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Traçabilité des fruits et légumes : Beaucoup de technologies mais guère d’homogénéité !


Du PDA déployé dans les champs pour contrôler la quantité de produits phytosanitaires pulvérisée sur les parcelles à la puce RFID en passant par les codes-barres et la mise en réseau d’opérateurs… les nouvelles technologies, au service de la traçabilité des fruits et légumes, contribuent à répondre aux exigences réglementaires et aux besoins d’informations des consommateurs. Cette contrainte, bien exploitée, peut devenir un avantage concurrentiel.



L’obligation de traçabilité est apparue la première fois dans l’article 18 du règlement CE 178/2002. (Photo N.B.C)
L’obligation de traçabilité est apparue la première fois dans l’article 18 du règlement CE 178/2002. (Photo N.B.C)
Destinée à renseigner sur l’origine d’un produit, sa localisation et les différents process de transformation, la traçabilité a vu le jour dans les années 90 pour finalement s’imposer dix ans plus tard. Perçue comme une contrainte, l’obligation de traçabilité apparait la première fois dans l’article 18 du règlement CE 178/2002. Un texte suivi en 2004 par d’autres, émanant de la communauté européenne dont  le « paquet hygiène » portant sur les denrées alimentaires. L’Europe fait figure de leader en la matière. Les États-Unis ont attendu janvier 2011 pour lui emboîter le pas en votant le Food Safety Modernization Act instaurant une obligation de traçabilité.

« La traçabilité est une obligation de résultat et non de moyens. Chaque filière s’organise à sa manière et emploie des technologies appropriées. La traçabilité peut demander peu d’outils car, ce qui compte, ce n’est pas la technologie, mais l’organisation qui répond aux objectifs de la traçabilité. Il faut se méfier de la technologie pour la technologie. Les acteurs doivent être informés et formés correctement », prévient le Traçabilititien® Jean-Luc Viruega.
Chaque opérateur, en production et en distribution, a développé son propre système qui permet de remonter et descendre les flux de produits.
 
« Il n’existe pas d’homogénéité des pratiques des producteurs, comme des demandes des distributeurs. L’essentiel réside dans la possibilité de stocker les informations et de les identifier si besoin. Certains opérateurs ajoutent leur propre traçabilité sur les lots achetés, qui leur permet de retrouver, par exemple la date d’achat, d’arrivée sur le site, l’identité du fournisseur. Et ensuite, s’ils ont besoin d’informations plus précises (en cas de problème essentiellement), ils retransmettent les indications de traçabilité du fournisseur afin qu’il puisse les renseigner », souligne un responsable de la coopérative Prince de Bretagne. Le code EAN 13 renseigne ainsi sur le prix, le poids, mais pas sur le numéro du lot.

Des fins commerciales

Sous couvert de traçabilité, il est possible de mettre en avant la qualité des melons de Cavaillon, des « Maltaises » de Tunisie ou des pommes italiennes. (Photo N.B.C)
Sous couvert de traçabilité, il est possible de mettre en avant la qualité des melons de Cavaillon, des « Maltaises » de Tunisie ou des pommes italiennes. (Photo N.B.C)
« Cette obligation forte de traçabilité place la barre très haut. Néanmoins, elle peut être utilisée à des fins commerciales afin de valoriser les produits. Une bonne information suscite la confiance et génère un acte d’achat », souligne Jean-Luc Viruega. C’est ainsi qu’il est possible, sous couvert de traçabilité, de mettre en avant la qualité des melons de Cavaillon, des « Maltaises » de Tunisie ou des pommes italiennes.

Demain, avec son smartphone, la ménagère scannera le QR code  sur son paquet de courgettes qui l’entraînera sur le site internet du producteur (avec au menu des recettes de cuisines, toute sorte d’offres commerciales … ). Cette technologie permet, compte tenu de sa capacité, d’ouvrir les champs des possibles et d’y inscrire par exemple un marquage environnemental. « Les producteurs pourraient par exemple y inscrire la quantité de Co2 émise pour produire et mettre sur le marché le fruit », explique Jean-Luc Viruega.

Il existe pourtant une limite. Les codes-barres et, depuis les années 2000, les puces RFID fleurissent sur les cagettes et emballages blister. La RFID, système très couteux, est à ce jour peu développée dans le secteur des fruits et légumes frais, en production, négoce comme en distribution. Les puces figurent sur l’emballage ou le contenant mais pas sur les produits. Les tricheurs le savent bien. Vendre des fraises espagnoles étiquetées Gariguettes du Vaucluse, est tout à fait possible...et malheureusement pratiqué.
« Le marquage au jet d’encre se pratique sur les œufs et si demain Bruxelles décidait de l’imposer sur les légumes, toute le monde devrait s’y mettre. Cela compliquerait les opérations car les fruits et légumes sont triés par catégorie et calibre et non par parcelle ! », fait remarquer Jean-Luc Viruega. Les caisses homogènes proviennent aujourd’hui de parcelles différentes. Qu’en sera-t-il demain ?

Par ailleurs, dans quelle mesure les règlements de 2002 et 2004 ne constituent-ils pas une barrière non tarifaire aux produits importés hors de l’Union Européenne? Les producteurs tunisiens et marocains qui en font l’amère expérience ont dû ces dernières années développer des procédés pour répondre aux exigences européennes de traçabilité. Pour éviter toute accusation de protectionnisme caché, Bruxelles aide au développement de la filière tracée en Afrique du Nord et en Afrique Centrale. Les pays du Maghreb entrent dans ce cercle vertueux qui bénéficie également à la consommation locale.

Les consommateurs ont un besoin croissant d’être rassurés

Les consommateur ont la capacité à relever les numéros de lot sur les emballages des fruits et légumes. (Photo N.B.C)
Les consommateur ont la capacité à relever les numéros de lot sur les emballages des fruits et légumes. (Photo N.B.C)
« Les réglementations ne sont pas destinées à freiner les importations de fruits et légumes du Maghreb. Il s’agit simplement d’une prise de conscience des consommateurs. Les producteurs s’adaptent aux réglementations », souligne Matthieu Vezolles, responsable d’animation du pôle de compétitivité Qualimediterranée dont le projet TICSAD (*), qui repose entre autres sur l’utilisation de capteurs embarqués sur les pulvérisateurs, a été labellisé.

De son côté, GS1 recommande uniquement des solutions s’appuyant sur des standards internationaux validés par ISO ou les Nations Unies. GS1 œuvre à l’interopérabilité des systèmes des entreprises et déploie un langage commun international défini par les entreprises dans un cadre concerté. L’objectif ? Améliorer la communication de tous les acteurs de la filière.

Au fil des ans et des crises alimentaires (la maladie de Creutzfeldt Jakob et, récemment, la bactérie E-Coli soupçonnée d’être présente dans les concombres espagnols), la traçabilité  répond à un réel besoin de la part des consommateurs d’être rassurés sur l’origine des produits qu’ils achètent. D’ailleurs, grâce à la traçabilité, le concombre espagnol a rapidement été disculpé !

Version anglaise


Article réalisé en partenariat avec le Medfel .


Voir l'ensemble de notre dossier sur la traçabilité des fruits et légumes méditerranéens

(*) TICSAD : Technologies de l’Information et de la Communication au Service d’une Agriculture Durable a pour objectif de donner aux agriculteurs des solutions pour faire évoluer leurs pratiques de protection des cultures et d’améliorer la rentabilité économique de leur exploitation.




Mardi 10 Avril 2012



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