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Astrid Desjobert : "Nous espérons qu'il existera autant d'Ecoles de la Nouvelle chance que de jeunes laissés pour compte"


Interrogée en marge de la conférence annuelle du Forum euro-méditerranéen des instituts de sciences économiques (Bruxelles les 13 et 14 juin 2019), Astrid Desjobert, responsable du réseau Méditerranée Nouvelle Chance et représentante de l'Institut européen de coopération et de développement (IECD) pour la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur, évoque l'avenir des écoles de la Nouvelle Chance dans le bassin méditerranéen et le nécessaire échange de bonnes pratiques entre elles.


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econostrum.info : Comment l'Ecole de la deuxième chance, née à Marseille voici vingt ans, a essaimé dans les autres pays méditerranéens ?

Astrid Desjobert : L'essaimage a commencé dès 2012 avec des rencontres organisées à Marseille entre l'Ecole de la deuxième chance et des acteurs tunisiens, marocains et algériens. Il existait chez eux une volonté de répliquer ce type de dispositif, pour faire face aux problèmes similaires de décrochages scolaires. Ceci a permis des synergies entre des personnes voulant porter un projet et l'implantation d'écoles dans ces trois pays. Mieux, la personne qui a monté le dispositif en Algérie a, à son tour, essaimée à Barcelone en Espagne !

Au sein des pays, l'essaimage existe aussi. A fin 2018, la France comptait cinquante écoles, l'Espagne vingt-huit, le Liban douze, la Tunisie cinq, l'Algérie et le Maroc quatre chacun. Notre réseau accueille également une école au Portugal et une autre en Egypte soit au total 105 écoles. Toutes appliquent une méthode différente adaptée aux entreprises locales ainsi qu'au contexte économique et social du terrain.

Il existe une ombrelle Ecole de la deuxième chance qui part de Marseille et englobe le tout ?

A.D. : A l'origine, oui. Et maintenant, le réseau regroupe aussi d'autres pays comme le Liban , le Maroc, le Portugal, qui ne se sont pas forcément inspirés de cette école marseillaise. Les Libanais ont inspiré les Portugais, les Portugais les Marocains, sans passer par l'école de la deuxième chance de Marseille même si elle reste l'un des modèles phare. En nous fédérant, en adoptant une coopération internationale, nous rendons plus visibles nos actions ainsi que les jeunes issus de notre dispositif.

26 000 jeunes dans neuf pays méditerranéens

Quel est aujourd'hui le bilan de ce réseau ?

A.D. : Nous rassemblons 26 000 jeunes adultes dans neuf pays méditerranéens et nous réussissons le pari de les réconcilier avec le système éducatif en leur proposant des formations assez courtes, réalisées en partenariat avec des entreprises, facilitant la mise en action plutôt que l'apprentissage. En France, sur les 15 000 jeunes qui sont pris en charge annuellement en moyenne, nous sommes à 60% de taux de sortie positive, c'est à dire qui intègrent un emploi ou une formation. Au Liban, qui travaille plus étroitement avec les entreprises, 92% de ces jeunes se réinsèrent et le Maroc enregistre un taux de 80% d'insertion dans le marché du travail, six mois après l'obtention du diplôme.

Nous envisageons une croissance au sein de chaque pays et  l'intégration de la Mauritanie, suite à la reconnaissance obtenue par le Sommet des deux rives (NDLR : Marseille le 24 juin 2019). Notre projet du réseau Méditerranée Nouvelle Chance a été sélectionné parmi les quatorze projets retenus. Avec MedNC, nous voulons aider des milliers de jeunes méditerranéens éloignés de la formation et de l'emploi à trouver leur place dans la société et à créer de la richesse dans leur pays.

L'évaluation de ces programmes est essentielle ?

A.D. : Nous voyons à travers l'évaluation d'un cycle de formation que le choix des jeunes - poursuivre les études, monter une entreprise - évolue après la formation. Par exemple, au Maroc, beaucoup préfèrent choisir les entreprises publiques, car elles offrent un environnement de travail incomparable en terme de salaire, d'accès au soins, de transport etc... Tandis que les entreprises privées ne proposent pas tout cela. Mais, ces jeunes vont moins s'épanouir et ceci ne va pas forcément correspondre à leur projet professionnel. Au Liban, la volonté d'intégrer le monde du travail se heurte à un salaire moyen en diminution ces dernières années causé par la concurrence d'une main d'oeuvre moins qualifiée avec l'arrivée massive de réfugiés. Au Maroc, nous nous sommes rendus compte que des jeunes voulaient entreprendre, car ils avaient l'impression qu'il s'agissait de la moins pire des voies par rapport aux chantiers leur donnant seulement des contrats très précaires, à court terme, parfois lointains. Alors qu'ils souhaitent rester près de leur famille, d'autant plus qu'ils ne peuvent pas se financer un logement supplémentaire.

90 millions de jeunes en marge de notre économie

Quels sont les développements prévus ?

A.D. : Demain, nous espérons qu'il existera autant de dispositifs que de jeunes laissés pour compte. Ceci représentera, par exemple, 90 millions de jeunes en Afrique du Nord, si cette situation continue, en marge de notre économie.
Nous attendons des pays et des bailleurs des financements pour la création de ce genre de centres.
Il faut renforcer notre échange de bonnes pratiques d'une rive à l'autre. Ceci créé le dynamisme de notre dispositif. Nous sommes plutôt confiants pour l'avenir.

Vous êtes labellisés Union pour la Méditerranée, qu'est-ce que ceci vous apporte ?

A.D. : L'UpM a vraiment apporté au projet en nous donnant une porte d'entrée au plan institutionnel et un contact avec les ministres et les diplomates. L'UpM a des liens très forts avec les gouvernements et les bailleurs et donc soutient fortement notre cause, et donne une grande visibilité à notre projet. Et la visibilité, c'est très important.

Propos recueillis par Frédéric Dubessy, à BRUXELLES

Jeudi 11 Juillet 2019

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