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100 milliards d'euros pour sauver les banques espagnoles


Le gouvernement espagnol obtient une aide de la Communauté européenne, sous forme d'emprunt pouvant aller jusqu'à 100 mrds €. Le montant exact de l'enveloppe sera déterminé dans les prochaines semaines, après le diagnostic en cours du système financier espagnol. Le FMI estime déjà que 40 mrds € seront nécessaires, au minimum, pour renflouer les banques espagnoles qui sont aujourd'hui au bord de la faillite, à commencer par Bankia.


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Le président du gouvernement Mariano Rajoy au lendemain de la décision de l'Eurogroupe (photo : Moncloa)
Le président du gouvernement Mariano Rajoy au lendemain de la décision de l'Eurogroupe (photo : Moncloa)
ESPAGNE. « Une grande victoire pour l'Europe et pour l'euro » : c'est en ces termes que le président du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a commenté mercredi 6 juin 2012 l'aide accordée la veille par la communauté européenne, qui octroie à l'Espagne une ligne de crédit de 100 mrds €, ce qui représente 10% du PIB espagnol.
Une « drôle » de victoire en vérité, après la volte-face de Mariano Rajoy, d’abord farouche opposant à tout soutien financier européen, et qui s'est finalement résigné à demander l'aide de Bruxelles pour faire face à la situation critique du système financier espagnol.

Au cours de cette même conférence de presse, le chef du gouvernement a d'ailleurs implicitement reconnu l’urgence, en laissant planer la menace d'une mise sous tutelle à laquelle l'Espagne aurait échappée de peu : « si nous n'avions pas réalisé les réformes au cours des cinq derniers mois, notre pays aurait nécessité une intervention directe ». Une façon aussi de rappeler que cette « ligne de crédit » mise à disposition par la communauté européenne n'est pas une « intervention », mais un prêt « qui devra être remboursé au centime près ».

40 mrds € nécessaires aux recapitalisations selon le FMI

Le terme de « victoire » semble d’autant moins approprié que cet accord pour soutenir le système financier espagnol laisse encore en suspend nombre de questions. D'abord sur le montant proprement dit.

Dès l'annonce de la décision de l'Eurogroupe, samedi 9 juin 2012, le ministre de l’Économie espagnol, Luis de Guindos, est intervenu pour préciser que l’enveloppe prévoyait une « marge » de sécurité. « Il s'agit d'un montant maximum », a précisé Luis de Guindos. De son côté, le FMI estime à 40 mrds € le besoin des banques espagnoles nécessitant une recapitalisation. À commencer par Bankia, où l’État a déjà décidé d'injecter 23,5 mrds €. Mais comme le précisait Luis des Guindos en personne : « Bankia n'est ni la première ni la dernière des entités bancaires nécessitant une intervention de l’État ». C’était il y a quelques jours, lorsque le ministre espagnol de l’Économie comparaissait devant la presse pour s'offusquer des rumeurs d'une supposée demande d'aide à la Banque Centrale Européenne  !

Le discours politique embrouillé -voire contradictoire- du gouvernement de Mariano Rajoy n'aura d'ailleurs pas été très à propos dans un contexte qui exigerait plutôt le maximum de clarté. En niant la nécessité d'une aide européenne, le président du gouvernement espagnol a repris en quelque sorte le flambeau de son prédécesseur, José Luis Rodriguez Zapatero, qui avait de son côté longtemps nié l'existence même d'une crise économie en Espagne. On connaît la suite, avec notamment l'intervention Fonds de Restructuration Ordonnée Bancaire pour éviter la banqueroute de Catalunya Caixa, Caixa Novagalicia, CCM, Cajasur et bien évidemment Bankia.

D'autres entités financières pourraient compléter la liste. Mais pour en savoir davantage, et connaître par conséquent plus précisément le montant de l'aide européenne nécessaire, le gouvernement doit attendre la finalisation de l'audit que réalisent actuellement les cabinets Ronald Berger et Oliver Wygam. Ce rapport doit être remis le 21 juin 2012.

Restructuration bancaire

Autre question en suspend : les conditions de remboursement du crédit accordé par Bruxelles. Sur le plan strictement financier d'abord, le prêt devrait être accordé à des conditions très avantageuses, surtout par rapport aux taux qui ont actuellement cours lors des émissions des bons (à dix ans) de la dette publique espagnole, et qui tournent autour de 6% (le taux de remboursement du prêt européen devrait se situer entre 3 et 3,5%).

Il est plus compliqué de savoir quel sera le prix « politique » de cette aide communautaire, même si Luis de Guindos affirme qu'il n'y a « aucun type de conditions macro-économiques ou fiscales ». En d'autres termes, le gouvernement espagnol ne se serait pas engagé à quelque réforme en contrepartie de l'aide européenne. Dont acte. Le soutien financier place cependant en position de force la communauté européenne, dont il faut rappeler les dernières « recommandations » à l'attention de l'Espagne : maîtrise des dépenses des communautés autonomes, augmentation de la TVA, accélération des réformes sur la retraite et le travail.

Il ne fait en tout cas aucun doute que cet accord de financement va permettre à Mariano Rajoy de donner un coup d'accélérateur à la restructuration du paysage bancaire espagnol. Au-delà des recapitalisations, le gouvernement veut profiter de l'occasion pour organiser de nouvelles fusions bancaires. Cette restructuration entraînera mécaniquement la diminution du nombre d'agences, voire la disparition pure et simple de certaines entités bancaires.

Mais au final, l'efficacité du plan d’aide européenne se mesurera par la capacité des banques espagnoles à donner davantage de crédits aux particuliers comme aux entreprises. En arrière-fond, c'est l'avenir de l'économie espagnole qui est en jeu, et par conséquent celui de l'euro.

Lundi 11 Juin 2012

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