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Une conjoncture en dents de scie pour le Portugal


Le Portugal craint l'effet domino et de devenir une nouvelle Grèce. La plan de la troïka se poursuit mais Lisbonne n'est plus maître de son destin.



Lisbonne dans la tourmente financière (MLD)
Lisbonne dans la tourmente financière (MLD)
PORTUGAL. Plus que tout autre pays en Europe, le Portugal a les yeux rivés sur le sommet des ministres des finances de l’Union Européenne ce lundi 6 février 2012.

Depuis que l’agence Moody à collé le destin de Lisbonne à celui d’Athènes, en janvier 2010, jamais la menace de l’effet domino n’a été aussi importante pour le Portugal. Le pays a reçu 78 mrds€ d’aide internationale pour lui permettre de revenir négocier sa dette souveraine sur les marchés principaux fin 2013.

Les rumeurs récentes sur la nécessité de renégocier la dette de Lisbonne ont contraint le premier ministre Pedro Passos Coelho a venir dire publiquement qu’il n’y aura pas de renégociation de l’aide, ni même des délais. Le plan d’austérité en cours sera accompli à la lettre, afin de garantir le retour à l’équilibre des comptes de l’État, affirme le gouvernement.

Le Portugal vient de connaitre une semaine très difficile sur le plan financier, subissant la pression des marchés inquiets d’une nouvelle aggravation de la situation à Athènes. Après une forte envolée, les taux d’intérêts des bons du trésor se sont établis à 15 %, le double du seuil considéré comme « tenable ».

La méfiance des investisseurs est une conséquence directe des soubresauts grecs, et les économistes portugais contrarient le discours politique en vigueur. « La négociation d’un second prêt est quasi inévitable d’ici un an. Il sera moindre, entre 50 ou 60 mrds€, mais actuellement le Portugal n’a pas de possibilité de revenir sur le marché obligataire en 2013 » estime l’économiste Jorge Landeiro de Vaz, de l’Institut Supérieur d’Économie et Gestion (ISEG) de Lisbonne.

2012, année de tous les dangers

La récession annoncée de 3 % pour 2012 pourrait être supérieure. « La gestion budgétaire est extrêmement difficile. Le Fonds monétaire international a lui-même admis que l’objectif de revenir à 4,5 % de déficit du PIB cette année sera difficilement atteint. Quant à la dette souveraine elle va encore augmenter, probablement jusqu’à 118 % du PIB  » explique Jorge Landeiro de Vaz.

La dette souveraine portugaise se situe à 110 % du PIB et place le pays troisième derrière la Grèce (159,1%) et l’Italie (119,6%) Au Portugal on tente systématiquement de dissocier les situations et Lisbonne bénéficierait d’une marge de manœuvre d’une année qui pourrait se révéler décisive estiment les analystes portugais. Toutefois, un pessimisme mesuré prédomine. « Nous ne sommes pas maitre de notre destin, et les indicateurs ne sont pas bons pas du tout. Il est encore trop tôt pour connaitre le résultat de l’exécution budgétaire en janvier, mais les recettes ne sont pas au rendez-vous. L’augmentation de la charge fiscale sur les ménages plombe la consommation interne.  De Plus, nous avons un chômage de 13,6% de la population active en début d’année : un taux qui n’aurait du être atteint qu’en fin d’année. Tout ceci contribue à aggraver la récession» s’alarme, Pedro Guerreiro, directeur du Jornal de Negocios, influent quotidien économique.

L’exécution du Plan d’encadrement de la « troïka » de l’aide internationale (FMI, BCE et UE) se poursuit, et Lisbonne estime que la rigueur mise à le respecter est le meilleur gage du sérieux du gouvernement pour redresser l’économie du pays. Le premier ministre se félicite notamment du succès des premières privatisations, concernant l’électricité, avec la bonne opération sur la REN, compagnie de distribution du gaz et de l’électricité dont 25 % du capital a été cédé à la compagnie chinoise State Grid.

En 2011, l’objectif de 5,9% de déficit budgétaire n’a pu être atteint que grâce au transfert exceptionnel des fonds de pensions bancaires vers l’État. Pour 2012, les privatisations doivent servir d’amortisseurs….mais l’oreiller fiscal s’est cruellement aminci, et toutes nouvelles pressions sur la population peut rendre très difficile la réalisation des objectifs.

« La désagrégation sociale est un risque élevé, entre inclus et exclus. Nous ignorons si la société portugaise va tenir le choc. Il y a une possibilité de fracture sociale» estime Pedro Guerreiro.

Jamais le moral des familles portugaises n’a été aussi bas : l’indice de confiance des consommateurs s’est fixé à – 57,1 % en janvier, un minimum historique. En 2011, l’investissement des entreprises portugaises a reculé de 17%, et la crainte de l’aggravation du chômage paralyse l’activité. Le gouvernement  de Lisbonne le martèle : il faut tenir et passer l’année en cours. Il a reçu le soutien des bailleurs de fonds, qui jusque là ont donné un satisfecit au Portugal ainsi que l’appui de l’Union européenne. Mais nul n’est en mesure d’assurer que cela suffira si Athènes chute.


Marie-line Darcy, à LISBONNE


Lundi 6 Février 2012



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