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Yanis Varoufakis, le nouvel argentier grec iconoclaste qui détonne


Le nouveau maître des finances grecques tranche totalement avec tout ce que la Grèce mais aussi l’Europe a connu comme grand argentier. Différence de style, différence de propos, Yanis Varoufakis est économiste par accident et marxiste occasionnel.



GRECE. Yanis Varoufakis, cinquante trois ans, bel homme au crâne rasé, regard perçant, mâchoire carrée, adepte des tenues sportives est, selon son propre aveu, « économiste par accident » ou plus exactement par conviction aussi pour « servir la gauche ».
Le nouveau ministre grec des Finances se proclame volontiers « marxiste occasionnel », tient un blogue des plus instructifs et prend le temps, quand manifestement il voit que le journaliste en face de lui ne comprend pas grand-chose à l’économie, de lui expliquer deux trois choses qui lui échappent. Pour autant, il refuse catégoriquement les interviews courtes, « qui ne mènent à rien. Impossible d'expliquer la crise grecque en cinq minutes. » Ses étudiants le décrivent comme un professeur hors pair et quand il a quitté la Grèce du pays, en 2012, car cible de menaces pour ses positions iconoclastes sur les plans de sauvetage de la Grèce, ils l’ont amèrement regretté.

Ancien conseiller de Georges Papandreou, en 2004, ce professeur d’économie a été le premier à dénoncer le risque de défaut de la Grèce et a quitté Papandreou dès 2006, bien avant l’éclatement de la crise. 
Pour cet auteur de nombreux ouvrages passionnants, la dette grecque « est une dette odieuse qu’il faut restructurer» .Yanis Varoufakis s’est aussi distingué  par ses déclarations. « On ment aux Grecs, le pays a déjà fait faillite » martèle- t-il a qui veut l’entendre.

Une faillite considérée comme une crise de liquidité

Yanis Varoufakis, un nouveau ministre grec des finances qui détonne (photo OCDE)
Yanis Varoufakis, un nouveau ministre grec des finances qui détonne (photo OCDE)
Pour lui, « la Grèce ne s’en sortira qu’en remettant en cause les termes de son accord de sauvetage. » Tout un programme qui promet des débats houleux à Bruxelles. Yanis Varoufakis ne s’en laisse pas compter et il connaît ses dossiers sur le bout des doigts.

La preuve, lors de la passation des pouvoirs au ministère de la santé, il a salué son prédécesseur, le conservateur Ghikas Hardouvalis, avec des embrassades chaleureuses. S'adressant aux dizaines de journalistes présents, il a souligné : « je suis certain qu’il n’a pas économisé sa peine,  il a fait tout ce qu’il a pu, ce n’est pas sa faute si cela n’a pas marché. Cela ne pouvait pas marcher, ce n’était pas prévu pour. »  Et cet économiste globe-trotter d’enfoncer le clou en lançant « aujourd’hui ,nous tournons la page d’une logique d’une crise qui s’auto-entretient. Dans ce bâtiment est née, a grandi et s’est développée une grande erreur toxique : un problème de faillite a été considéré comme un problème de manque de liquidité . Nous arrêtons le déni de la réalité. »
 
Yanis Varoufakis avait depuis longtemps exposé cette thèse dans son livre « Le Minotaure  Planétaire » publié en 2011. Pour cet économiste patenté, l'économie mondiale est structurée autour du déficit américain qui agit comme un « puissant aspirateur » à liquidités. Les grandes économies en excédent, la Chine le Japon et surtout L’Allemagne en Europe, produisent de quoi alimenter ce déficit, et recyclent le produit de cet excédent dans le système financier américain.

Un système mis en place avec la fin de la convertibilité du dollar en 1971. C’est à ce moment là que les Etats-Unis ont organisé l’économie mondiale autour de leur déficit. D’où le parallèle avec le mythe du Minotaure, créature mi-homme mi-taureau qui exigeait qu’Athènes paye un tribut – déjà - de cinquante jeunes hommes et jeunes filles chaque année pour ne pas détruire le Palais du roi Minos qui l’avait enfermé dans un labyrinthe. Comme les déficits américains exigent des excédents pour se nourrir, le Minotaure exige de la chair fraiche pour rester au fond de son trou et le roi Minos, l’Europe, plutôt que de le combattre, payait chaque année avec sa jeunesse sacrifiée. Thésée a tué le Minotaure. Le Syriza tuera, en tout cas il va essayer, ce système financier cannibale et suicidaire.

Un pays obligé de recourir à la cavalerie financière

Le nouveau gouvernement grec issu de la victoire de Syriza (photo Syriza)
Le nouveau gouvernement grec issu de la victoire de Syriza (photo Syriza)
Reste que la crise de Lehman Brothers a détruit cet équilibre. L’économie américaine, plus fragile que  jamais, ne peut plus jouer le rôle d’aspirateur. Les excédents, de moins ne moins importants du reste, ne peuvent plus être recyclés.

Pour Yanis Varoufakis, le problème majeur de cette crise repose sur un constat : « personne n’a vraiment compris ce qui se passait. Sans parler du fait que la construction de l’euro s’est effectuée sans envisager la possibilité qu'il puisse ne pas fonctionner de la même façon pour tous les pays  de l’euro-zone. » 

Selon le nouveau ministre des Finances, l’Allemagne a tenté de reprendre la relève des Etats-Unis. Elle deviendrait le nouveau Minotaure. Pour faire face à cette obsession des excédents, de la rigueur budgétaire, la Grèce se trouve obligée de recourir à, ce qui est vulgairement appelée, de la cavalerie. Elle emprunte d’un coté à fort taux sur les marchés, ou prend ce que la Troïka lui prête, pour rembourser de l’autre les déficits des intérêts de la dette. Cela fait des années que ça dure et comme l’euro touche tous les pays d’Europe, la politique des excédents budgétaires à n’importe quel prix, comme celui d’une crise humanitaire en Grèce, a prévalu pour toute l’Europe.

Les remboursements de la dette indexés sur la croissance

Pour autant Yanis Varoufakis défend l’euro. «  La Grèce en fait partie inextricablement. »  Pour le maintenir, il préconise une politique de solidarité interne qui accepte l’idée de la faillite, un renforcement de la gouvernance de l’euro-zone, un traitement européen de la dette, toutes dettes confondues.

Une dette qui doit être « restructurée en profondeur et dont le remboursement se fera en fonction de la croissance du pays .Ce qui suppose une pause de cinq à sept ans dans les remboursements. » Pour cet iconoclaste de l’économie, « la Grèce n’a  rien à perdre », et les discussions avec les partenaires européens ne seront pas  « des discutions de duel comme au Far-West, mais des discussions sincères et honnêtes. »

Le nouveau ministre se veut un homme de  terrain. Des son arrivée au ministère, en sac a dos et chemise à fleur bleue, il a annoncé la réembauche des femmes de ménage du ministère licenciées par Georges Papaconstantinou et la création de bons alimentaires sur le modèle de ceux distribués aux Etats-Unis pour faire à la crise humanitaire qui sévit. « Avec ses bons qui portent le sceau de l’Etat, le contribuable, le citoyen a l’impression que l’Etat s’inquiète pour lui, qu’il fait quelque chose pour lui. C’est comme ça que l’ on crée une conscience de contribuable, pas en écrasant la population d’impôts. Le citoyen, même pauvre, ne va plus faire la  queue à la soupe populaire pour un repas. Il va au supermarché acheter et choisir de la nourriture. Il retrouve sa dignité. » 


Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, à ATHÈNES


Vendredi 30 Janvier 2015



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Commentaires

1.Posté par Editions du Cercle le 30/01/2015 15:17
Le livre de Yanis Varoufakis, LE MINOTAURE PLANETAIRE, a été publié en décembre 2014 (version française).
La version originale a été publiée en 2011, puis une réédition mise à jour a été publiée en Angleterre en mars 2013.

L'éditeur français

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