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CMA CGM : la peur du vide…


Ils se prénomment Christophe Colomb, Amerigo Vespucci, Keller, Lamartine… Ces imposants navires tout juste sortis des chantiers Daewoo et Hanjin à Pusan portent les couleurs de CMA CGM. La compagnie française, qui compte 48 navires en commande entre 2009 et 2012, doit gérer l’afflux massif de ces nouvelles capacités dans sa flotte et faire en sorte qu’ils naviguent pleins.


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Au siège de CMA CGM, un plan d'économies a été mis en place se traduisant par la fermeture de lignes secondaires et l'optimisation des capacités. (Photo N.B.C)
Au siège de CMA CGM, un plan d'économies a été mis en place se traduisant par la fermeture de lignes secondaires et l'optimisation des capacités. (Photo N.B.C)
FRANCE. Sur la rade du port coréen de Pusan, on ne compte plus les navires CMA CGM . Au mouillage de Geoje, se trouve le « CMA CGM Amerigo Vespucci », un monstre des mers de 13 300  Evp et de 365 mètres de long.

Sur l’île de Geoge, Daewoo Shipbuilding, qui vient tout juste de livrer le « CMA CGM Christophe Colomb », construit un autre porte-conteneurs CMA CGM. Son château, situé à l’avant, laisse supposer qu’il s’agit d’un autre navire dernière génération. Sur 48 porte-conteneurs en commande, 8 offriront une capacité de 13.300 Evp.

A quelques encablures de là, le « CMA CGM Keller »  est au mouillage devant le port et le « CMA CGM Lamartine » est stationné le long du quai au chantier Hanjin Shipbuilding de Pusan.

Que fait cette flottille à Pusan ?

Négocier avec les banquiers puis avec les chantiers

Jacques Saadé songe à faire entrer des fonds d'investissements pour consolider l'entreprise. (Photo N.B.C)
Jacques Saadé songe à faire entrer des fonds d'investissements pour consolider l'entreprise. (Photo N.B.C)
 
De source interne, il se dit que ces navires sont bloqués par la clause « loan to value » qui permet aux banquiers de réclamer des garanties supplémentaires à la compagnie en cas de dépréciation des actifs. 1,2 mds€ $ sont demandés par les établissements financiers pour garantir une flotte de 6 milliards d’euros en cours de construction.

Interrogée par la rédaction d’econostrum.info, la direction de CMA CGM a confirmé qu’au moins un porte-conteneurs était bloqué pour cette raison.

CMA CGM envisagerait de négocier avec les chantiers de construction navale un report des livraisons mais elle attend la réponse du Comité de pilotage, le 15 décembre au plus tard.

 Réunissant les 63 banques du groupe, ce comité est chargé depuis septembre 2009 de trouver une solution à l’endettement abyssal de la compagnie.

La clause loan to value pas la seule responsable des immobilisations de navires

Le CMA CGM Amerigo Vespucci au mouillage à Pusan. (Photo D.R)
Le CMA CGM Amerigo Vespucci au mouillage à Pusan. (Photo D.R)

La clause loan to value ne serait donc pas totalement responsable de cette immobilisation de navires. 10% de la flotte mondiale étant aujourd’hui immobilisé en raison d’une offre de cale bien trop abondante il ne serait pas surprenant que certains navires soient à l’ancre en attendant une reprise des échanges.  

« Sur l’axe transatlantique on assiste à un raffermissement mais sur le transpacifique la situation n’est pas très bonne », précise un des responsables de communication du groupe. Pour tenter d’endiguer le problème des surcapacités, la compagnie à l’instar d’autres armements a déployé davantage de navires sur ses services pour maintenir les horaires.

Renégociation des chartes parties

Plus de navires certes, mais à vitesse réduite afin de réduire les dépenses en combustible, véritable gouffre financier.  L’économie se chiffre en « dizaines de millions de dollars » chez CMA CGM. Grâce à ce tour de « passe-passe » et aidée par un raffermissement des volumes, la compagnie a vu ses taux de remplissage remonter, frisant paraît-il les 90 % !

Dans le cadre de la révision de sa stratégie armatoriale et afin de réduire son endettement qui se chiffre à 5,6 milliards de dollars, la compagnie a fermé un certain nombre de lignes secondaires et déploiera ses navires de 13.000 Evp sur les lignes principales. Elle a également optimisé la capacité, « désormais en phase avec la demande de transport sur l’ensemble des lignes du groupe ».

Exploitant 365 navires dont 95 en propriété, elle a restitué un certain nombre de navires affrétés et renégocié les chartes, ce qui lui aurait permis de faire une économie de « 500 à 600 millions de dollars avec des chartes qui sont passées de 20.000 USD à 4.000 à 7.000 USD par jour », indique un salarié du groupe.

Pas de 13ème mois en décembre ?

La politique de restauration des taux engagée depuis la fin de l’été dernier, associée à la « multiplication des partenariats maritimes stratégiques » a permis de « rationnaliser les coûts opérationnels », fait savoir la compagnie qui a annoncé le 18 novembre « un net redressement de l’exploitation » .  

Espérant revenir à l’équilibre au niveau de l'exploitation dès décembre 2009, CMA CGM a pris d’autres mesures basées cette fois sur le volontariat. Cette année, la compagnie a demandé aux salariés du groupe (17 000 dans le monde dont 4 000 en France) d’accepter de reporter leur 13ème mois au mois de mars 2010 ce qui permettrait de réaliser une économie de « 13 millions d’euros », indique-t-on en interne.
 
Les départs eux aussi se font sur la base du volontariat. « Aucun plan social n’est en place. La compagnie demande simplement aux salariés de faire des efforts », ajoute-t-on.

Rumeurs de reprises infondées

Toutes ces mesures ne suffiront pas:  "Nous sommes à la recherche de fonds d'investissement qui entrent dans le capital du groupe pour cinq à sept ans", a indiqué Jacques Saadé au mensuel l'Expansion - à paraître vendredi 20 novembre 2009, précisant que le groupe réussirait à sortir du rouge pour les deux derniers mois de l'année.

"Aujourd'hui il est nécessaire d'injecter des capitaux dans le groupe", a ajouté son fondateur.

300 à 400 millions de dollars (200 à 270 M€) seraient nécessaires pour remettre le navire à flots. Des sources proche du dossier, interrogées par Econostrum.info, ont confié que les rumeurs de reprise du Groupe Bolloré étaient infondées et que le Fonds Stratégique d'Investissements -fsi.fr/ ne souhaite pas intervenir pour l'instant, préférant attendre l'achèvement de la  restructuration financière.

Lire aussi : CMA-CGM crée un comité de pilotage avec ses banques
                   : CMA-CGM demande un moratoire à ses creanciers

Jeudi 19 Novembre 2009

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