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Controverse sur la rénovation des Ateliers Mécaniques à la Seyne-sur-Mer


La réhabilitation des anciens Ateliers Mécaniques de la Seyne-sur-Mer, près de Toulon, suscite le débat. D'un côté, un projet ludo-commercial retenu par l'ensemble des élus et porté notamment par Immochan. De l'autre, celui retoqué de Maciej Adamowicz mais qui n'a pas dit son dernier mot et porte l'affaire en justice.


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En 2012, la mairie de La Seyne-sur-Mer lançait un appel à projet pour la rénovation de l'ancien chantier naval de la ville (photo de la municipalité)
En 2012, la mairie de La Seyne-sur-Mer lançait un appel à projet pour la rénovation de l'ancien chantier naval de la ville (photo de la municipalité)
FRANCE. Dans l'attente du résultat des élections municipales qui se déroulent les dimanches 23 et 30 mars 2014 et celui du procès en cours contre la décision de la ville, qui sera examiné entre les deux tours, le projet de réhabilitation des Ateliers Mécaniques mobilise à la Seyne-sur-Mer.

En juin 2012, la ville de la Seyne-sur-Mer, près de Toulon, lançait un appel à projet pour le réaménagement et la réhabilitation des Ateliers Mécaniques (aussi dénommé le hangar CPM) situés sur le site de l'ancien chantier naval de la ville. Vestiges des Chantiers de la Méditerranée créés en 1711, cette friche industrielle, laissée à l'abandon depuis 2008, n'est plus qu'un terrain de jeu de 25 000 m² pour les nombreux graffiteurs.

Dans le cahier des charges, la municipalité offre "une quasi-carte blanche aux investisseurs sur la nature et la réalisation du projet", afin de recueillir "des propositions originales". Quelques obligations et recommandations ressortent tout de même. Notamment celles de conserver les deux principales nefs et la charpente métallique du hangar, de ne pas créer de supermarché et de se référer "dans l'idéal" aux besoins de la ville et à l'histoire ouvrière des lieux. La municipalité met également, sur la table des négociations, la question de la dépollution et du désamiantage du site, qu'elle compte bien laisser à la charge de l'investisseur.

Le travail commence alors pour Maciej Adamowicz, mandataire d’un groupement d’entreprises composé notamment de Cegetec, du groupe Qualiconsult, avec l'aide de l'architecte Richard Lavelle, des investisseurs All Suites Resort and Spa, Altissimo et de la société Kinepolis. Germe le projet intitulé "2014 Renaissance des ateliers mécaniques de la Seyne".

Mais il n'est pas le seul à plancher sur le dossier et doit aussi compter avec trois autres candidats dont un groupement constitué de CGR Cinémas, Immochan France (filiale immobilière du groupe Auchan), l'agence Ollivier architectes et le bureau d'ingénierie BURGEAP.

Le cinéma tant attendu retoqué

Roulements de tambours... Le 25 juillet 2013, la ville confie la transformation des Ateliers mécaniques au groupe CGR-Immochan, qui aurait "reçu tous les suffrages, lors du vote des élus", précise la municipalité sur son site officiel.

Ce projet représente un investissement de 42 M€, entièrement pris en charge par CGR et Immochan. Le financement comprendra 80 % de fonds propres et le reste proviendra de la commercialisation des espaces au sein de la galerie. Le début des travaux est programmé, si tout se passe bien, pour septembre 2014 avec une livraison au public en septembre 2016, selon le site officiel de la mairie.

Si tout se passe bien... Car la Commission départementale d'aménagement commercial (CDAC) vient de rejeter l’exploitation cinématographique prévue dans le projet, le 14 mars 2014. Le groupe CGR Cinémas va faire appel. De quoi compliquer les choses...

Battu, Maciej Adamowicz n'en est pas moins battant. Après avoir déposé contre le choix de la mairie un premier référé au tribunal administratif de Toulon jugé irrecevable, le contentieux se trouve actuellement entre les mains de la Cour administrative d'appel de Marseille. Elle étudiera donc le dossier le 24 mars 2014.

