Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée
Econostrum.info


         Partager Partager

Alger fustige l'intervention de l'UE dans son conflit bilatéral avec l'Espagne


Rédigé par , le Lundi 13 Juin 2022 - Lu 925 fois


L'Algérie ne bloquera pas les livraisons de gaz à l'Espagne (photo: F.Dubessy)
L'Algérie ne bloquera pas les livraisons de gaz à l'Espagne (photo: F.Dubessy)
ALGÉRIE / ESPAGNE. L'annonce par Alger, mercredi 8 juin 2022, de la "suspension immédiate" d'un traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération datant de vingt ans avec Madrid, assortie d'un boycott des produits ibériques et du gel des transactions financières entre les deux pays, fait réagir l'Union européenne (UE).

Josep Borrel, vice-président de la Commission européenne et Haut Représentant, et Valdis Dombrovskis, vice-président exécutif, publiaient vendredi 10 juin 2022, un communiqué commun jugeant "extrêmement préoccupante" cette décision. "Nous évaluons actuellement l'incidence des mesures algériennes, y compris l'instruction donnée aux institutions financières d'interrompre les transactions entre les deux pays, qui semble d'emblée enfreindre l'accord d'association UE-Algérie, particulièrement dans le domaine du commerce et des investissements. Il en résulterait un traitement discriminatoire à l'égard d'un État membre de l'UE, qui nuirait à l'exercice des droits de l'Union au titre de l'accord", indique le texte.

Dans le cadre du processus de Barcelone, un accord d'association entre l'Algérie et l'UE a été paraphé le 22 avril 2002. Entré en application le 1er septembre 2005, il prévoit notamment l'élimination progressive des droits à l'importation de produits industriels de l'UE et des produits agricoles des deux pays. Ce texte a été complété par un accord euro-méditerranéen d'association avec la Communauté européenne signé en août 2016.

L'UE prête à s'opposer à "toute mesure coercitive"

La brouille est née du rapprochement entre l'Espagne et le Maroc (après une crise diplomatique d'un an suite à l'accueil de Brahim Ghali, chef du Front Polisario, par un hôpital espagnol) dont le point d'entrée a été le revirement diplomatique de Madrid sur la question sensible du Sahara occidental. Pour les mêmes raisons, Alger a déjà rompu en août 2021 toutes relations diplomatiques avec Rabat. Le soutien espagnol au Maroc a donc provoqué une rupture par ricochet et unilatérale avec Madrid.

"Nous défendrons fermement nos entreprises et les intérêts de l'Espagne, qui sont aussi des entreprises de l'UE et qui portent les intérêts de l'UE", déclarait José Manuel Albares, ministre espagnol des Affaires étrangères, vendredi 10 juin 2022 depuis Bruxelles. "Si la résolution du différend se trouve entre les mains de la Commission, le souhait de l'Espagne est qu'il soit résolu le plus rapidement possible par le dialogue et par les voies diplomatiques normales", poursuivait-il.

L'UE déclare être "prête à s'opposer à tout type de mesures coercitives appliquées à l'encontre d'un de ses États membres". Tout en ajoutant, "l'Algérie est un partenaire important de l'UE en Méditerranée et un acteur clé pour la stabilité régionale. Nous ne doutons pas qu'au nom de notre partenariat solide et durable, une solution rapide sera trouvée pour rétablir pleinement les relations en matière de commerce et d'investissement".

Tout en indiquant "se trouver en contact étroit avec le gouvernement espagnol", les deux représentants de la Commission européenne affirment "tendre la main aux autorités algériennes pour clarifier rapidement la situation".

Un désaccord politique bilatéral

En réaction, samedi 11 juin 2022 dans un communiqué, le ministère algérien des Affaires étrangères dénonçait "la précipitation et le parti-pris de ces déclarations (NDLR: de la Commission européenne)". D'après ce texte, "Elles mettent en évidence le caractère inapproprié de leur contenu, s’agissant d’un désaccord politique avec un pays européen de nature bilatérale n’ayant aucune incidence sur les engagements de l’Algérie à l’égard de l’Union européenne et ne nécessitant par voie de conséquence nullement le déclenchement d’une quelconque consultation européenne aux fins de réaction collective".

