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Yassine Brahim, ministre tunisien de l'Investissement et de la Coopération internationale, promet des réformes


Réforme du code de l'investissement, développement des régions frontalières, extension du réseau autoroutier, ou encore amélioration de la productivité. Yassine Brahim, membre du parti liberal Afek Tounes, ministre tunisien de l'investissement, de la coopération internationale et du développement, dans le gouvernement d'Habib Essid, depuis février 2015, livre à econostrum.info ses priorités pour les années à venir.



econostrum.info : Quelles sont les priorités de votre plan d'action pour les cinq années à venir ?

Yassine Brahim : Nous allons produire une note d'orientation d'ici la fin des cent premiers jours de notre travail, d'ici le 15 mai donc. Elle détaillera notre vision pour les cinq années à venir.

Le manque de visibilité à moyen terme a beaucoup fait souffrir l'économie tunisienne ces quatre dernières années. Le but est de lancer des réformes, notamment du régime de compensation (subvention des produits de première nécessité), mais aussi la réforme fiscale. Il s'agira également de favoriser les opportunités d'investissement vers les marchés algérien, européen et africain. Nous comptons simplifier nos rapports avec nos pays amis bilatéraux en terme d'investissements et de financements ainsi qu'avec les instances internationales.

photo Afek Tounes
photo Afek Tounes

"Nous sommes ouverts sur l'étranger"

Comment trouver un nouvel équilibre dans les échanges commerciaux ?

Y.B. : Nous allons essayer de profiter davantage de la mondialisation. Le sujet est un peu tabou, beaucoup considèrent que c'est dangereux mais nous sommes déjà en plein dedans. La Tunisie est un petit pays, nous ne pouvons pas produire tout ce qu'il nous faut, nous importons de la matière première. Nous sommes dans une économie de flux, pour pouvoir se nourrir, s'habiller, vivre au quotidien, nous sommes ouverts sur l'étranger.

Par contre nous ne sommes pas suffisamment compétitifs, notre balance commerciale est déficitaire, nous importons plus que ce que nous produisons pour le marché international. Il faudra donc faire redémarrer notre économie, surtout à l'export, pour être plus compétitifs et éviter une baisse infinie de notre devise et l'inflation. Nous comptons améliorer la productivité tout en nous concentrant sur l'infrastructure, l'éducation, la santé publique, l'environnement qui peut attirer l'investissement privé et permettre l'embauche des chômeurs.  


"Des zones en duty free près de la frontière libyenne"

Comment comptez-vous engager le développement des régions enclavées ?

Y.B. : L'Etat est en charge surtout de l'infrastructure, il préparera l'installation d'opérateurs privés. Beaucoup de projets ont été enclenchés par les précédents gouvernements mais ils n'avancent pas vite. L'une des raisons est que la politique volontariste d'investissement publique a été menée sans études préalables sérieuses après la révolution. Nous nous rendons parfois compte qu'il n'est pas possible de bâtir une route à tel endroit car les citoyens ne sont pas d'accord.

L'administration doit opérer une évolution avec davantage d'études et de discussions avec les habitants. La prise de décision sera aussi écourtée grâce à des conseils ministériels restreints, notamment en cas de blocage par exemple entre industriels et agriculteurs qui se disputeraient une terre.
 

Vous avez évoqué le développement des régions frontalières avec la Libye et l'Algérie, quels sont vos projets ?

Y.B. : Cela fait partie de mes priorités des cent premiers jours : les zones frontalières du Sud et de l'Ouest connaissent des problèmes sécuritaires dont souffrent les habitants. Il n'y a pas d'investissements privés à cause de cela. Nous devons faire vite.

Par exemple à Ben Guerdane l'économie informelle avec la Libye demeure très développée, il faut une alternative pour en sortir. Nous avons décidé d'accélérer le projet d'une zone logistique de commerce à onze kilomètres de la frontière. Elle comptera des entrepôts avec des marchandises tunisiennes ou étrangères à destination de la Libye, un marché local avec des privilèges pour les riverains, ceci animera la région.

Nous pourrions aussi établir des zones spéciales, éventuellement duty free, autour des treize postes frontaliers du pays. Malheureusement nous n'avons pas d'interlocuteurs fiables avec la Libye.   


"Il faut développer des accords avec nos voisins"

Au delà des zones frontières, comment développer les échanges avec vos voisins ?

Y.B. : Un accord sur le commerce a déjà été signé avec l'Algérie en mars 2014 mais il n'est pas encore appliqué correctement. Nous allons le concrétiser. Notre avenir passera pas le développement économique avec nos voisins, pas seulement une coopération sécuritaire.

Aujourd'hui les accords avec l'Union européenne sont plus intéressants, il faut donc développer les échanges avec nos voisins. Le Grand Maghreb, c'est le rêve de tous les Maghrébins, je crois beaucoup aux accords économiques bilatéraux dans un premier temps.  
 

Comptez-vous aussi développer des infrastructures régionales ?

Y.B. : Nous avons développé le réseau autoroutier. Tous les plans sont réalisés et les financements ont été trouvés pour que l'autoroute arrive en Algérie et jusqu'en Libye. Nous avons constaté l'avancée des travaux coté Sud et Nord-Ouest. L'autoroute transmaghrébine devrait être terminée vers 2020, des tronçons seront prêts avant cela comme celui de Sfax-Gabès (sur la côte Est), nous traçons également celui entre Gabès et Ras-Jdir (frontière libyenne).

Coté ferroviaire, le projet de ligne grande vitesse transmaghrébine représente un coût extraordinaire : 30 milliards de dinars (environ 14 milliards d'euros) ! Je doute que ce sera une priorité. Il faut trouver les moyens de le financer, d'autant plus que la situation en Libye complique la faisabilité d'un tel projet.  


"L'Europe doit faire plus"

Comment allez-vous concrètement développer la coopération internationale ?

Y.B. : L'Union européenne et ses pays sont nos premiers partenaires. Nous allons leur demander de faire encore plus. L'Allemagne est très investie ici et nous suit beaucoup dans les plans de développement des régions, la France aussi avec l'AFD (Agence française du développement). Nous voyons d'autres partenaires entrer comme les Etats-Unis aujourd'hui assez volontaristes et les pays du Golfe très présents. Nous pourrions rouvrir des dossiers restés coincés depuis la révolution.


Comment offrir des garanties de stabilité aux investisseurs ?

Y.B. : La stabilité politique existe, de par les élections d'un président et d'une assemblée pour cinq ans. Le gouvernement est par ailleurs soutenu par plus des deux tiers du parlement. Les investisseurs attendent des réformes législatives dans les normes internationales, nous y travaillons et nous nous y sommes engagés. Une de mes priorités sera la réforme du code des investissements, nous comptons le simplifier, l'ouvrir, pour que l'investisseur n'ait pas à faire à quinze administrations quand s'établit et qu'il bénéficie d'incitations fiscales. Notre ancien code était complexe et illisible.



Propos recueillis par Camille Lafrance, à TUNIS


Jeudi 19 Mars 2015



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