ferries.

Les ports secondaires assurent les seules progressions

Seuls les ports secondaires corses voient leur trafic progresser. Ici l'ïle Rousse (photo F.Dubessy)
Seuls les ports secondaires corses voient leur trafic progresser. Ici l'ïle Rousse (photo F.Dubessy)
Depuis la DSP de 2007, peu de changement est intervenu dans la flotte si ce n'est l'arrivée du Jean Nicoli (Pâques 2009) en remplacement du Monte Cinto chez la SNCM et du Piana en janvier 2012 (sortie du Scandola) pour La Méridionale. Cet été, une vingtaine de navires des trois compagnies croiseront sur la traversée.

L'enjeu est de taille. À tel point que Corsica Ferries a décidé, pour la première fois, de positionner l'ensemble de sa flotte de Mega Express et ainsi de proposer seize traversées par jour en haute saison. « Pour optimiser le nombre de rotations et ainsi améliorer notre offre par rapport à 2012 », souligne Pierre Mattei, directeur général de la compagnie. Cette saisonnalité jaillit donc sur l'économie même de l'île de beauté dont les ports secondaires sont désertés en dehors de l'été. Seraient-ils desservis, demain, sans la notion de service public ? Avec la réduction de 35 M€ des compensations dès 2014 (l'aide aux passagers disparaît au 31 décembre 2013), alors que la desserte est subventionnée depuis la Monarchie de Juillet, la donne pourrait s'en trouver bouleversée. Et ce, alors qu'en 2012, les progressions de trafic se trouvent justement uniquement dans ces ports secondaires. Bastia (- 5% pour l'été 2012) et Ajaccio (- 2%) accusent une baisse. Propriano (+18%), Calvi (+17%), Porto Vecchio (+8%), L’île Rousse (+5%) et Bonifacio (+4%) connaissent de fortes progressions. Enfin, l'aspect social demeure primordial. Sans cette DSP, la survie même de la SNCM semble en jeu. La compagnie réalise la presque totalité de son trafic sur l'axe Marseille/Corse seul bénéficiaire de cette DSP. Son président du directoire, Marc Dufour, le soulignait en janvier 2013. Seule cette DSP peut permettre à la compagnie de regagner des parts de marché mais aussi de renouveler sa flotte.

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Un marché de 3 millions de passagers par an

En 2012, les liaisons maritimes entre la Corse et le Continent français enregistraient 3,1 millions de voyageurs (4,38 millions en ajoutant les ferries en liaison avec l'Italie) contre 2,7 millions pour l'avion.
A noter qu'un opérateur, Moby Lines, présent sur le Bastia/Toulon, n'est plus présent sur la desserte entre la Corse et le Continent depuis février 2011. La compagnie sarde y sera resté moins d'un an (140 000 passagers transportés en 2010 et 4 000 en 2011).
Les deux grands concurrents Corsica Ferries et SNCM (avec la Méridionale – ex CMN) se partageaient donc à nouveau le gâteau en 2012.
 
Selon les chiffres fournis par les compagnies, en 2012 la SNCM a transporté 1,09 million de passagers, La Méridionale 244 000 et Corsica Ferries 1,83 million. Avec 3,1 millions de passagers, la desserte connaît une hausse de 2,3% par rapport à 2011.
 
Corsica Ferries, malgré la perte de près de 83 000 passagers en un an (-5,6% sur le Toulon/Corse et -2,1% sur le Nice/Corse), demeure largement le premier armateur pour les liaisons franco-françaises de l'île avec les deux tiers des passagers transportés sur cet axe mais perd des parts de marchés (-6,5% entre 2011 et 2012) face à son concurrent, la SNCM.
 
Toulon confirme sa place de premier port pour la desserte de la Corse. Nice puis Marseille suivent.

F.D.