Le dossier retoqué envisageait un musée interactif ("pour apporter son lot de souvenirs dans ce lieu historique" souligne son promoteur), un pôle de sports extrêmes (escalade avec Altissimo, simulateur de chute libre avec Body Flight et spot de surf indoor avec la société Surf Indoor), un cinéma Kinepolis, des espaces bar et restauration avec une micro-brasserie et un marché de Provence, une piscine/spa, 80 salles polyvalentes de 20 à 200 m² avec espaces de co-working et, à l'extérieur, une voile de 16 000 m² pour permettre aux entreprises d'organiser des événements avec vue imprenable sur le port. Sans oublier un pôle hébergement et accueil (All Suites Resort & Campus) et des logements grands standing (lofts de 100 à 300 m²). "Nous nous inspirons de la rénovation du chantier naval de la ville de Gdansk en Pologne et du Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée (Mucem à Marseille), pour créer une richesse locale tout en rehaussant le niveau culturel et touristique du lieu" pointe Maciej Adamowicz. D'origine polonaise, il a travaillé sur l'embellissement de la ville de Gdansk et de son port et a mis en place le jumelage entre cette ville et Nice.

Le montant de l'investissement aurait été de 47 M€, pour 50% de financement en fonds propre et le reste sous forme de dette amortie sur vingt-deux ans. Le projet prévoyait en outre la création de 80 emplois directs dont 30 saisonniers et un chiffre d'affaires annuel de 6M€ avec plus de 50 000 visiteurs.

"Nous tenions là un formidable projet pour ramener de l'emploi, de l'investissement et participer au renouveau de La Seyne-sur-Mer". La déconvenue est palpable dans sa voix. Selon lui, le projet retenu "ne propose rien d'autre qu'un centre commercial comme on peut en trouver dans n'importe quelle ville à la sortie d'une aire d'autoroute (...) Le nôtre proposait de remettre un site au goût du jour avec une vision pour demain", assure-t-il avec mélancolie.

Le dossier non retenu n'aurait pas respecté le cahier des charges

Maciej Adamowicz au milieu et à ses côtés Lech Walesa, ancien président polonais et Ryszard Gruda, ancien adjoint à l'urbanisme de la ville polonaise Gdansk, lors de la mission d' aménagement et de valorisation des Chantiers navals de la ville (photo MA)
Maciej Adamowicz au milieu et à ses côtés Lech Walesa, ancien président polonais et Ryszard Gruda, ancien adjoint à l'urbanisme de la ville polonaise Gdansk, lors de la mission d' aménagement et de valorisation des Chantiers navals de la ville (photo MA)
Le concurrent CGR-Immochan prévoit lui de construire un hôtel, des restaurants, un espace culturel, des surfaces commerciales, un parking et un cinéma doté de neuf salles (voir vidéo). La mairie sur son site internet soutient que ce dernier "attendu depuis seize ans" va ravir "tout le monde". Et c'est le point commun entre les deux projets !

"C'est un désastre pour le centre-ville" s'inquiète Maciej Adamowicz: "4 000 m² de ludiques, 3 900 m² d’espaces commerciaux, 2 500 m² de bars et restaurants. Ce centre commercial représenterait près du double de la surface totale des commerces du centre-ville !" Et les 100 places de parking prévues restent "bien insuffisantes, car leur produit nécessite au moins 1 400 places !", marmonne-t-il, lui qui prévoit un parking de 800 places et même une hélistation !

Si la municipalité n'a pas souhaité répondre à nos questions, "préférant attendre le délibéré du tribunal" pour s'exprimer de façon officielle, une source proche du dossier assure que le projet de financement du groupement représenté par Maciej Adamowicz "n'est pas clair". Par ailleurs, le dossier non retenu n'aurait pas respecté le cahier des charges interdisant de le lier à celui du futur port de plaisance. Ceci afin d'éviter que l'abandon de l'un n'infléchisse l'autre. Il s'agit selon la source, de "deux projets bien à part. Nous ne pouvons associer la faisabilité de l'un avec celle de l'autre". Par ailleurs, le projet présenté à la presse ne serait "pas le même que celui soumis à la mairie".


Maciej Adamowicz réplique. Selon lui, le projet "n'est pas lié de près ou de loin ni administrativement ni financièrement avec le port". D'autant que la veille du dépôt du dossier, le 19 décembre 2012, la délégation de service public pour la rénovation du port avait été confiée au groupe Sifa. S'agissant du projet, il assure que la mairie "avait bien en main l'ensemble du dossier présenté en presse, avant les délibérations."

Désormais, il garde un œil sur le futur scrutin en espérant qu'en cas de victoire l'opposition "remettra les compteurs à zéro", et permettra aux quatre projets d'être "enfin examiné par la commission ad hoc, afin que l'on puisse mettre en exergue nos grandes lignes de financement."



Mercredi 19 Mars 2014

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