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Une élection déterminante pour l'avenir économique de la Tunisie


La première réelle élection que connait dimanche 23 octobre 2011 la Tunisie sera déterminante. Elle portera au pouvoir une assemblée constituante qui devra notamment redresser l'économie pour éviter de décevoir la population et de la jeter dans les bras des extrémistes.



La jeunesse tunisienne a porté la révolution, mais souffre de plus en plus du chômage. Photo DR
La jeunesse tunisienne a porté la révolution, mais souffre de plus en plus du chômage. Photo DR

TUNISIE. Ben Ali fait encore peur. La preuve, son portrait est utilisé pour convaincre les Tunisiens d'aller voter. Ces premières élections libres en Tunisie apparaissent déterminantes. De leur succès, de la majorité qui sortira des urnes dépend la réussite ou l'échec de la révolution de jasmin. Avec 11 000 candidats, 116 partis, la partie n'est pas gagnée d'avance.

Les 217 membres de l'assemblée constituante devront poser les bases politiques, et donc économiques, de la future Tunisie. Régime présidentiel ou parlementaire, décentralisation, laïcité, libéralisme, protectionnisme, les orientations qui seront prises seront déterminantes, mais ces grands thèmes de campagne apparaissent très flous pour des tunisiens dont la préoccupation principale, pour ne pas dire la seule, reste de trouver du travail pour survivre. Le chômage frappe 18% de la population, 25% des jeunes diplômes à l'origine de la révolution. Et encore ces taux sont probablement largement minorés, car les modalités de calcul n'ont pas changé depuis la révolution.

Les parlementaires élus pour rédiger une constitution devront également placer au centre de leurs préoccupations la reprise économique. Ce ne sera pas chose facile, car les clignotants sont tous orange ou rouge.

Les élites tunisiennes sont restées peu ou prou les mêmes. Hommes d'affaires, journalistes, hauts fonctionnaires parviendront-ils à changer de façon de travailler après des dizaines d'années de compromission et de langue de bois ? Nombre de Tunisiens semblent tentés par la recherche d'une autre voix que celle du capitalisme corrompu qu'ils ont connu jusqu'à présent et dont les représentants sont toujours en place. Dès lors, beaucoup cherchent le salut dans l'islamisme. Ennahda, interdit sous l'ancien régime et seule réelle force d'opposition sous Ben Ali, caracole en tête des sondages. Que fera Rached Ghannouchi de ce pouvoir s'il arrive à éviter une coalition des autres partis politiques contre Ennahda ? Il affirme chercher sa voie dans un islamisme démocratique proche de celui au pouvoir en Turquie. Les récentes manifestations violentes nées de la diffusion du film « Persépolis » le 7 octobre laissent présager le pire, car son parti compte une aile dure proche des salafistes.


Les investissements directs étrangers en panne

De la réussite de l'élection dépendra le soutien international. Photo DR.
De la réussite de l'élection dépendra le soutien international. Photo DR.

Sous Ben Ali, les investisseurs étrangers subissaient le racket du gouvernement en place, mais ce pouvoir leur convenait, car ils bénéficiaient en contrepartie de l'assurance d'une main-d'œuvre bon marché, corvéable à merci, car écrasée par la botte de la dictature. La donne a changé depuis la révolution et les conflits sociaux se multiplient. Ainsi, les mines de phosphates sont restées bloquées de longs mois. Même si les revendications apparaissent justifiées, elles annihilent le principal attrait de la Tunisie en matière d'investissements directs étrangers. Ils sont proches de zéro actuellement. Les premières décisions des élus qui sortiront des urnes dimanche seront scrutées à la loupe par les investisseurs étrangers.

Beaucoup de pays et d'institutions, de l'occident comme du Moyen orient, ont saisi l'importance de la révolution tunisienne et les risques d'un échec de cette dernière. Ils ont donc débloqué des budgets importants pour soutenir l'activité économique. Mais la Tunisie n'est pas seule. La Libye, le Maroc, l'Égypte sont aussi à la croisée des chemins. De plus, la crise de l'euro rend l'argent rare et cher. Des choix devront être faits. Ils dépendront beaucoup de la couleur politique et de la capacité à gouverner de l'assemblée constitutionnelle sur le point d'être élue.

L'importance de cette élection est telle que même les agences de notations tentent d'exercer des pressions. Ainsi, Fitch Ratings a fait savoir qu'un « bon » vote permettrait à la Tunisie de conserver sa note BBB-. Dans le cas contraire, la perspective négative attribuée récemment pourrait se muer en une dégradation. L'agence attend de connaître la composition du gouvernement qui sortira de l'assemblée constituante pour reconsidérer sa perspective de notation.


Timide redressement

Les exportations reprennent timidement. Photo DR.
Les exportations reprennent timidement. Photo DR.

Tout cafouillage ou la mise en place d'un gouvernement islamiste radical aura des conséquences immédiates au niveau international. Mise sur la touche, la Tunisie aura alors le plus grand mal à redresser la barre, c'est-à-dire à faire redémarrer la croissance, à réduire le chômage et le déficit budgétaire.

Car les indicateurs ne seront pas bons en 2011. Le pays connait une période de récession avec un PIB qui régresse. Les touristes comme les investisseurs continuent de bouder la Tunisie. Les 45% de recettes touristiques en moins plombent aujourd'hui les réserves de la Tunisie en devises. Quelques indicateurs montrent pourtant un timide redressement. Selon l'Institut National des Statistiques, le PIB pourrait redresser la tête et finalement être positif en 2011 (+0,5%), grâce à un redémarrage des exportations. De même, la fin de la guerre civile en Libye et les besoins de reconstruction de ce riche pays vont doper l'économie tunisienne.



Gérard Tur


Vendredi 21 Octobre 2011



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