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Smaïn Kouadria : «La nationalisation d’ArcelorMittal Annaba est d’actualité»


Le complexe sidérurgique d’El Hadjar à Annaba devrait être paralysé par une grève générale illimitée à compter du 28 mai 2011. Les négociations menées par la direction et le syndicat n’ont pas abouti. Elles portaient essentiellement sur les questions salariales. Mais alors que le contrat de partenariat de dix années qui lie, depuis 2001, le géant mondial de la sidérurgie à l’État algérien arrive à expiration à l’automne, l’avenir de ce complexe constitue la toile de fond de ce conflit social. Le syndicat ne cache pas sa volonté de voir l’État algérien reprendre le contrôle de ce complexe stratégique.



Le secrétaire général, Smaïn Kouadria, dresse un bilan négatif de dix années de partenariat (Photo DR)
Le secrétaire général, Smaïn Kouadria, dresse un bilan négatif de dix années de partenariat (Photo DR)
ALGÉRIE. Rien ne va plus entre la direction d’ArcelorMittal Annaba (ville portuaire située à 600 km à l’est d’Alger) et le syndicat d’entreprise affilié à l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA).

Le secrétaire général, Smaïn Kouadria, dresse un bilan négatif de dix années de partenariat. Interrogé par econostrum.info, il pense que «l’Etat algérien doit faire jouer son droit de préemption sur le complexe.»

L’État algérien et ArcelorMittal sont respectivement actionnaires minoritaire (30%) et majoritaire (70%) d’ArcelorMittal Annaba. Ils négocient depuis le mois de mars 2011 l’avenir de l’accord de partenariat signé en 2001. La question est de savoir s’il sera reconduit en l’état, abrogé ou modifié.

Pour le syndicat d’entreprise, la chose semble entendue. Dans un long communiqué publié le 24 mai 2011, Smaïn Kouadria tire un bilan des plus négatifs de l’expérience de dix années de partenariat. Intitulé «Le beurre et l’argent du beurre», il s’agit d’un véritable réquisitoire dressé contre le géant mondial de l’acier qui préside aux destinées du complexe d’El Hadjar, mais aussi de toute la chaîne qui va des mines de l’Ouenza et de Boukhadra (frontière tunisienne) jusqu’au port d’Annaba.

Remontant au début du partenariat entre les deux associés, Kouadria commence par mettre en exergue le malentendu voire la contradiction entre la démarche du partenaire étranger et celle de la partie algérienne. Ainsi accuse-t-il ArcelorMittal de développer une démarche purement mercantile «au détriment des intérêts algériens (surtout sociaux).»

Ne s’arrêtant pas là, le syndicaliste reproche à la multinationale d’avoir détruit le tissu industriel de la région par le recours à des produits importés de lointaines filiales du groupe alors même qu’ils étaient fabriqués sur place «à un prix un peu plus cher (mais réellement à coût moindre).»

Non respect des obligations et suppression massive d’emplois

Poursuivant sur sa lancée, Kouadria accuse ArcelorMittal d’avoir largement profité des avantages consentis par l’État algérien (gaz, électricité, eau, rail, ferrailles…). Le partenaire étranger n’a en revanche pas respecté ses obligations. Ainsi ne passait-il jamais de contrats de longue durée (plus de trois mois) avec des entreprises autres que ses propres filiales. De même ne respecte-t-il pas les délais de paiement.

Le syndicaliste évoque également un «problème de transparence dans les approvisionnements : Tout ce qui est approvisionnement et achat se fait a travers le groupe. Or, une partie de la matière première achetée en devises est disponible et moins coûteuse en Algérie. Mais il n’y a pas moyen de contrôler les achats.»

Sur le plan social, son règne se sera traduit par une suppression massive d’emplois directs et indirects. De 18 000 salariés, le complexe d’El Hadjar est passé à 5 600. Quant aux emplois indirects, leur perte se chiffre, selon Kouadria, par dizaines de milliers.

«L’Algérie a perdu son leadership sur l’Afrique»

Le secrétaire général du syndicat d’entreprise rappelle qu’avant 2001, "l’usine d’El Hadjar figurait parmi les 3-4 plus grandes usines d’Afrique (avec celles notamment d’Afrique du Sud et d’Egypte) et était surtout la plus intégrée de toutes (en vue des nombreuses activités implantées).

C’était en Afrique la seule usine assurant l’intégralité du processus de fabrication allant de la cokerie Agglomération-Hauts Fourneaux vers les aciéries et ensuite les laminoirs.»

La production du complexe avait atteint 1,6 million de tonnes d’acier liquide en 1987. Aujourd’hui, rappelle-t-il, elle atteint péniblement les 700 000 tonnes après avoir atteint, une seule année, «1,2 million de tonnes (mais avec un petit subterfuge : l’ajout massif de pellets au Haut Fourneau).»

Koudria conclut que les engagements initiaux d’atteindre une production de 4 à 5 millions de tonnes au bout des cinq premières années (2006) avec le maintien des ateliers de production n’ont pas été respectés puisque outre la baisse de la production, des «ateliers ont été définitivement ou presque fermés : cokerie, Haut-Fourneau 1, Four électrique, Fer blanc, Tuberie sans soudure

Faire supporter les pertes au partenaire algérien

Sur le plan financier, le texte du syndicat accuse ArcelorMittal de faire pression sur le partenaire algérien, actionnaire à 30% seulement, afin qu’il supporte des investissements largement supérieurs à sa quotepart. Il s’interroge sur le fait que ces investissements n’étaient pas évoqués lorsque l’usine dégageait des dividendes.

Kouadria reproche également au dirigeant du groupe d’avoir abandonné la filière de l’acier électrique en 2006-2007. «C’est comme cela, ajoute-t-il, que l’usine s’est retrouvée dépassée sur le marché local en face de la concurrence des importateurs qui importaient de l’acier électrique et pour ne pas mourir complètement a été dans l’obligation de vendre à perte.»

Le «scandale des salaires»

Le syndicat se plaint de la grande disparité en matière de salaires et des avantages exorbitants des cadres expatriés. Kouadria a expliqué à econostrum.info que les «salaires des Algériens sont de 55 000 dinars algériens (534 euros) pour un cadre moyen, de 65 000 dinars algériens (631 euros) pour un cadre supérieur et de 90 000 dinars algériens (874 euros )pour un cadre dirigeant.» 

A côté de cela, note-t-il, «le complexe emploie dix-neuf expatriés. Le plus bas salaire de ces cadres étrangers, qui bénéficient d’une prise en charge complète, est de 2 M de dinars algériens soit 19 500 € . Ils bénéficient par ailleurs de trois mois de congés par an, d’un week-end sur deux passé en famille en France et d’une prise en charge de la billetterie par l’entreprise

Kouadria précise que ces expatriés ne travaillent pratiquement jamais le week-end, même lorsqu’ils sont en Algérie et affirme : «Son équivalent algérien coûte dix fois moins cher et est sur site chaque week-end !»

Il conclut que «les meilleures performances du complexe ont été réalisées du temps où il était dirigé par des Algériens

Les autorités algériennes interpelées

Face à cette situation, le syndicat d’El Hadjar interpelle le gouvernement : «Il faut qu’il y ait un droit de regard des pouvoirs publics. Qu’ils puissent avoir au moins une minorité de blocage sinon la majorité dans le cadre de la LFC 2009. Pour le moment, l’État à un rôle de simple observateur, ce n’est pas normal.»

Kouadria jette un pavé dans la marre en semblant mettre en cause les autorités : « Personne au niveau des pouvoirs publics ne veut poser le problème d’Arcelor en Algérie. Aucun bilan des dix ans, ni positif ni négatif. Il n’existe pas de volonté politique pour regarder de très près ce partenariat. Nous n’avons pas de visibilité de gouvernement pour pouvoir être en adéquation avec lui.»

Interrogé sur le fait de savoir si la date du déclenchement de la grève était fortuite, Smaïn Kouadria nous a répondu : «Le choix du 28 mai comme début de la grève, jour de la tripartite, est une coïncidence non fortuite


Amal Belkessam, à ALGER


Mercredi 25 Mai 2011



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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