La mission de l'Algérie à Bruxelles a renchérit, rappelant qu'"en ce qui concerne les livraisons de gaz à l'Espagne, l'Algérie a déjà fait savoir par la voix la plus autorisée, celle de Monsieur le Président de la République, qu'elle continuera à honorer tous ses engagements pris dans ce contexte, à charge pour les entreprises commerciales concernées d'assumer l'ensemble de leurs engagements contractuels". La représentation algérienne à Bruxelles a décrit comme "fantaisistes et malveillantes les insinuations et interrogations relatives à la question de l’approvisionnement de l’Espagne en gaz".

La fin du traité ne signifie donc pas une guerre des hydrocarbures. Pas plus que l'arrêt des paiements vers et depuis l'Espagne qui, s'il touche tous les échanges commerciaux, ne s'applique pas à la fourniture de gaz, comme l'a précisé Alger. "Au demeurant, cette question qui concerne les entreprises des deux pays sur les bases strictement commerciales ne se pose nullement dans le contexte des relations énergétiques avec les autres acquéreurs de gaz algérien dans l’espace euro-méditerranéen qui s’acquittent de leurs obligations contractuelles avec la même bonne foi que l’Algérie", précise le communiqué algérien.

L'Algérie est le second fournisseur de gaz de l'Espagne (après les États-Unis). Selon Nadia Calvino, ministre espagnole de l'Économie, qui s'exprimait lundi 13 juin 2022, les livraisons n'ont pas été affectées. Elle se disait convaincu qu'il n'y aurait aucune perturbation.




Nouveau commentaire :
Facebook Twitter

A lire avant de commenter !

Le but des commentaires est d'instaurer des échanges enrichissants à partir des articles publiés sur Econostrum.info.
Pour assurer des échanges de qualité, un maître-mot : le respect. Donnez à chacun le droit d'être en désaccord avec vous. Appuyez vos réponses sur des faits et des arguments, non sur des invectives.
Il n'est pas permis de choisir comme nom d'utilisateur le nom d'une autre personne physique ou morale (entreprise, institution, etc.).
Le contenu des commentaires ne doit pas contrevenir aux lois et réglementations en vigueur. Sont notamment illicites les propos racistes ou antisémites, diffamatoires ou injurieux, divulguant des informations relatives à la vie privée d'une personne, reproduisant des échanges privés, utilisant des oeuvres protégées par les droits d'auteur (textes, photos, vidéos…).
Econostrum.info se réserve le droit d'éliminer tout commentaire susceptible de contrevenir à la loi, ainsi que tout commentaire hors-sujet, répété plusieurs fois, promotionnel ou grossier, contenant des invectives et des propos agressifs visant des personnes, notamment les autres commentateurs.
Une trop mauvaise qualité d’écriture (multiplication des fautes de frappe, absence totale de ponctuation, langage SMS, etc.) peut entraîner la non-publication des messages.
Les décisions des modérateurs ne peuvent être contestées. L’auteur de la contribution est responsable de son contenu. La fiabilité de l’utilisateur, son identité et sa moralité ne peuvent être garantis par Econostrum.info. Econostrum.info ne pourra en aucun cas en être tenu responsable.
Si vous désirez signaler un contenu illicite ou abusif, merci de le faire à l'adresse suivante : redaction@econostrum.info.












Suivez-nous
Facebook
Twitter
Rss
Newsletter



Enquêtes




Actus par pays

Voir en plein écran








Le Guide de l'économie

Facebook

   Nos partenaires






À propos d'Econostrum.info


Econostrum.info est un média indépendant qui traite au quotidien l'actualité économique des pays riverains de la Méditerranée. Coopération économique, actualité des entreprises par secteur (Industrie, Services, Transport, Environnement, Société/Institutions), dossiers thématiques, actualité des aéroports, compagnies aériennes et maritimes (nouvelles destinations)... sont traités et analysés par une équipe de journalistes présents dans le bassin méditerranéen.


S'abonner à Econostrum.info