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Bourse de Casablanca : Le début d'une transition ?


Les profit warning se succèdent en cette fin de semestre, à la Bourse de Casablanca, menaçant un peu plus la reprise des cours amorcée en 2014, sur fond de réforme du marché des capitaux.


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La Bourse de Casablanca croûle sous les profit warning (photo: Bourse de Casablanca)
La Bourse de Casablanca croûle sous les profit warning (photo: Bourse de Casablanca)
MAROC. Le cours de la Samir, le raffineur national, a été suspendu de la Bourse de Casablanca avant même l’émission d’un profit warning. Le Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) a pris cette décision le 6 août 2015, au lendemain de la publication d’un communiqué inquiétant de la société annonçant que « l’approvisionnement de la raffinerie en pétrole brut enregistrera un retard en raison de la situation sur le marché international et des difficultés financières de la société. »

Depuis le début du mois, pas moins de trois profit warning se sont succédé à la Bourse de Casablanca : le 5 août, Microdata, société de vente de matériel informatique, le 10, la Sonasid, société sidérurgique et, le 12, la SNEP, société de transformation des matières plastiques. Cette série de mauvaises nouvelles fait suite à la litanie des profit warning émis en début d’année notamment dans le secteur immobilier : pas moins de six entre décembre et mars : Zellidja, CMT, Managem, SMI, Alliances et la Samir.

Rater la reprise

Le capital de la société gestionnaire de la Bourse de Casablanca, donc Karim Hajji (à droite) est le DG, est divisé à part égales entre 17 sociétés de bourse. (photo: Bourse de Casablanca)
Le capital de la société gestionnaire de la Bourse de Casablanca, donc Karim Hajji (à droite) est le DG, est divisé à part égales entre 17 sociétés de bourse. (photo: Bourse de Casablanca)
La Bourse de Casablanca est peut-être en train de rater la reprise tant espérée, car elle traverse une crise depuis 2008. L’indice MASI (Maroccan All Shares Index) n’a cessé de baisser, perdant 34% de sa valeur entre son point le plus haut en 2007 et août 2013. Entre août 2013 et février 2015, en dépit de variations parfois fortes la reprise semblait réelle : le MASI avait repris 24% de sa valeur, avant de perdre de nouveau près de 13%. Depuis les premières annonces de profits warning en août 2015, le MASI a perdu 4%.

En avril 2015, les analystes des sociétés de bourse, éternels optimistes, voulaient encore y croire alors que la baisse avait déjà repris. « La croissance économique se fait moins volatile, ces dernières années, à quoi s’ajoutent de bonnes prévisions de croissance et un déficit budgétaire en baisse, énumérait, ainsi Mounir Benzemouri, analyste financier pour Capital Gestion Group, lors d’une conférence à HEC, à Rabat, le 16 avril 2015. Le manque de liquidité dont souffrait le marché depuis longtemps devrait  encore s’atténuer grâce à la baisse des cours du pétrole. »

Décélération des prix de l’immobilier

Au même moment, les autres lieux d’investissements devenaient relativement moins intéressants que la Bourse. « Nous assistons à une décélération des prix de l’immobilier, le marché obligataire a vu ses taux baisser fortement en 2014, ainsi que le rendement des bons du Trésor. Autant d’éléments qui impliquent un arbitrage positif en faveur de la Bourse », analysait Khalil El Yamani, directeur général délégué de Valoris Management, filiale de Capital Gestion Group.

Plus que la conjoncture, Rachid El Rhana, cofondateur de forum Bourse-maroc.org, qui met en relation les petits porteurs, met l’accent sur les dysfonctionnements structurels de la Bourse. « Que les cours repartent à la hausse, c’est inévitable, mais il faut avant de l'assainir, repartir sur des bases solides. Nous rencontrons des problèmes de pays sous-développés alors que nous aspirons à devenir une place financière majeure en Afrique », affirme ce petit entrepreneur dans l’import.

