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Blanca Moreno-Dodson: "Le passage de la Banque mondiale à l'Onu est une évolution naturelle du CMI"


La directrice du Centre pour l'intégration en Méditerranée (CMI), Blanca Moreno-Dodson se confie, en exclusivité pour econostrum.info, sur son passage de la tutelle de la Banque mondiale à celle des Nations unies, et sur son nouveau mandat : la mise en œuvre de l'Objectif de développement durable (ODD) 17 sur les partenariats en Méditerranée. Le CMI reste et demeurera basé à Marseille. English version



Blanca Moreno-Dodson passe de la Banque mondiale à l'ONU, mais reste directrice du CMI à Marseille (photo : F.Dubessy)
Blanca Moreno-Dodson passe de la Banque mondiale à l'ONU, mais reste directrice du CMI à Marseille (photo : F.Dubessy)
econostrum.info : En octobre 2009, la Banque mondiale créait à Marseille, le Centre pour l'intégration en Méditerranée. Pour quelle finalité ?

Blanca Moreno-Dodson: Avant 2009, la Banque mondiale avait déjà ouvert un petit bureau à Marseille qui était une branche de son institut pour la formation de capacités dans la région méditerranéenne. Dans cette région, les activités traditionnelles de la Banque mondiale à l'époque, les prêts, les études..., n'était pas suffisantes pour exploiter le potentiel de la région. Il fallait donc disposer d'un partenariat qui contribue à améliorer le dialogue technique et à une meilleure absorption des financements.
 
Cette initiative a gagné par la suite son indépendance. Le Centre s'est doté de sa propre gouvernance, sous le nom de Centre pour l'intégration en Méditerranée en partenariat avec le gouvernement français et la ville de Marseille, qui acceptait de nous héberger, ainsi que d'autres partenaires. Ils sont venus, petit à petit, rejoindre les membres fondateurs : la Banque mondiale, le gouvernement français et la Banque européenne d'investissement. Puis d'autres pays européens sont arrivés. La Région Provence-Alpes-Côte d'Azur est ensuite devenue membre et les deux derniers à nous rejoindre étaient, en 2020, l'Espagne et Onu Habitat. Le CMI a toujours eu pour mission de contribuer à l'intégration de tous les pays méditerranéens, diminuer les écarts de développement entre le Nord et le Sud de la Méditerranée.

Le Dialogue des Deux Rives piloté par le CMI

Comment a évolué le CMI au cours de ces dix dernières années ?
 
B.M-D.: Le Centre est passé du partage et de la dissémination des connaissances à la création et à la fourniture de ce savoir. Il est donc devenu plus technique, surtout dans les trois à quatre dernières années, en proposant ses propres études.
La seconde évolution a concerné l'incubation des projets d'investissements régionaux. Ceci s'est renforcé en novembre 2019, quand le ministre français des Affaires étrangère, Jean-Yves le Drian, a confié au CMI l'accueil de la plate-forme numérique du Dialogue des Deux Rives, qui fait le lien entre les porteurs de projets de la société civile, les financiers et les investisseurs. Elle servira aussi à accompagner la deuxième étape du Dialogue des Deux Rives que le président Emmanuel Macron lancera à Marseille avec la Semaine de la Méditerranée en février 2022 (NDLR : la 5e édition de la Méditerranée du Futur, organisée par la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, devrait aussi se dérouler en même temps selon nos informations).
 
Pourquoi ce passage de relai de la Banque mondiale à l'ONU au 1er juillet 2021 ?
 
B.M-D.: Il s'agit d'une évolution naturelle du Centre. Avec ses nouvelles fonctions de production de connaissances, de conseils techniques, d'incubation de projets et son nouveau rôle donné par le gouvernement français, le CMI se trouve désormais en lien avec les projets.
Le Bureau des Nations unies pour les services d'appui aux projets (UNOPS), auquel nous sommes rattachés aujourd'hui, est parfaitement bien adapté à nos activités actuelles. Ce n'est plus le Centre de 2009, il nous fallait donc une structure institutionnelle nous permettant de continuer à grandir, à disposer de plus d'impact. En plus de cela, le partenariat régional est l'un des objectifs du développement durable. Donc les Nations Unies ont été très intéressées, notamment par le fait que nous soyons situés à Marseille, une ville méditerranéenne et plus proche de la réalité des pays du Bassin méditerranéen. Le transfert a été bien accueilli par tous les membres du CMI.

La Banque mondiale reste membre actif

Qu'implique-t-il au niveau de la gouvernance, du financement, de la stratégie et du budget ?
 
