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« Élections régionales » contre « République catalane »


Après la déclaration d'indépendance de la Generalitat, le gouvernement de Mariano Rajoy contre-attaque avec la dissolution du parlement catalan et l’organisation d'élections le 21 décembre 2017 en Catalogne.


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300 000 manifestants selon la police et 1,1 million selon les organisateurs de la Societat Civil Catalana, en faveur du maintien de la Catalogne en Espagne (Photo : DR)
300 000 manifestants selon la police et 1,1 million selon les organisateurs de la Societat Civil Catalana, en faveur du maintien de la Catalogne en Espagne (Photo : DR)

ESPAGNE / CATALOGNE. Les week-ends se succèdent à Barcelone avec les mêmes manifestations massives. Mais avec des drapeaux différents. Après le défilés « d'Esteladas » (symbole de l’indépendantisme catalan) la semaine dernière, ce sont les couleurs de l'Espagne qui flottaient au dessus du demi-million de manifestants ce dimanche 29 octobre 2017, sur l'avenue du Paseo de Gracia de la capitale catalane. Un rassemblement qui réclamait cette fois-ci l'unité de l'Espagne, et dénonçait la proclamation de la république par la Generalitat ce 27 octobre 2017.

Mais, paradoxalement, les manifestants unionistes reprenaient le slogan sur lequel s’égosillaient leurs opposants indépendantistes jusqu'au 1er octobre 2017, date du référendum d’auto-détermination (jugé illégal par le conseil constitutionnel espagnol) : « Votarem ! » (« Nous voterons »). Car, pour répondre à la déclaration d'indépendance qu'il a qualifié « d'acte délictueux», le président du gouvernement espagnol Mariano Rajoy a convoqué des élections régionales en Catalogne le 21 décembre 2017. Et le rassemblement populaire de ce 29 octobre à Barcelone s'apparente au premier acte de campagne de ce futur scrutin.


Opposition démocratique

Comparution officielle de Carles Puigdemont le 28 octobre pour demander une « opposition démocratique» contre l'application de l'article 155 (Photo : DR)
Comparution officielle de Carles Puigdemont le 28 octobre pour demander une « opposition démocratique» contre l'application de l'article 155 (Photo : DR)

La procédure est mise en œuvre dans le cadre de l'application de l'article 155 de la Constitution, correspondant à la mise sous tutelle de la Generalitat, et qui s'est traduite par la destitution de son président, Carles Puigdemont, du vice-président Oriol Junqueras, du commandant en chef des Mossos (police catalane), Josep Lluis Trapero, et des plus de 150 conseillers.

Avec les pouvoirs transférés à Soraya Sanz de Santamaria, numéro deux du gouvernement de Mariano Rajoy. Ce régime d'exception implique aussi la dissolution immédiate du parlement catalan jusqu'aux prochaines élections du 21 décembre 2017. Une échéance que les indépendantistes ignorent pour l'instant. En témoigne la déclaration officielle de Carles Puigdemont, qui en appelle à « l'opposition démocratique » face à l’application du fameux article 155, « sans jamais abandonner une conduite civique et pacifique. »

Il est en effet important de rappeler que les événements politiques se déroulent jusqu'à présent sans heurts ni débordements majeurs. Le gouvernement de Mariano Rajoy semble lui aussi vouloir miser sur une certaine tempérance, en invitant le président démis de la Generalitat à se présenter lors des prochaines élections du 21 décembre 2017, loin des menaces d’emprisonnement pour cause de « rébellion » proférées par certains lieutenants du Partido Popular.


Des élections sans issue ?

Indépendantistes et unionistes semblent en fait s'ignorer jusqu'à la dénégation. Ceci illustre assez bien la théorie du sociologue Ricardo Romero concernant « le risque d'arriver à une impasse qui peut durer pendant des années, et qui aboutirait à ce paradoxe : une Catalogne indépendante non reconnue par Madrid, donc toujours intégrée à l'Union Européenne... puisque l'Europe ne peut pas rejeter un État qui se déclare indépendant si celui-ci est toujours considéré comme appartenant à un pays communautaire ! »

À moins que le gouvernement central espagnol ne durcisse encore davantage le ton, et que des décisions judiciaires provoquent un clivage plus grand entre Barcelone et Madrid. Ou que les indépendantiste ne saisissent l’occasion de ces élections du 21 décembre 2017 pour reprendre le cours d'un débat constitutionnel. Option envisagée y compris par la frange la plus radicale du mouvement souverainiste catalan, c'est à dire le parti anti-capitaliste de la CUP et une partie de Esquerra Republicana de Catalunya (dont Oriol Junqueras est le leader).

Mais dans ce cas, qu'adviendra-t-il si les élections du 21 décembre se déroulent normalement et débouchent sur la victoire... des indépendantistes ? Une question sans réponse, pour l’instant, aux premiers jours d'une république catalane qui n'est reconnue officiellement par personne en dehors de ses frontières, et qui est ignorée par l’État espagnol à l’intérieur même de la Catalogne. Étrange normalité de l'anormalité institutionnelle en cours en Catalogne.  


Lundi 30 Octobre 2017

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