Manque de liquidités

Malgré son déclassement par MSCI Inc. la Bourse de Casablanca n'a pas enregistré de départ massif d'investisseurs étrangers en 2013 et 2014 qui n'ait été compensé par d'autres arrivées. (image: CDVM)
Malgré son déclassement par MSCI Inc. la Bourse de Casablanca n'a pas enregistré de départ massif d'investisseurs étrangers en 2013 et 2014 qui n'ait été compensé par d'autres arrivées. (image: CDVM)
Le manque de liquidités de la Bourse de Casablanca lui a valu, en juin 2013, d’être déclassifiée par le fournisseur d’indices MSCI Inc de la catégorie MSCI Emerging Markets, où elle se trouvait depuis dix ans, à celle de MSCI Frontier Markets. Son taux de rotation, c’est-à-dire la part d’actions échangées sur le total de la capitalisation boursière, s'affichait à 3,6% en 2012 (11% en 2014), quand il atteignait encore 14,1% à la Bourse de Tunis. La Bourse de Casablanca ne compte aujourd’hui que soixante quinze entreprises cotées contre soixante dix-huit à Tunis, en dépit d’une capitalisation bien supérieure, et 207 entreprises en Égypte en 2014.

La taille du marché génère un autre effet pervers, selon Rachid El Rhana. « Comme le marché est petit, compte peu d’entreprises, que tout le monde se connaît, l’information circule rapidement dans un univers fermé. De sorte que quand une information devient publique, le cours a déjà évolué à la hausse ou à la baisse, il est trop tard pour réagir », raconte-il. Rien de moins qu’un délit d’initié ?

Réforme de la place financière

Le CDVM a beaucoup été critiqué dans sa surveillance des opérations boursières. Pour lui offrir plus d’indépendance mais aussi plus de responsabilités, le gouvernement a promulgué une loi, en mars 2013, le transformant en Autorité marocaine des marchés de capitaux (AMMC). Deux ans plus tard, cependant, le CDVM demeure toujours actif car aucun directeur général n’a encore été nommé à la tête de l’AMMC.

Conscient du manque de liquidités de la Bourse, le gouvernement a également décidé de réformer la place financière. La dernière version du Projet de loi n°19-14, relatif à la bourse des valeurs, aux sociétés de bourse et aux conseillers en investissement financier, a été diffusée aux membres du gouvernement mi-août 2015. Elle instaurerait deux mesures phares : la possibilité pour les sociétés étrangères dont le siège social ne se situe pas à Casablanca d’y être tout de même cotées et l’ouverture d’un marché pour les PME. « Ce dernier sera dédié aux PME avec des conditions d'accès au marché adaptées aux spécificités de cette catégorie d'entreprises », indique sa note d’information.

Attirer de nouvelles sociétés sur le marché

La société gestionnaire de la Bourse de Casablanca, dont les pouvoirs réglementaires devraient également être élargis par cette loi, a aujourd’hui bien de la peine à attirer de nouvelles sociétés sur le marché. En 2011, elle avait même offert pour les attirer sur le marché un chèque de 500 000 dirhams (45 500 €) à celles qui remplissaient certains critères d’accessibilité.

Les introductions ne se font d'ailleurs pas sans mal. « Lors des introductions en Bourse, le cours est systématiquement surévalué par les sociétés de bourse. Nous avons appelé au boycott de Dar Saada (NDLR : filiale spécialisée dans le logement économique du groupe Palmeraie Développement) parce qu’elle a été introduite à 215 dirhams (19,60€) et a immédiatement chuté pour atteindre 170 dirhams (15,5 €) aujourd’hui », accuse Rachid El Rhana.

La survalorisation des titres par rapport à l’économie réelle touche toute la Bourse. « La valorisation boursière représente aujourd’hui 18,7 fois les résultats réels (le PER) des sociétés côté en moyenne », reconnaissait Mostapha Hassani, directeur de la gestion chez Valoris Management, en avril 2015, à Rabat. Un marché très cher. « C’est une moyenne acceptable car nous avons connu des hausses des cours à cette moyenne-là. Il n’y a pas de raison qu’elle soit aujourd’hui impossible, d’autant que nous envisageons plutôt une baisse du PER dans les deux années à venir grâce à la croissance du PIB », assure-t-il.

« De toute façon, introduire une nouvelle entreprise dans un marché en berne est voué l’échec. En plus, on n’introduit en Bourse que des sociétés qui sont déjà arrivées à maturité, et pas celles issues des nouveaux métiers du Maroc.  Il n’existe pas de corrélation entre l’économie réelle dans sa diversité et le MASI. Il faut chercher à introduire des entreprises plus jeunes, plus dynamiques », estime Rachid Rhana.

Lundi 24 Août 2015

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