B.M-D.: C'est la même gouvernance, à l'exception de deux modifications importantes. La première, c'est que la présidence du Conseil de surveillance ne sera plus assurée exclusivement par la Banque mondiale comme depuis la création du CMI. Elle changera tous les trois ans. Le Royaume du Maroc a été élu pour le premier mandat triennal. En juin 2024, un autre membre prendra la relève.
La deuxième modification concerne l'entrée de l'UNOPS comme membre du Conseil de surveillance, avec un statut de représentation, mais sans droit de vote.
 
La Banque mondiale reste donc bien membre du CMI ?
 
B.M-D.: Oui ! La Banque mondiale restera un membre actif du Centre. Au niveau stratégique, elle continuera à contribuer à ses grandes orientations, comme tous les autres membres, mais plus comme président. Sur le plan opérationnel, elle maintiendra son soutien financier, ainsi que les partenariats techniques solides construits au fil des années.
 
L'équipe demeure aussi la même ?
 
B.M-D.: Le noyau dur de quinze personnes reste identique, sauf que nous prenons le statut de fonctionnaires et consultants Onu au lieu de celui de Banque mondiale. Quelques personnes sont parties et nous recruterons pour préparer notre nouvelle stratégie.

Le CMI ancré à Marseille

La nouvelle stratégie du CMI sera dévoilée début 2022 (photo : F.Dubessy)
La nouvelle stratégie du CMI sera dévoilée début 2022 (photo : F.Dubessy)
Quelle sera justement cette nouvelle stratégie du CMI ?
 
B.M-D.: Nous sommes désormais chargés par l'Onu de mettre en œuvre l'Objectif de développement durable (ODD) 17 qui concerne les partenariats en Méditerranée. L'accès à l'eau potable, l'accès à l'éducation, par exemple, sont des ODD qui se trouvent déjà dans nos programmes.
Deux consultants indépendants choisis par les membres vont réaliser une évaluation de notre travail des trois dernières années. Dans deux mois, sur la base de ces résultats et des discussions actuelles entre les membres, nous préparerons une nouvelle stratégie sur trois ans. Je pense que les grandes lignes du Centre devraient pour la plupart être maintenues. Elles seront cependant sans doute revues, adaptées pour bien rentrer dans l'ODD 17, voire consolidées. D'ici le début de 2022, nous dévoilerons notre nouvelle stratégie.
 
L'arrivée de l'Onu va-t-elle modifier votre financement ?
 
B.M-D.: Les Nations unies vont ouvrir les portes à d'autres financements et nous avons aussi la possibilité de créer des consortiums avec des partenaires techniques. Nous sommes encore au début de cette recherche de financements additionnels. Mais nous conservons ceux traditionnels de la Banque mondiale, du gouvernement français, de la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur et de la Ville de Marseille.
 
Quel sera le budget de fonctionnement ? Et va-t-il progresser ?
 
B.M-D.: Celui de cette année sera très similaire à l'exercice précédent, soit environ 2,3 M$ (2 M€) par an. Les nouvelles sources de financement le feront sans doute évoluer.
 
Voici quatre ans, la présence du siège du CMI à Marseille avait été remis en cause selon nos informations. Avez-vous reçu l'assurance de l'Onu qu'il sera pérennisé dans la cité phocéenne ?
 
B.M-D.: Tout à fait ! Nous avons un accord avec l'UNOPS pour que le siège reste à Marseille. Il est vrai que voici quatre ans, deux propositions, une de la Tunisie et l'autre de l'Italie, avait été étudiées pour transférer le CMI dans l'un de ces pays. À l'époque, les membres avaient décidé de rester à Marseille. Ceci n'a pas été remis en cause par l'Onu. Nous avons d'ailleurs quitté la Villa Valmer pour nous installer dans de nouveaux bureaux à la Tour La Marseillaise.
 
Quels sont les prochains grands rendez-vous du CMI ?
 
B.M-D.: En décembre 2021 à Marseille, nous organiserons un forum régional sur l'eau dédié aux changements climatiques. Nous y présenterons les résultats d'une étude du CMI conduit avec plusieurs pays du Nord de l'Afrique et financé par le Royaume-Uni.
Avant cela, nous participerons à deux autres conférences sur le même thème à Marseille en octobre et à Malte début décembre. Puis à d'autres rencontres comme le Forum de l'énergie et changement climatique à Marseille avant la fin de l'année et à des événements de l'Union pour la Méditerranée, à Madrid et à Barcelone en novembre. Notre calendrier est donc déjà assez animé pour les trois prochains mois.

Propos recueillis par Frédéric Dubessy
Mardi 21 Septembre 2021

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