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Après le Printemps Arabe, les défis économiques subsistent

Par Thomas Lagoarde-Segot, économiste (Euromed Management & GREQAM, Aix-Marseille Université)



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Après le Printemps Arabe, les défis économiques subsistent
Le Printemps arabe a mis à mal le contrat social qui avait lié les peuples du sud de la Méditerranée à leurs dirigeants pendant les trois dernières décennies. Ce contrat social a été modifié dans certains pays (Algérie, Maroc, Jordanie, Liban) et s’est effondré dans d’autres (Tunisie, Égypte, Libye, Syrie). Mais la cause structurelle du malaise économique des pays du Sud reste entière: les taux de croissance économique sont trop faibles pour permettre l’emploi des jeunes qui, pour des raisons démographiques, entrent en masse sur le marché du travail. Pourtant, les travaux économiques permettent d’identifier les éléments d’une stratégie globale qui permettrait de colmater la brèche.

Premier constat : la capacité des économies du Sud à créer du bien-être a longtemps été amoindrie par la présence de rentes relationnelles. En effet, malgré l’affichage de programmes de « libéralisation », l’allocation des ressources reposait davantage sur les connexions politiques que sur le marché, qui nécessite transparence informationnelle, égalité des chances et méritocratie. Les enquêtes effectuées auprès des entrepreneurs du Sud désignent ainsi la corruption, le favoritisme, et l’instabilité du cadre règlementaire comme des obstacles majeurs au développement de l’activité économique. Dans ce contexte, de nombreuses entreprises s’appuient davantage sur la recherche de contrats publics que sur la concurrence et l’innovation pour assurer leur développement. En comparaison avec les moyennes observées dans les pays émergents, les entreprises méditerranéennes sont moins nombreuses, plus anciennes, moins productives, et investissent moins. Améliorer la transparence des marchés, développer l’information des agents économiques et faciliter l’accès au crédit permettraient donc de modifier la trajectoire de croissance de long terme de ces économies.

Une crise identitaire

Deuxième constat: les économies du sud sont caractérisées par un fonctionnement dual. Au cours des dernières décennies, la croissance économique s’est en effet principalement concentrée dans les villes et les régions côtières, si bien que dans chaque pays, les 10% les plus riches de la population détiennent plus du quart des richesses nationales. Cette dynamique, à relier aux problèmes institutionnels décrits plus haut, fut une des causes du soulèvement populaire. Comme tout au long des décennies précédentes, la réponse des gouvernants lors du Printemps arabe fut alors d’augmenter les revenus de transfert. Si cette stratégie a permis d’amortir les chocs, elle se heurte aux contraintes budgétaires (du moins dans les pays dépourvus de ressources naturelles) et, surtout, ne permet pas de dégager de perspectives de développement à long terme.

Une alternative serait de favoriser les activités économiques intensives en travail peu qualifié et localisées dans les zones rurales. Ceci permettrait d’augmenter directement le revenu des pauvres et d’engendrer un « régime de croissance propauvre » (dans lequel le revenu des pauvres croît à un rythme supérieur au taux de croissance moyen du revenu national). L’Union Européenne aurait à ce titre un rôle déterminant à jouer, en levant les restrictions sur les importations de fruits et légumes en provenance des pays du Maghreb.

Troisième constat : les économies méditerranéennes sont très exposées aux conséquences du réchauffement climatique (incendies, raréfaction des ressources en eau, élévation du niveau de la mer, destruction des terres arables…) Les revenus de millions d’individus dépendent de l’écosystème unique de la région, non seulement à travers la pêche et l’agriculture, mais aussi par les recettes touristiques. La dégradation environnementale menace donc plusieurs secteurs clés de ces économies. Selon les calculs du FEMISE, une hausse de 1°C des températures moyennes en Méditerranée entraînerait une baisse significative des précipitations, des rendements agricoles et des recettes touristiques. Il pourrait en résulter une baisse du PIB par habitant pouvant aller jusqu’à 14%. Les pays méditerranéens ont aujourd’hui accumulé un retard considérable dans le domaine des politiques environnementales. Loin d’être une entrave au développement, celles-ci permettraient pourtant de limiter le coût social de la pollution tout en créant des emplois et de la richesse. Ceci est vrai partout sur la planète, mais plus particulièrement en Méditerranée, où les actifs naturels tels que l’eau et les zones côtières jouent un rôle central et ont été mises sous pression durant des décennies.

La crise identitaire en cours dans les pays arabes semble paralyser le partenariat euro-méditerranéen. Pourtant, malgré les incertitudes politiques, l’attentisme est à proscrire. La Mer Méditerranée reste la frontière la plus inégale du monde : le PIB cumulé de l’Algérie, de la Tunisie, de l’Égypte, du Maroc, du Liban, de la Jordanie et de la Syrie est proche de celui de la Belgique. Les parties prenantes ne peuvent risquer de voir les écarts de développement se muter en fracture géopolitique.

Mercredi 21 Novembre 2012









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