La SNCM perd son navire amiral avant la bataille capitale

Certains malicieux y voit un symbole ! Le navire amiral de la flotte SNCM se trouve hors service pour la saison été pourtant capitale pour l'avenir de la compagnie. La faute à une tempête le 28 octobre 2012 venue propulser le Napoléon Bonaparte sur le quai du port après la rupture de ses amarres.

En pleine discussion sur le nouvel appel d'offres pour la desserte Corse-Continent, le choc n'en finit pas de résonner. Après une pénitence de plusieurs mois, la poupe posé sur le fond, le bateau désarmé ronge désormais son frein dans la forme 8 du port de Marseille, balafré par deux brèches de 6 m² à la jonction de deux compartiments où l'eau s'est engouffrée. Les séquelles restent importantes. “Toute l'électricité du navire est à refaire. Nous avons des remontées d'eau jusqu'aux ponts supérieurs” commente Erik Lacoste, directeur de la flotte de la compagnie française.

Cette immobilsation de neuf mois, alors que le bateau (opérationnel depuis 1996) devait sortir de la flotte en 2014, a obligé la SNCM à trouver rapidement un remplaçant avec l'Excelsior de Grandi Navi Veloci entré en service en février sous pavillon tricolore. Livré en 1999 par les chantiers italiens Fincantieri Sestri de Gênes, l'Excelsior desservait la ligne Civitavecchia-Palerme. Le voilà sous les couleurs de la SNCM jusqu'en septembre 2014. Le car ferry oppose certes ses 202,20 mètres de long (28 m de largeur) aux 172 mètres (30,40 m de largeur) de son prédecesseur de trois ans son aîné. Mais il ne pourra transporter que 2 253 passagers contre 2 462 pour le Napoléon Bonaparte.

F.D.

 



Les forces en présence entre la Corse et le Continent français pour l'été 2013

Destination Compagnies Bateaux affectés
Marseille / Bastia SNCM et La Méridionale Pascal Paoli, Piana, Danielle Casanova, Excelsior, Paglia Orba, Jean Nicoli
Marseille/Porto Vecchio SNCM Paglia Orba, Jean Nicoli
Marseille/Île Rousse SNCM Monte d'Oro
Marseille/ Calvi SNCM Monte d'Oro
Marseille/Ajaccio SNCM et La Méridionale Excelsior, Danielle Casanova, Paglia Orba, Girolata
Marseille/Propriano La Méridionale et SNCM Kalliste*, Excelsior, Danielle Casanova
Toulon /Bastia Corsica Ferries et SNCM Mega Express, Mega Express II, Mega Express III, Mega Express IV, Mega Express V, Mega Smeralda, Corse, Méditerranée
Toulon/Île Rousse Corsica Ferries Mega Express, Mega Express II, Mega Express III, Mega Express IV, Mega Express V, Mega Smeralda,
Toulon/Ajaccio Corsica Ferries Mega Express, Mega Express II, Mega Express III, Mega Express IV, Mega Express V, Mega Smeralda,
Toulon/Propriano SNCM Excelsior, Danielle Casanova
Nice/Bastia Corsica Ferries et SNCM Mega Express, Mega Express II, Mega Express III, Mega Express IV, Mega Express V, Mega Smeralda, Corse, Méditerranée
Nice/Île Rousse SNCM et Corsica Ferries Mega Express, Mega Express II, Mega Express III, Mega Express IV, Mega Express V, Mega Smeralda, Monte d'Oro
Nice/Calvi Corsica Ferries et SNCM Mega Express, Mega Express II, Mega Express III, Mega Express IV, Mega Express V, Mega Smeralda, Monte d'Oro
Nice/Ajaccio Corsica Ferries et SNCM Mega Express, Mega Express II, Mega Express III, Mega Express IV, Mega Express V, Mega Smeralda, ,Corse


* Avec extension en Sardaigne trois fois par semaine l'été.
 

(Sources : Compagnies maritimes / Copyright econostrum.info)



Lundi 25 Mars 2013

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