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"Business angels et crowdfunding peuvent lever les barrières de l'investissement privé"


Interrogé par econostrum.info, Emmanuel Noutary, délégué général d'Anima Investment Network, préconise deux outils pour aider les créateurs d'entreprise de la région Mena à financer leurs projets : les business angels et le crowdfunding.


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econostrum.info : Pourquoi les jeunes entreprises de la région Mena (Moyen-Orient-Afrique du Nord) se tournent vers des financements alternatifs ?

Emmanuel Noutary : Ces entrepreneurs se plaignent de problèmes d'accès aux financements. A contrario, les banques et les fonds d'investissements indiquent rencontrer des difficultés à trouver des projets de qualité et matures. Beaucoup de créateurs ne disposent pas des capacités managériales pour faire grossir leur affaire. Il manque donc un niveau de financement et d'accompagnement et les entreprises cherchent des solutions alternatives.

Que préconisez-vous ?

E.M. : Deux outils peuvent lever les barrières du financement privé aux jeunes entreprises : les business angels et le crowdfunding (NDLR : financement participatif). Aujourd'hui, dans la région Mena, peu de créateurs d'entreprises bénéficient de contacts avec des investisseurs privés en dehors de leur cercle familial ou amical. Et encore, quand ceux-ci disposent des moyens financiers pour les aider.

Pour des raisons différentes, les business angels et les plates-formes de crowdfunding peuvent permettre de développer le potentiel des entrepreneurs tout en offrant une mutualisation du financement et donc une réduction du risque pour les investisseurs. Sur les quinze dernières années ces deux financements alternatifs se sont développés à travers le monde mais n'émergent que depuis récemment dans la région Mena.

"Le recours à la diaspora est essentiel pour le crowdfunding"

Pourquoi recourir à des business angels ?

E.M. : Le business angel investit mais se tient aussi aux côtés du Conseil d'administration de la start-up. Il agit comme un coach car il appartient souvent au même secteur d'activité et peut tester le produit. Nous conseillons aux pouvoirs publics de faciliter la création de réseaux de business angels. Ils peuvent aider à la création, à faire perdurer et à gérer ces réseaux en mettant à leur disposition des ressources humaines, des locaux à minima mais aussi intervenir avec des fonds publics en co-investissement avec les business angels. Quand un business angel met 100, les autorités publiques peuvent s'engager sur 200. C'est ce qui se passe en Provence-Alpes-Côte d'Azur avec Provence Business Angels (PBA) et ça marche !

Les acteurs publics doivent faire confiance à l'expertise des business angels et les accompagner. Ils investissent leur argent et donc montrent qu'ils s'intéressent, croient au projet.

Quel est l'apport du financement participatif par rapport aux business angels  ?

E.M.: Le crowdfunding démocratise encore plus l'accès au financement. Il n'est plus besoin de réseau. Le porteur doit s'engager dans une vraie politique entrepreneuriale. Il doit penser à son marketing, bien présenter son projet pour que le public ait envie d'investir. Des compétences acquises qui lui permettent de se professionnaliser.

A un second niveau, il faut aller toucher les investisseurs potentiels. Une étude de l'Ined (NDLR : Institut national d'études démographiques en France) montre que la proportion de diplômés chez les émigrés de la région Mena est plus importante que celle de leur pays d'origine. 15% d'entre eux en France contre 5% dans le pays d'origine.
Le recours à la diaspora (NDLR : Anima coordonne le programme Diafrikinvest destiné à orienté l'argent des expatriés vers leur pays d'origine), disposant par définition également d'une plus grande surface financière et utilisant plus les nouvelles technologies dont Internet, devient ici essentiel. Nous encourageons les gouvernements à développer le crowdfunding et à mener des campagnes de communication dans leur pays et à l'étranger pour promouvoir ce type de financement.

"Les gouvernements doivent faciliter l'essor des plates-formes de crowdfunding"

Justement, la technologie des plates-formes ne devient-elle pas à contrario un frein ?

E.M. : Le crowdfundig ne peut en effet se développer que dans les pays disposant d'un bon accès Internet, de systèmes d'e-paiements sécurisés et d'une législation adéquate. Ne pas pouvoir payer en ligne et en euro sont deux phénomènes bloquants. C'est la raison pour laquelle beaucoup d'entrepreneurs confient leur projet à une plate-forme étrangère. Ceci nuit au développement du crowdfunding dans les pays Mena.

La loi doit donc aussi être adaptée à ce type de financement ?

E.M. : Les plates-formes de crowdfunding lèvent des fonds pour une tierce partie et se présentent comme des acteurs financiers. Elles doivent donc être considérées comme appartenant à l'écosystème financier du pays et bénéficier du droit de collecter de l'argent, et même de collecter sur place de l'argent venant de l'étranger, notamment de la diaspora. Les gouvernements doivent leur faire confiance et les rendre abordables aux jeunes chefs d'entreprise. Ils montrent leur capacité à lever des fonds, ce qui prouve déjà une compétence. Les autorités publiques peuvent aussi faciliter l'essor des plates-formes de crowdfunding par des incitations fiscales et en investissant en complément dans de l'amorçage.


Lire aussi : Le crowdfunding à l'assaut de la Méditerranée

Propos recueillis par Frédéric Dubessy

Jeudi 22 Juin 2017

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