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Sortie de route pour les fruits et légumes


Les objectifs environnementaux, la fiscalité verte et le développement des alternatives au tout routier poussent les chargeurs de fruits et légumes à réfléchir aux modes de transport de demain. Tout en prenant en compte les contraintes d’un produit fragile.



Le transport maritime a des arguments pour concurrencer le routier pour les f&l. (photo: Philippe MAHE-Photographe)
Le transport maritime a des arguments pour concurrencer le routier pour les f&l. (photo: Philippe MAHE-Photographe)
Les objectifs européens comme français sont ambitieux : d’ici 2020, dans seulement huit ans, les réductions d’émissions de CO² imputées au transport routier devront avoir réduit de 20%. Un vœu pieux car dans le même temps, pour permettre ce transfert, les pouvoirs publics devront engager des travaux conséquents. Or le contexte économique européen a considérablement ralenti le rythme de développement des grands axes structurants, routiers comme ferroviaires, ainsi que des infrastructures favorisant la multimodalité.

Du côté des chargeurs, le bon sens économique fait loi. Et les modes de transport alternatifs s’imposent dès que leurs coûts deviennent intéressants.

Pour les fruits et légumes, à la question du coût s'ajoutent de nombreux autres paramètres : l’emballage, la ramasse, le stockage, la conservation, le temps de transport, etc... Autant de critères qui rendent le transfert modal des plus complexes.

Malgré tout, la fiscalité verte affectera le transport de fruits et légumes. L’association d’organisations de producteurs de fruits, légumes et horticulture, le Cerafel, a évalué le coût de la mise en œuvre de la nouvelle écotaxe française prévue après moults reports en 2013 sur l’ensemble du territoire français. Seuls les poids lourds de plus de 12 tonnes seront taxés, afin de concentrer l’effort sur les transports de longue distance, en particulier sur les camions étrangers, et de préserver les PME qui effectuent de petits transports. La moitié des recettes de cette taxe financera les infrastructures routières. 35 % le réseau ferroviaire et 15 % son homologue fluvial. 

« L’ensemble des expéditions de fruits et légumes produits en France chaque année pourrait générer 300 à 400 millions de kilomètres taxables soit, sur la base d’un tarif moyen de 0,12 € du km, une charge totale de 36 à 48 M€ au premier maillon de la chaîne, mesure le directeur du Cerafel, Yvon Auffret. Ensuite, il faudra calculer les distances parcourues entre la centrale et les magasins (ou entre les grossistes et les détaillants). Nous estimons que la taxe totale sur les fruits et légumes français atteindra 50 M€ ».

Une goutte d’eau dans le milliard que devrait rapporter la nouvelle écotaxe française à l’Etat chaque année.

Philanthropie

Quelles solutions existent aujourd’hui pour les chargeurs de fruits et légumes qui veulent se détourner de la route ? Des expériences ferroviaires paraissent convaincantes. Plusieurs lignes ont été inaugurées ces derniers mois.

Novatrans a ainsi ajouté en décembre 2010 à sa ligne de transport de vrac un service dédié aux fruits et légumes entre Perpignan et Rungis. Après un an d’activité, les résultats semblent satisfaisants pour l’ancien directeur commercial et marketing de l’entreprise, Jean-Philippe Delmont. « 30% du train transporte des fruits et légumes, rapportait-il en décembre 2010. Le rail se montre compétitif sur les longues distances, la technologie au point. L’ouverture vers l’Espagne sera décisive pour le développement de ce marché ».

Le service a néanmoins cessé durant l’été 2011 avant de reprendre à la rentrée suivante. « Nous pouvons tout à fait imaginer que la proportion de fruits et légumes augmente jusqu’à développer un produit différencié ». Jean-Philippe Delmont assurait que les chargeurs ne venaient pas au train par philanthropie : « Nous proposons des tarifs plus compétitifs que la route, sans subventionnement. Cela fait la différence ». Le bilan de Novatrans, qui a accusé de lourdes pertes en 2011, pourrait être meilleur selon le président de l’agglomération perpignanaise, Jean-Paul Alduy, également président de la société Perpignan Saint-Charles Conteneur terminal, et qui envisage de faire appel à de nouveaux opérateurs.

D’autres trains se chargent de fruits et légumes en France : c’est le cas notamment d’un service entre Avignon et Rungis ou d’un autre qui relie Rennes à Lyon. La Sica de Saint-Pol-de-Léon, le premier  groupement français de producteurs de légumes, est à l’origine de ce dernier projet. Le Combi-West doit générer des économies logistiques en proposant un transport par caisses mobiles transportables par semi-remorques. Une autre ligne devrait suivre en 2012 entre Morlaix et Rungis. Mais déjà, une ligne mise en service en novembre 2011 entre Le Boulou (France) et Barking (Royaume-Uni) alimente les supermarchés de Grande-Bretagne. Elle est opérée par Europorte Channel.

De nouveaux goulets d’étranglement

Toutes ces initiatives tendent à réduire le nombre de camions sur les routes en transférant les capacités vers le rail. Mais elles pourraient devenir rapidement obsolètes. « L’appareil de production y compris dans le secteur agricole se déplace, indique Rafael Llerena, gérant d'Easyfresh Management Office. La tendance pousse à la délocalisation vers les pays du Sud de la Méditerranée tels que le Maroc ou l'Égypte. Or les transports ont pris une part croissante dans les problématiques nationales et européennes sans tenir compte de l’évolution des flux de marchandises dans l’identification des goulets d’étranglements ».

Bruxelles met tout de même en œuvre des efforts pour améliorer les services en Méditerranée. « Le cabotage maritime a démontré sa pertinence avec des transit-times de quelques heures à un jour ou deux, constate Bruno Kothe, de la fédération nationale des transporteurs routiers des Pyrénées-Orientales. Ce mode de transport alternatif à la route et au fer, nécessite l’introduction de solutions innovantes : interconnexions fluides avec d’autres modes de transport, simplification des  procédures administratives, assouplissement des horaires de douane, etc...»

Pour Mostapha Amri, professeur de l’école de commerce et de gestion d’Agadir, il faudrait aussi régler la question de la ramasse, du conditionnement et du stockage des fruits et légumes marocains pour permettre leur transport par mer : « Aujourd’hui, 90% des fruits et légumes partent en camion, avance-t-il. Les autorités ont mis en œuvre des réformes qui devraient permettre de faire évoluer ces chiffres, d’autant que le transport maritime vers le sud de la France et largement moins cher que le routier ».

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Article réalisé en partenariat avec le Medfel .




Lundi 16 Avril 2012



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