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Alioune Sall, "Il faut créer un appétit pour une nouvelle aventure entre l'Europe et l'Afrique."


Fondateur et Président de l'African Futures institute, un institut de prospective basé à Pretoria en Afrique du Sud, le Sénégalais Alioune Sall se confie sur l'avenir de la relation entre l'Afrique et l'Europe. Il met en garde contre les tentatives d'autarcie du continent et l'importance d'inclure le paramètre "citoyen"dans les réflexions de rapprochement. English version


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 Alioune Sall, "Il faut créer un appétit pour une nouvelle aventure entre l'Europe et l'Afrique."

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Pour Alioune Sall, "on ne construit qu'en agissant" (photo DR)
Pour Alioune Sall, "on ne construit qu'en agissant" (photo DR)
econostrum.info : Vous plaidez depuis plusieurs années pour un développement de l'Afrique par les Africains. Où en est-on?

Alioune Sall : En disant sa volonté de penser son problème de développement, l'Afrique ne fera que tirer les leçons de l'extérieur.
Je note des progrès dans le domaine de la conceptualisation de son avenir depuis quelques décennies déjà. Lagos et son plan d'action en 1980 marquait la première réflexion sur le développement du continent. Ensuite, j'ai observé un recul de la pensée africaine au profit des institutions de Bretton Woods. Aujourd'hui, je vois son retour avec l'"Agenda 2063 de l'Afrique que nous voulons".

Tout cela va donc dans le bon sens ?

A.S. : Oui, mais il reste toutefois deux paramètres à améliorer. En premier lieu, le développement autocentré ne peut pas signifier un développent autarcique. L'Afrique doit trouver sa place dans la nouvelle globalisation alors qu'aujourd'hui elle pèse très peu dans le commerce mondial.

Deuxièmement, il faut trouver des instruments pour que ceci devienne réalité, pour pouvoir assurer une planification et une gestion des transformations structurelles.

"Un glissement de la pensée"

Comment ce continent peut-il s'inscrire dans l'axe Afrique Méditerranée Europe (AME) prôné par l'Ipemed dont vous venez d'intégrer le Comité scientifique ?

A.S. : Nous devons considérer trois grandes orientations dans le cadre de l'AME. D'abord, il faut partir de l'idée qu'il existe un intérêt commun entre l'Afrique et l'Europe, sinon il ne pourra pas y avoir de partenariat durable. Il me semble évident de par les échanges économiques, la proximité géographique, la communauté de défis et la vieille histoire que nous partageons même si elle a reposé parfois sur la furie, le sang et les larmes.

La déclaration de Malte de 2015, évoquant une intégration régionale entre les pays de l'Union européenne, sud-méditerranéens et subsahariens, est dépassée. Depuis le discours d'Emmanuel Macron en novembre 2017 à Ouagadougou, il n'existe plus trois entités mais deux seulement : l'Union européenne et l'Union africaine. C'est une avancée ! Cette réduction du périmètre n'est pas l'effet du hasard mais du glissement de la pensée.
L'axe AME peut permettre d'aller au-delà des États pour faire du citoyen l'élément central en répondant à la question : "Pourquoi doit-on travailler ensemble ?". Et le faire pas pour nous-mêmes mais pour les générations futures.

Ensuite, il faut tenir compte du concept grec d'epithumia. Ceci est de l'ordre de l'immatériel. Nous devons nous convaincre de l'utilité de faire ce que nous voulons faire, créer un appétit pour une nouvelle aventure entre l'Europe et l'Afrique. Se débarrasser, sans l'oublier, du passé et surmonter les obstacles d'antan avec un véritable partenariat.

Enfin, quelle que soit la qualité du discours et la volonté d'aller ensemble, on ne construit qu'en agissant. La Fondation (NDLR : La Verticale Afrique – Méditerranée – Europe, créée en 2015 par l'lpemed) s'avère une bonne chose pour mobiliser les ressources humaines et financières au service du projet d'une Afrique rénovée. Elle doit être considérée comme une sur-priorité pour faire naître l'envie d'un futur commun.

Mardi 28 Août 2018