Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée
Econostrum.info






Chypre, l'île méditerranéenne sauvée par la Troïka


A l'occasion d'une visite à Chypre, Jean-Claude Juncker a loué les efforts pour redresser l'économie réalisés par le gouvernement chypriote depuis le plan d'aide de 10 mrds€ accordé en 2013. Le président de la Commission européenne n'hésite pas à faire le parallèle avec la situation grecques. Il plaide aussi pour une rapide réunification.


            Partager Partager

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Nikos Anastasiadis, président de la République de Chypre (photo Commission européenne)
Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Nikos Anastasiadis, président de la République de Chypre (photo Commission européenne)
CHYPRE. "Chypre s'est trouvé dans une position économique difficile en 2013, mais le Chypre que je visite aujourd'hui est très différent." Ainsi parlait, jeudi 16 juillet 2015 à Nicosie, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne.

Une parenthèse heureuse au milieu des lourdes négociations avec la Grèce, pays voisin dont l'histoire ressemble un peu à celle de Chypre. Non sans avoir sérieusement influencé son destin. Et pas seulement à cause de leurs très proches relations économiques, la Grèce étant le premier fournisseur et le premier importateur de Nicosie.

De 2008 à 2013, Chypre et ses 1,1 million d'habitants (849 000 sans la partie Nord) affrontent une récession avec un chômage passant de 4,2 à 16,3% de la population. Dur revers pour le pays alors le plus riche des dix nouveaux États membres de l'Union européenne en terme de PIB par habitant (28 600 € en 2008).

A l'été 2011, un an et demi après la crise de la dette dans l'Union européenne - durant laquelle les banques chypriotes investissent massivement dans des avoirs grecs pourris pour attirer les investisseurs-spéculateurs avec des taux très attractifs - la solvabilité des banques locales se trouve mise à mal avec la crise de la dette grecque. Lundi 25 juin 2012, Nicosie présente officiellement sa première demande d'aide financière à l'Union européenne. Un appel au secours à "contenir les risques pour l'économie chypriote...provenant de son secteur financier très exposé à l'économie grecque" précise un communiqué du gouvernement de la République de Chypre. Ironie de l'histoire, Chypre s'apprête à cette époque à assumer, pour la première fois, la présidence tournante du Conseil de l'Union européenne de juillet à décembre 2012.

En mars 2013, la Banque centrale européenne (BCE) suspend ses versements de liquidités et lance un ultimatum aux autorités chypriotes : mettre en mesure des réformes ou ne plus être aidé par l'UE.
Le 16 mars 2013, au bord de la faillite, la troisième plus grande île de Méditerranée (9 250 km²) après la Sicile et la Sardaigne, doit se résoudre à répondre positivement à la Troïka. Fonds monétaire international (FMI), Banque centrale européenne (BCE), Union européenne lui propose un plan de sauvetage assorti d'un chèque de 10 mrds€ (contre un de 17 mrds demandé par Nicosie) mais exige pour son versement un train de mesures d'austérité.

Pas besoin des 10 mrds accordés

Jean-Claude Juncker entre Nikos Anastasiadis, président de Chypre, et Mustafa Akinci, président du Nord de Chypre (photo Commission européenne)
Jean-Claude Juncker entre Nikos Anastasiadis, président de Chypre, et Mustafa Akinci, président du Nord de Chypre (photo Commission européenne)
En premier lieu, Nicosie est priée de trouver les 7 mrds manquants par rapport à ses besoins par des privatisations, des mesures d'économies et des réformes structurelles. Elles comprennent notamment des diminutions de salaires, jusqu'à 30%.

Le gouvernement chypriote s'engage également dans la restructuration de son système bancaire qui pèse plus de 700% de son PIB. Il devait même, une première, accepter de ponctionner des comptes bancaires avec une taxe exceptionnelle de 6,75% touchant tous les dépôts bancaires de 20 000 à 100 000 € et de 9,9% au-delà. La nouvelle mouture du plan (25 mars 2013) abandonna toutefois cette idée au profit de la liquidation de la banque Laïki et du transfert de tous les dépôts de moins de 100 000 €, garantis, à la Bank of Cyprus. Parallèlement, tous les dépôts supérieurs à 100 000 €, du coup non garantis et émanant en grande majorité de Russes, se trouvèrent transformés en fonds propres de la banque de Chypre ou gelés. Des mesures drastiques doublées d'un contrôle des capitaux pour empêcher le transfert des avoirs des particuliers et des entreprises. Il ne sera levé qu'en avril 2015. "La suppression des dernières restrictions marque l'achèvement de la restauration de la confiance de notre système bancaire" lançait alors Nicos Anastasiades, président chypriote.

Chypre n'aura même pas besoin d'utiliser l'ensemble de l'enveloppe de 10 mrds€ promise ! En mars 2015, son ministre des Finances Harris Georgiades annonçait "un excédent budgétaire primaire en 2014, deux ans avant ce qui était prévu" ainsi que la "stabilisation du secteur bancaire et l'arrivée de nouveaux capitaux." Il n'avait alors reçu "que" 6 mrds€ de la Troïka et estimait pouvoir se contenter de 7 mrds€. Après avoir finalement accepté de voter une loi sur les saisies immobilières après une lourde bataille contre ses créanciers, une nouvelle tranche d'aide de 365 M€ a pu être débloquée en juin 2015. Nicosie entend recevoir encore 500 M€ d'ici à l'automne puis sortir du programme européen en 2016 avec neuf mois d'avance. "Nous avons tout fait pour éliminer les dépenses budgétaires inutiles, avec un effort de baisse des dépenses équivalant à 10% du PIB, sans augmenter les impôts" souligne le ministre chypriote des Finances.

