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Stupeur des milieux économiques face à l'indépendantisme catalan


En donnant aux élections régionales catalanes du 27 septembre 2015 une dimension « plébiscitaire », le président de la Generalitat et porte-parole de la coalition indépendantiste « Junts pel Si », Artur Mas, a focalisé les débats sur une feuille de route pouvant conduire à l'indépendance de la Catalogne. Cette dimension nationaliste en appelle davantage aux sentiments qu'à la raison, et laisse peu de place aux arguments économiques.



Artur Mas, président du gouvernement régional catalan et porte-parole des indépendantistes (photo Generalitat de Catalunya)
Artur Mas, président du gouvernement régional catalan et porte-parole des indépendantistes (photo Generalitat de Catalunya)
ESPAGNE. DUI, pour « Déclaration Unilatérale d'Indépendance ». Trois mots qui ont provoqué toutes les nuances de l'étonnement autour du mouvement indépendantiste catalan, de l’indignation à l'euphorie, en passant par la stupeur. Car, le président de la « Generalitat » (siège du gouvernement de Catalogne), Artur Mas, l'a répété en conférence de presse devant les correspondants étrangers voici quelques jours encore, en référence aux élections régionales prévues le 27 septembre 2015 : « Si nous obtenons une majorité d'élus au Parlement, nous continuerons ; si nous avons en plus une majorité de voix, l'avenir sera parfaitement clair. » Une façon de confirmer la « feuille de route » de la coalition indépendantiste réunie au sein de sa liste « Junts pel Si » (« ensemble pour le oui »), établissant une échéance de dix-huit mois pour cette éventuelle « Déclaration Unilatérale d'Indépendance ».

Les représentants du parti minoritaire CUP penchent même pour une sécession institutionnelle avec l'Espagne dès le lendemain du scrutin en cas de victoire indépendantiste. Ce sont les « étonnés euphoriques ». Dans le camp des « indignés » : les représentants du gouvernement espagnol, avec en tête son président Mariano Rajoy, et l’immense majorité des forces politiques représentées au Parlement national, à Madrid.

De leur côté, les représentants du monde économique font plutôt partie de la troisième catégorie, observant avec stupéfaction le choc des sentiments nationalistes. Sans véritablement envisager de graves conséquences, en tout cas depuis la Catalogne.  

« L'incertitude n'est jamais bonne »

Rassemblement sur l'avenue Meridiana pour la « Diada », journée « nationale » catalane, le 11 septembre 2015. La célébration a coïncidé cette année avec l'ouverture de la campagne électorale (photo « Igualada Per la Independencia »)
Rassemblement sur l'avenue Meridiana pour la « Diada », journée « nationale » catalane, le 11 septembre 2015. La célébration a coïncidé cette année avec l'ouverture de la campagne électorale (photo « Igualada Per la Independencia »)
Jordi Fabregat, professeur en Finances à l'école de commerce ESADE de Barcelone, exprime un point de vue assez partagé par les entrepreneurs catalans : « s'il fallait parler de risques concernant l'élection du 27 septembre, ce serait celui d'une fragmentation du parlement régional qui pourrait entraver sa gouvernance, et cela n'est jamais bon pour les milieux d’affaires. D'un point de vue plus généralement économique, il faut bien reconnaître une certaine expectative, mais pas seulement sur l'issue des élections en Catalogne, puisque l'incertitude concerne aussi les élections nationales prévues en fin d'année… Nous pouvons penser que certains investissements vont rester en suspend en attendant ces deux échéances électorales et les choix économiques qui en découleront. Oui, nous pouvons dire qu'il existe en ce sens un certain attentisme. »

Faut-il pour autant considérer sans conséquence les prétentions sécessionnistes des indépendantistes catalans ? « Difficile de savoir si l’élection du 27 septembre sera positive ou négative pour la Catalogne, mais l'incertitude n'est jamais bonne pour des secteurs d'activités dont le développement dépend d'investissements extérieurs », répond Enrique Martinez-Laguna, vice-président du groupe CBRE, spécialisé en Espagne dans l'expertise financière et l'aide aux investisseurs internationaux.

Cet avis tranche avec les positions beaucoup plus nettes des représentants des syndicats patronaux de la CEOE (confédération espagnole des entreprises) et de Cepyme (organisation dédiée aux petites et moyennes entreprises), dont le communiqué commun est clairement alarmiste : « Les conséquences d'une éventuelle sécession de la Catalogne du reste de l’Espagne, de l'Union européenne et de l’euro seraient très graves pour l'économie, pour les entreprises et pour le bien-être des citoyens, en Catalogne comme dans l'ensemble de l'Espagne ».

Embryon d'administration fiscale catalane

« L'estelada », drapeau des indépendantistes catalans (photo F. Matéo)
« L'estelada », drapeau des indépendantistes catalans (photo F. Matéo)
Ces discours « catastrophistes » ne révèlent rien d'autre que la difficulté à s'en tenir à des raisonnements logiques, selon l'économiste Germà Bel, professeur à l'Université de Barcelone (UB), l'un des candidats de la coalition indépendantiste « Junts pel Si » : « Sur la question de l'Europe, il faudrait demander à François Hollande s'il va imposer des frontières aux 1 700 entreprises françaises installées en Catalogne ; et l'argument vaut aussi pour le millier d'entreprises allemandes implantées ici… Aucun pays ne peut mettre un veto ou imposer des barrières commerciales pour tous au sein de l'Union Européenne. » Il faut dire que, sur ce thème totalement inédit, l'UE se garde bien de donner un avis catégorique, attendant de voir l'évolution du conflit institutionnel entre Barcelone et Madrid.

Observant notamment l'embryon « d'administration fiscale catalane » que la Generalitat se propose de mettre sur pied. La structure existe déjà, puisque les communautés autonomes espagnoles peuvent collecter une part de l'impôt affecté aux prérogatives décentralisées, parmi lesquelles la Santé, l’Éducation, et même la police dans le cas de la Catalogne ou du Pays Basque. Mais pour Artur Mas et ses coreligionnaires indépendantistes, il s’agit de prendre le contrôle total des cordons de la bourse, en augmentant le nombre de fonctionnaires affectés à cette tâche de 800 à 7 000 ! « Il est indispensable d'avoir une organisation publique capable de gérer les ressources fiscales des contribuables catalans », affirme Carles Viver Pi-Sunyer, président du « Conseil pour la Transition Nationale ». Selon l'étude des experts mandatés par la Generalitat, les recettes fiscales d’un futur « État catalan » pourraient ainsi atteindre 70 mrds € par an. Les deux tiers de cette somme étant aujourd’hui collectés par le ministère espagnol des finances.

Mais pour l'heure, les milliers de pages d'expertises sur le sujet pèsent peu face aux deux lettres du « no » fermement exprimé par le gouvernement de Mariano Rajoy et la direction du PSOE, principal parti d'opposition en Espagne. Une éventuelle alternance à la tête de l’État espagnol en décembre 2015 ne changerait donc rien aux données du problème. D'où l’importance des résultats des élections catalanes du 27 septembre 2015.
 
Lire aussi : Une Catalogne indépendante est-elle économiquement viable ?




Lundi 14 Septembre 2015



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