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Blogueurs et journalistes rejouent les printemps arabes à Bruxelles


Blogueurs et journalistes se sont donnés rendez-vous au Parlement européen à Bruxelles pour décortiquer leurs rôles respectifs dans les Printemps arabes.


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Blogueurs de la rive sud et parlementaires européens analysent les printemps arabes (photo F.Dubessy)
Blogueurs de la rive sud et parlementaires européens analysent les printemps arabes (photo F.Dubessy)
MÉDITERRANÉE. Ce pourrait être un peu l'histoire de la poule et de l’œuf ! Les blogueurs sont-ils à l'origine des Printemps arabes ou les révolutions ont-elles favorisé l'éclosion des médias sociaux dans ces pays ?

On a tout dit, tout écrit sur le rôle joué par Facebook ou Twitter sur le soulèvement des peuples de la Rive-Sud. Et pas mal fantasmé aussi sur la force libératrice de cette toile mondiale.

Les révolutions en Tunisie, en Égypte et en Libye ne sont pas nées d'Internet comme Internet n'est pas né avec les révolutions. Même si Damien Abad, élu du Parlement européen, membre de la délégation pour les relations avec le conseil législatif palestinien, affirme que " 5% des blogs tunisiens parlaient du gouvernement de Ben Ali en 2010. Début 2011 ils étaient 20%", il admet lui-même que cela ne prouve rien. Ajoutons juste : sinon que les blogs existaient bien avant les premiers événements. Qu'il y ait eu un effet d'amplification, au fur et à mesure que se développait la contestation, le montre bien.

Cent dix journalistes de l'ensemble des pays du bassin méditerranéen étaient réunis à Bruxelles les 29 et 30 novembre 2011 à l'invitation du Parlement européen sur le thème "Relations euro-méditerranéennes dans le cadre de l'éveil du printemps arabe". L'occasion d'échanger sur leur rôle dans ces révolutions et de constater que chacun a bien conscience de sa place dans ces bouleversements.

Sous les claviers, la page... Facebook

Ancien journaliste tunisien, Slim Ayedi s'est, comme il le dit lui-même, "converti dans la blogosphère, car média classique rimait avec politique" en octobre 2010. "Journaliste, je ne pouvais pas parler de chômage, des problèmes de jeunes. Ma vie a changé quand j'ai acheté ma première caméra." Se présentant aujourd'hui comme un journaliste-citoyen, "Si vous n'avez pas de média, soyez vous-même un média !", Slim Ayedi reconnaît que les blogueurs comme lui n'ont fait que "traduire, transmettre la révolution. Nous ne la faisons pas !"

Kamel Daoud évoque lui la situation très particulière de son pays : "ce n'est pas une dictature, mais pas une démocratie. La presse n'est pas soumise à l’État, mais n'est pas libre." Ce blogueur algérien a observé les mouvements dans les pays voisins et reconnaît attendre du changement chez lui aussi. "Le discours du pouvoir algérien est de dire que l'Algérie ne peut pas faire de révolution, car elle a déjà payé avec dix ans de guerre civile. Oui, nous avons payé, mais nous n'avons pas été livré" lance avec humour Kamel Daoud.

S'il souligne "nous avons une presse plus ou moins libre donc un espace d'expression. Nous n'avons pas recours au blog comme un espace alternatif", il reconnaît tout de même qu"il "commence à exister des journaux électroniques avec une capacité d'audace que ne peut pas avoir la presse papier." Selon lui, "L'Internet est la révolution neo-Gutenberg, un accès à l'image, au son et à l'écrit complètement différent de la presse classique."

Son premier blog, Ahmed Alfaitouri l'a conçu sans le savoir avec ses amis sur un tapis où il écrivait avec un morceau de charbon ses idées. Et s'il clame sa joie de "pouvoir parler librement pour la première fois après avoir été dix ans en prison sous Kadhafi", ce blogueur libyen reste très critique envers la toile. "Voir le monde à travers Facebook est une chose. Envisager le printemps arabe sur le plan réel en est une autre !"

Les connexions Internet ont été coupées dès les premiers jours de l'insurrection à Benghazi mais le mouvement s'est poursuivi. "Internet avait un rôle dans cette révolution mais à l'image des autres moyens de communication. Comme avaient un rôle les pigeons voyageurs. Le Printemps arabe a créé le printemps d'Internet et pas le contraire" lance Ahmed Alfaitouri. Et le blogueur libyen d'insister : "En Tunisie, quand on parle de la révolution Facebook, il ne faut pas oublier ceux qui sont morts pour cette révolution."  Même écho chez ce blogueur jordanien, "les réseaux sociaux n'ont apporté qu'une inspiration. Les médias sociaux ne font pas la révolution. Ce sont les martyrs, les prisonniers, ceux qui font des sacrifices pour imposer leur dignité, qui font la révolution."

Sous les claviers, la page... Facebook. Mais dans les rues, les manifestants molestés au mieux, tués au pire. Des vies humaines perdues pour un idéal à mettre toujours en parallèle face aux écrits du monde virtuel.

La liberté de la presse encore en jachère

Les journalistes de la rive sud réclament la liberté de la presse (photo F.Dubessy)
Les journalistes de la rive sud réclament la liberté de la presse (photo F.Dubessy)
Et les journalistes dans tout ça ? Quelle autocritique ? Le Palestinien Khaled Bashir, d'Al Arabiya, reconnaît que "les médias ne formulaient pas de critiques envers les différents régimes. Mais, les journalistes ne sont pas allés à l'ONU pour apprendre la liberté d'expression ! Seulement, les journalistes sont liés par ceux qui les paient !" lance-t-il. Et de constater qu'aujourd'hui, "les journalistes se sont rangés derrière les nouveaux gouvernements."

Mona Sewilam travaille pour la Nile International Satelite TV en Égypte. "J'ai toujours refusé de traiter les infos locales et je ne m'intéressais donc qu'à l'international." explique-t-elle comme pour s'excuser tout en affirmant avoir pris plusieurs fois l'avion présidentiel avec Hosni Moubarak.

Mais la révolution n'a pas tout changé. Ilhem Sghayer, journaliste tunisienne qui créé une web- TV pour l'Arab Institute for business managers, précise que l'"autocensure est toujours présente. La liberté n'est que fraîchement acquise." Des propos confirmés par une autre journaliste d'un hebdomadaire tunisien : "je ne peux pas écrire ce que je veux sur l'économie car, comme avant, mon patron ne s'occupe pas du nombre de ventes mais avant tout des recettes publicitaires. Et dire du mal d'un annonceur n'est pas possible !"

Même souci pour Mona Sewilam qui relève la censure des militaires. "Il faut sortir les militaires des médias égyptiens car il y a encore trop de propagande." Elle relate les efforts à fournir pour avoir, enfin, une presse libre. "Nous avons besoin d'apprendre à couvrir les conflits. Beaucoup d'entre nous n'ont couvert pendant toute leur carrière que l'arrivée du président et le fait qu'il serre la main à Sarkozy ou à un autre chef d’État. Nous nous contentions juste de présenter les faits !"

La liberté de la presse se trouve encore en jachère dans les pays post-révolutionnaires. Les journalistes cultivent leur déontologie et plus que d'essayer de se débarrasser des mauvais réflexes, ils doivent apprendre à traiter l'information différemment, plus objectivement. Tous en sont conscients, le chemin sera long mais le sillon est d'ores et déjà tracé.

Frédéric Dubessy, à BRUXELLES

Mardi 6 Décembre 2011

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