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Un bras de fer s'engage au complexe sidérurgique d’ArcelorMittal d’Annaba


Le mouvement de grève générale illimitée déclenché le 21 juin 2010 par les salariés du complexe sidérurgique d’ArcelorMittal El Hadjar (est du pays) a été reconduit le 22 juin en dépit de la demande d’arrêt de la grève prononcée par le tribunal d’El Hadjar et de la plainte déposée contre le secrétaire général de la section syndicale du complexe par la direction de l’usine.



Les syndicalistes ont voté pour le maintien de la grève (photo DR)
Les syndicalistes ont voté pour le maintien de la grève (photo DR)
ALGERIE. Ils étaient plus de 5 000 travailleurs rassemblés le 22 juin 2010 à 10 heures en assemblée générale au sein du complexe sidérurgique d’ArcelorMittal d’El Hadjar à Annaba (Est algérien).

En accord avec la section syndicale affiliée à l’Union générale des travailleurs algériens (Ugta), ils ont voté la poursuite du mouvement de grève générale illimitée enclenché la veille à 5 heures du matin.

Paralysé depuis 24 heures, le complexe, dont le haut fourneau avait été arrêté, n’a donc pas repris son activité.

Les pressions juridiques voire politiques exercées de différents côtés n’ont pu venir à bout de la détermination du syndicat dirigé par Smaïn Kouadria et des 6 200 salariés du complexe.

Pour le syndicaliste « la justice n’a pas traité de l’illégalité de la grève. Il y a eu deux plaintes. Une en référé qui traite de la forme et qui a demandé l’arrêt de la grève. La seconde plainte concerne l’illégalité de la grève. Il y a eu une Assemblée générale ce matin et les 5 000 travailleurs se sont prononcé pour le maintien de la grève. La seconde plainte sera traitée le 30 juin. On ne peut pas demander d’arrêter la grève alors qu’on ne l’a pas déclarée illégale. »

La question des salaires

Rappelons que la section syndicale avait déposé une plate-forme de revendications au nombre desquelles figurait l’application de la convention de branche signée au mois de mai 2010 par la Fédération nationale des travailleurs de la mécanique, de la métallurgie, de l’électricité et de l’électronique (FNTMMEE) et la Société de gestion des participations de l’Etat.

Pour Smaïn Kouadria, la croissance de la production du complexe rend absolument légitime la demande d’augmentation de salaire déposée par son organisation.

Le directeur général du complexe, Vincent le Gouïc, admet de son côté que la production annuelle a augmenté pour atteindre les 714 000 tonnes d’acier liquide.

Mais il soutient que la prochaine négociation sur les salaires de l’entreprise est prévue fin 2010.

Il s’avère donc inexact, selon lui, « que les augmentations prévues dans la convention de branche sont un droit ».

Son directeur de la communication Mohamed Guedha déclare : « Nous avons notre propre convention de branche. Nous avons depuis 2002 notre agenda de négociations. Nous sommes couverts par l’accord signé en juillet 2009 qui est effectif jusqu’à juillet 2010. Nous avons tenu nos engagements selon cet accord. »

Le conflit s’étend

Le complexe d’El Hadjar se trouve ainsi totalement paralysé.

Cela se traduit également par un arrêt des exportations. C’est ainsi que 4 000 tonnes de fonte en gueuses qui devaient être exportées vers l'Espagne le 22 juin 2010 ont été bloquées au port de Annaba par les travailleurs d’ArcelorMittal qui travaillent dans ce port.

Ceux-ci ont annoncé leur refus de décharger 35 000 tonnes de coke en provenance de Pologne dans deux bateaux attendus dans les prochains jours.

Un éventuel pourrissement de la situation risquerait d’entraîner un arrêt de travail des salariés des gisements de fer de l’Ouenza et de Boukhadra qui alimentent le complexe à hauteur de 3 millions de tonnes/an. Ils ont d'ailleurs observé deux heures d'arrêt de travail en signe de solidarité.

« Le complexe se transforme en un tas de ferraille »

Au-delà de son aspect purement social, le litige est important, le syndicat accusant ArcelorMittal d’avoir cessé les investissements à compter de 2005, ce qui a entraîné l’arrêt de la cokerie depuis septembre 2009, du haut fourneau n° 1 depuis presque trois années, de l’unité étamage et fer blanc depuis quatre ans et de la tuberie sans soudure depuis quatre mois.

Smaïn Kouadria reproche également au géant mondial de l’acier d’avoir ramené les effectifs de sa filiale de 12 000 à 6 000 salariés.

Le syndicat accuse par ailleurs ArcelorMittal de placer le complexe d’El Hadjar en situation de concurrence déloyale en important des produits sidérurgiques de ses autres usines dans le monde alors que le complexe est armé pour les produire sur place.

Graves accusations

Ainsi, « à l’usine El Hadjar, le coût de production de la billette revient à 460 $ la tonne. La direction l’importe au prix de 660 $ la tonne à partir de ses propres usines, notamment celles de Hambourg en Allemagne et de Roumanie. C’est un transfert pur et simple de capitaux. »

Cette pratique entraîne selon lui une « accumulation des dettes du complexe vis-à-vis du groupe qui s’élèvent actuellement à 150 M$. »

Le syndicaliste explique que les 200 M$ arrachés à la suite du conflit de janvier 2010 en vue de rénover les infrastructures dont la cokerie n’ont pas, à ce jour, été débloqués par ArcelorMittal.

Smaïn Kouadria en conclut que le bilan du partenariat avec le géant mondial de l’acier est négatif pour la sidérurgie algérienne et l’Algérie.

L’avenir du complexe en filigrane

Or, l’accord de partenariat de dix ans arrive à terme en octobre 2011. Sera-t-il abrogé ou reconduit ?

Telle est la question centrale qui tend de plus en plus à faire passer les revendications salariales au second plan, le problème fondamental étant de savoir si le complexe est viable, s’il intéresse réellement le géant mondial de l’acier implanté dans soixante pays, mais aussi l’Etat algérien à l’origine de sa création.

Certains observateurs affirment que le complexe d’El Hadjar est le moins important des sites d’ArcelorMittal.

Pour d’autres observateurs, l’Algérie dispose d’atouts importants avec une chaîne complète qui va des mines de fer de Tébessa aux Hauts fourneaux d’El Hadjar.

Le marché local se trouve en pleine expansion et le port de Annaba est situé à proximité.

L’enjeu s’avère donc considérable, pour l’Etat algérien du moins. Comment réagira-t-il d’ici octobre 2011 ? Une autre question fondamentale sous-jacente à ce conflit social.


A. Belkessam, à ALGER


Mardi 22 Juin 2010



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Commentaires

1.Posté par noufel le 22/06/2010 19:04
Il ne reste plus aux responsables actuels du complexe que de "s'approprier" l'Ouenza avec le gisement du minerai et tout sera dit : Adieu l'Algérie, où est l'indépendance ?
Comme si nous étions incapables de gérer nos ressources, et cela à cause d'anti-nationaux qui ont bradé le pays pour aller "bronzer" aux Bahamas etc...
Rabi Kayene !

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