Thierry Bruhat: constituer un pool « d’entrepreneurs civiques » pour doper l’innovationPrésent au 4e colloque Medinnov, consacré à la Méditerranée de l’intelligence, le consultant Thierry Bruhat est expert en politique d’innovation et en aménagement du territoire. Il propose une méthodologie originale et « made in USA » pour hisser la Méditerranée parmi les régions du monde les plus innovantes.
FRANCE/MEDITERRANEE.
Econostrum.info: Comment est structurée l’innovation dans le monde ? Thierry Bruhat: On voit apparaître aujourd’hui un réseau de grandes régions qui se développent autour de l’innovation, et ce développement s’appuie sur des échanges avec d’autres régions fortement innovantes. A Berkeley, en Californie, 50% des étudiants sont d’origine asiatique. Quand les Allemands repensent leur politique technologique sur l’énergie, ils financent des centres de R&D en Californie. Les Américains, eux, font travailler les Danois, et ainsi de suite. Il se dit souvent que la nouvelle Silicon Valley est un réseau mondial de régions innovantes.
Econostrum.info: Dans quelle situation se trouve aujourd’hui la Méditerranée ?
Thierry Bruhat: On peut peut-être inclure la Catalogne et Israël dans le réseau mondial des régions innovantes, mais dans l’ensemble, ces régions se trouvent surtout dans le Nord de l’Europe: Finlande, Suède... Néanmoins, si les régions méditerranéennes se regroupent, cela a du sens pour pouvoir se battre face aux grandes régions chinoises par exemple. Pour comparaison, la Californie compte 38 millions d’habitants, dont 2,5 dans la seule Silicon Valley. La question est de déterminer comment s’appuyer sur les échanges existants pour accompagner et structurer.
Econostrum.info: Quelles sont vos préconisations ?
Thierry Bruhat: On le sait peu, mais la Californie a du affronter de graves crises, notamment en 1993, avec la concurrence japonaise dans la microélectronique, et en 2002 après l’explosion de la bulle Internet. Un certain nombre d’acteurs de terrain, les « entrepreneurs civiques », se sont réunis dans un programme nommé Joint Venture. Ils ont défini des mesures de relance de l’activité, en particulier la diffusion des TIC dans l’éducation ou la santé. Leur initiative a été menée hors des structures patronales, étatiques et sans mandat. Ces entrepreneurs ont agi comme s’ils cherchaient à monter une entreprise, en fixant des objectifs, des moyens, des évaluations, etc. Ils ont fait le tour des sources de financement et les pouvoirs publics sont arrivés après en cofinançant les projets. Aujourd’hui, chaque année, Joint Venture produit un index de l’innovation. Pour tirer l’innovation en Méditerranée, je pense qu’il faut s’inspirer de cette initiative californienne tout en tenant compte des différents niveaux de développement.
Econostrum.info: Vous n’êtes donc pas favorable à la création de structures supranationales axées sur l’innovation ?
Thierry Bruhat: Je pense qu’une approche très administrée ne marchera pas. Il faudra décider qui va commander, qui va financer…. Un organisme international n’aura pas la légitimité pour conduire des projets opérationnels. Il vaut mieux faire tirer les actions par des hommes et des femmes de terrain pour définir des programmes d’intérêt général.
Econostrum.info: Qui verriez-vous dans ce groupe ?
Thierry Bruhat: Je suis persuadé que si on lance un appel aux bonnes volontés, il est possible de réunir entre 20 et 30 personnes, des entrepreneurs civiques, qui seront ensuite rejointes par d’autres. Nous devons mobiliser des membres de la diaspora des pays du Maghreb et du Machrek qui ont créée des entreprises, ainsi que des entrepreneurs français qui travaillent en Méditerranée.
Econostrum.info: Est-ce que votre initiative est une réaction à l’impasse dans laquelle se trouve le projet de zone de libre échange euro-méditerranéenne ?
Thierry Bruhat: Si on attend la résolution de toutes les questions réglementaires pour avancer, on va attendre 20 ans ! Tandis que si une dynamique de cet ordre se met en place, ça va donner aux institutions des raisons pour adapter leur réglementation. Amandine Place
Lundi 24 Novembre 2008
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