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Claude Berthomieu : « De la libéralisation dévoyée au développement démocratique organisé »



Le processus de Barcelone signé en 1995 entre l’Union européenne et dix pays méditerranéens a conduit les pays de la rive sud à l’échec. Un constat amer, démonstration économétrique à l’appui, dressé par Claude Berthomieu coordonateur du rapport Femise FEM35-12 intitulé « De deux décennies de « Libéralisation dévoyée » vers un développement démocratique organisé ». Professeur de Sciences économiques à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et Président de l’association CEMAFI International (*), Claude Berthomieu et une équipe de neuf économistes méditerranéens ont analysé les cas de l’Egypte, de la Tunisie et du Maroc.


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Claude Berthomieu, Professeur de Sciences économiques à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et Président de l’association CEMAFI International est coordonateur du rapport Femise intitulé « De deux décennies de « Libéralisation dévoyée » vers un développement démocratique organisé ».(Photo N.B.C)
Claude Berthomieu, Professeur de Sciences économiques à l’Université de Nice-Sophia Antipolis et Président de l’association CEMAFI International est coordonateur du rapport Femise intitulé « De deux décennies de « Libéralisation dévoyée » vers un développement démocratique organisé ».(Photo N.B.C)
Pourquoi employez-vous le terme de « libéralisation dévoyée » ?
 
La libéralisation du commerce n’a pas répondu aux promesses du processus de Barcelone. Ces accords avaient pour ambition d’entrainer les pays signataires sur un sentier de croissance inclusive conduisant au plein emploi. Le terme de « croissance dévoyée » fait référence à la notion de « croissance bâtarde » de Joan Robinson dans le droit fil de la doctrine keynésienne, c’est-à-dire une croissance qui ne crée pas le plein emploi. On imaginait à l’époque que les pays du Sud de la Méditerranée allaient pouvoir exporter plus facilement vers l’Europe grâce à de nouveaux débouchés. Or les balances commerciales de ces pays n’ont fait qu’accroître leurs déficits depuis la mise en œuvre de ces accords.

La croissance du Maroc, de la Tunisie et de l’Egypte n’a pas été suffisante pour procurer un emploi aux jeunes, qu’ils soient diplômés ou pas. Chaque année, la Tunisie forme de 65 000 à 75 000 diplômés ; or le système productif offre moins de 30 000 emplois. Deux tiers de ces jeunes se retrouvent donc au chômage ou occupent des emplois non qualifiés. Certains tentent de quitter le pays.

Un phénomène similaire s’est produit lors de la signature des accords de libre échange nord américain (ALENA) entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Ce sont les entreprises américaines qui ont bénéficié de cet accord en s’implantant au Mexique où le coût de la main d’œuvre était moins cher ; 18 ans plus tard après leur signature, ces accords sont aussi un échec.
 

Pourquoi le Printemps arabe n’a-t-il pas apporté les promesses escomptées par les peuples ?
 
L’Egypte, le Maroc, la Tunisie ont subi les conséquences de la crise économique mondiale qui a frappé ces pays avec deux ans de retard sur l’Europe. Jusqu’à présent, les familles soutenaient les jeunes diplômés sans emploi mais la dégradation de la situation économique a conduit ces derniers à devenir candidats à l’expatriation. Or, au même moment, l’Europe et la France en particulier ont durci leurs politiques d’immigration. Le Maroc a mieux résisté.  L’Office Chérifien des Phosphates (OCP) qui génère à lui seul 30% du PIB marocain, a ouvert une école de formation et le roi Mohammed VI a pu accorder quelques avantages à la population.
 
Quelles sont vos préconisations pour un retour de ces pays vers la croissance ?
 
Les carences des institutions et les insuffisances des politiques économiques mises en œuvre sous la bannière du libéralisme sont à corriger en profondeur dans les trois pays via un retour nécessaire de l’Etat pour une meilleure articulation « Etat/marché/ouverture commerciale ».

(*) Centre d’Etudes en Macroéconomie et Finance Internationale.

Téléchargez le rapport  Femise FEM35-12 : « De deux décennies de « Libéralisation dévoyée » vers un développement démocratique organisé ».
 
 


Mercredi 13 Novembre 2013