Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

Un contrôle des capitaux inefficace en Grèce


Si les Grecs ont appris à vivre avec le contrôle des capitaux, l'économie du pays ne s'en porte pas mieux. Salariés et entreprises doivent affronter au jour le jour ces restrictions sans voir de changement dans leurs finances. Bien au contraire.



Le contrôle des retraits aux distributeurs paralyse l'économie (photo F.Dubessy)
Le contrôle des retraits aux distributeurs paralyse l'économie (photo F.Dubessy)
GRÈCE. Face à l’impasse des négociations avec les créanciers, le premier ministre grec annonçait, voici un an, la tenue d’un référendum sur l’adoption des mesures proposées. Mais par peur du Grexit, l’exclusion du pays de la zone euro, les Grecs retiraient déjà peu à peu leur épargne des banques : 20% de ces sommes se sont volatilisées en six mois. L'instauration d'un contrôle des capitaux s’est donc imposé pour empêcher une hémorragie totale de l'épargne.

Depuis les Grecs ont appris à vivre avec. Ils ne peuvent retirer que 60 € par jour ou 420 € par semaine, avec la possibilité de payer tous leurs achats courants par carte de paiement. « Quand on gagne à peine 700 ou 900 € c’est royal » ironise Ourania, quarante huit ans et professeure de  français. Sa collègue Kalliroi, s’inquiète : « Avant j’avais mon salaire d’un bloc. Nous payions les factures, les impôts et avec ce qui restait nous ne dépensions rien en dehors de ce qui était prévu. Là, avec la carte bancaire devenue obligatoire, je m‘oublie et je dépense plus. » Son mari, Elefterios, un journaliste de quarante trois ans, est lui en colère.  « Ce contrôle des capitaux a donné un prétexte de plus aux employeurs pour payer en retard les salaires » tonne-t-il. Comme les quelques vingt autres salariés de son entreprise privée, il est payé entre trois et quatre semaines en retard, « et encore », avoue-t-il, « la moitié au noir ! »

Une récession qui dure depuis sept ans

Entre austérité et besoin de relance, l'économie se trouve fort embouteillée en Grèce (photo F.Dubessy)
Entre austérité et besoin de relance, l'économie se trouve fort embouteillée en Grèce (photo F.Dubessy)
Coté entreprises, cela ne va pas mieux. Malgré les récents allègements « les Pme grecques sont défavorisées par rapport aux étrangères qui disposent de filiales. Ces dernières peuvent sans problème acheter leurs marchandises à l’étranger, mais pas les Grecques » explique Vassilis Korkidis, président de la Fédération des Pme. Pour lui, le problème principal reste ce  « climat négatif pour les investissements. »

Les chiffres confirment : PIB en chute de 1,4% - une récession qui se poursuit pour la septième année consécutive -, dégringolade de la consommation et des exportations....Sans oublier les 26 000 entreprises qui ont fermé depuis un an. Dominique, cinquante huit ans, est hors de lui. Fonctionnaire européen basé en Grèce, il a été obligé d’ouvrir un compte avant l’installation du contrôle des capitaux. Désormais, il se retrouve dans la situation ubuesque de pouvoir payer par carte son billet d’avion pour ses vacances, Athènes – Londres, mais pas le billet de train Londres/Paris considéré comme une fuite de capitaux vu que la transaction se passe dans un pays tiers. Total, en un an de contrôle de capitaux, 8 500 € se sont accumulés sur son compte qu’il ne peut toucher « mais que la banque peut utiliser gratuitement et en toute légalité. »
 
Manos Hatzidakis, financier, reste néanmoins optimiste: «  le contrôle des capitaux a obligé les Grecs à utiliser les cartes bancaires,. 70% de hausse d’utilisation, ce n’est pas rien. Il s'agit d'un premier pas dans la lutte contre l’argent noir. Petit à petit la situation s’améliore mais c’est très lent. »
Selon la Banque de Grèce, quatre milliards d'euros de dépôts sont revenus contre 122 envolés depuis un an. Le compte n’y est pas du tout. Comme beaucoup, Manos Hatzidakis estime qu’il ne faut pas s’attendre à une levée du contrôle des capitaux avant la fin 2018. « Chypre l'a levé deux ans après sa sortie des mémorandums d’austérité » renchérît Vassilis Korkidis.  « Nous en sommes loin, ici »  conclue-t-il.

Il demeure cependant des choses qui ne changent pas. Voici un an, le gouvernement Tsipras livrait bataille contre l’austérité. Un an plus tard, il se bat pour repousser une loi favorisant les licenciements massifs et limitant le droit de grève. Un texte exigé par les créanciers en échange de la poursuite du plan d’aide d’un montant de 86 mrds€ octroyé par tranches en fonction des avancées des reformes imposées. Ce que les économistes appellent ici « une politique d’huissiers ».


Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, à ATHÈNES


Mercredi 13 Juillet 2016



Lu 3933 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Mercredi 7 Décembre 2016 - 08:50 L'Algérie dans le doute €

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

Pendant ce temps, la guerre du pétrole ne faiblit pas...


avis d'expert

Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise