Renault-Tanger, un nouvel aménagement du territoire à l'échelle Euro-MedPar Bénédict de Saint-Laurent, conseiller scientifique du réseau Anima *
L'inauguration de l'usine Renault à Tanger le 9 février 2012 a déclenché une polémique sur les délocalisations, au moment où le "produire en France" est un enjeu de la campagne présidentielle. Qu'en est-il en réalité?
Au sens strict, il ne s'agit pas d'une délocalisation, puisque ce n'est pas une production existante qui est déportée au Maroc, mais une production nouvelle (gamme Lodgy) dont le "business model" implique une fabrication à bas coûts. Cette gamme ne pourrait être viable avec les coûts de production français. Des synergies existent pourtant avec l'activité de Renault-Nissan en France ou sur la rive nord en général. La nouvelle usine va sourcer une partie de ses intrants (moteurs, boîtes, composants) en Europe (France et Roumanie). Cet argument a été mis en avant par Renault, qui a même chiffré le retour direct lié à chaque véhicule Lodgy (800 euros, soit 400 euros de pièces livrées depuis la France et 400 euros d'ingénierie). Autre bénéfice indirect escompté, en augmentant les volumes globaux produits par Renault, la nouvelle implantation peut rendre viable, grâce aux économies d'échelle, certains modèles (y compris européens) utilisant les mêmes composants. Un autre argument n'a pas été utilisé, celui de l'accroissement de revenu créé par la nouvelle usine et toute sa chaîne de sous-traitance et de logistique au Maroc. Une part de ce revenu supplémentaire bénéficie à des opérateurs français, soit exportateurs, soit entreprises installées sur place (comme Label'Vie pour Carrefour, ou Maroc Télécom pour Vivendi, ou encore CMA-CGM). Tanger Med instrument concret de la convergence Vu d'un point de vue hexagonal, il est regrettable bien sûr que Renault ne puisse consacrer tous ses investissements à la France. Mais il est quasiment indispensable pour un groupe à vocation mondiale de produire en partie sur ses marchés de destination. La stratégie de l'entreprise est logiquement de concentrer en France, et dans la vieille Europe, le haut de gamme, ainsi que la recherche et l'innovation, et de fabriquer en périphérie les modèles d'entrée de gamme, générateurs de profits susceptibles d'assurer la survie du groupe. Lundi 13 Février 2012
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