Un modèle pour Athènes

L'île affichait en 2014 un PIB en recul de 2,3% (contre des premières évaluations situées entre - 4,2 et - 3,2%) mais en progression de 0,2% sur le premier trimestre 2015. Le FMI table sur une prévision de croissance de 0,4% en 2015, 1,4% en 2016, 2% en 2017, 2,2% en 2018, 2,1% en 2019 et 1,8% en 2020. Ce PIB virait au négatif depuis 2012 (-5,4% de croissance du PIB en 2013 et -3,2% en 2014).

En juin 2015, un rapport du FMI louait le retour vers la croissance et le renforcement des finances publiques du pays. Tout en notant qu'il restait du travail pour éclaircir les mauvais prêts (ils pèseraient encore 50% du bilan des banques) et réduire la dette publique. Elle est évaluée à 107 % du PIB en 2014 (61,3% en 2010) mais les prévisions du FMI l'envisageaient à 120%. Selon l'institution née des accords de Bretton Woods, elle devrait atteindre les 80% en 2020 (contre 105% dans les premières prévisions).

Côté chômage, le taux reste élevé à 16,1% en 2014 mais le FMI prévoit une stabilisation en 2015 et une décrue dès 2016 (15,1%) pour arriver à un taux de 10,2% en 2020. Chypre entre bel et bien dans un cercle vertueux.

De là à dire qu'Athènes devrait pourrait prendre modèle sur cette expérience réussie... Il n'y avait qu'un pas que Jean-Claude Juncker a franchi par une allusion sibylline dans un discours à Nicosie :  "les décisions difficiles et l'engagement ont payé à Chypre, comme ils l'ont fait en Irlande, au Portugal et en Espagne. J'espère que d'autres s'en inspireront."

Des élections prometteuses au Nord

Autre dossier étudié sur place par le patron de la Commission européenne, la réunification de Chypre. Indépendante depuis août 1960, l'ancienne colonie britannique - qui conserve des enclaves avec deux bases militaires - se trouve divisée depuis plus de quarante ans. En 1974, l'armée turque intervenait dans la partie Nord après les velléités d'officiers de la garde chypriote de rattacher Chypre à la Grèce suite à un coup d'Etat. Après neuf ans d'occupation militaire, en novembre 1983 était proclamée la République turque de Chypre du Nord RTCN), reconnue seulement par la Turquie, et occupant désormais 35% de la surface de l'île. L'armée turque y déploie toujours 30 000 hommes et quelque 100 000 "colons" turcs sont venus s'y installer en provenance de la Turquie voisine au fil des ans.

En avril 2015, tout fraîchement élu président de la RTCN, Mustafa Akinci, revendiquait son indépendance vis-à-vis de la Turquie ouvrant ainsi encore plus grande la voie à une réunification. Nicos Anastasiades, son homologue au Sud, se félicitait alors des résultats de ces élections "prometteurs pour le développement de notre patrie commune." Seul Recep Tayyip Erdogan, le président turc, tançait son affidé en lui rappelant qu'il contribuait, chaque année, à hauteur de 900 M€ au budget de sa petite république et finançait ses infrastructures.

Une Chypre réunifiée en 2016 ?

Chypre est divisée depuis 1974 (photo MAE France)
Chypre est divisée depuis 1974 (photo MAE France)
Les premiers espoirs de réunification sont nés en 2004 avec le plan Annan (du nom du président de l'Onu à l'époque). Proposé par référendum en vue de l'adhésion de la République de Chypre à l'Union européenne, ce plan a été accepté par 65% des Chypriotes turcs (le texte autorise une autonomie du territoire au sein de l'Etat chypriote) mais rejeté par 75% des Chypriotes grecs (le plan n'autorise que 33% des réfugiés du Sud à revenir au Nord pour récupérer leurs biens - 200 000 avait été contraints à l'exode entre 1974 et 1975). Cet échec a conduit à exclure la partie Nord de l'île de l'Union européenne et donc des unions économique, monétaire, fiscale et douanière (comme l'espace Schengen) alors que la république de Chypre entrait dans l'UE le 1er mai 2004. Cette dernière adoptait l'euro en janvier 2008 (en même temps que Malte) pour remplacer la livre chypriote, alors que la partie Nord utilise depuis la livre turque.

L'ONU, qui avait désapprouvé la partition par sa résolution 541 (18 novembre 1983), poursuit ses efforts pour arriver à une réconciliation entre les deux parties. Elle a permis la reprise des discussions directes en février 2014 alors qu'elles avaient été suspendues en 2012.

À Chypre, Jean-Claude Juncker s'est voulu direct sur le sujet longuement évoqué : "le passé ne doit pas faire obstacle au progrès ni hypothéquer l'avenir...Vous devez agir maintenant ! Vous ne serez pas seuls. L'Union européenne suivra le processus au jour le jour... Je reviendrai dans une Chypre réunifiée et c'est l'année prochaine que je veux m'y rendre !"

Vendredi 17 Juillet 2015

Lu 2693 fois




Dans la même rubrique :
< >

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.






Suivez-nous
Facebook
Twitter
Rss
YouTube



Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA








À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Finances), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.