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Regain de contestation en Algérie sur fond d’élections locales sans enjeux


Les électeurs algériens éliront le 29 novembre 2012 leurs représentants locaux. La campagne électorale n’a pas drainé des foules, davantage préoccupées par leur situation sociale que par une élection sans surprise.



ALGÉRIE. La campagne pour les élections locales – Assemblées populaires communales (APC) et Assemblées populaires de wilaya (APW, département) – du 29 novembre 2012 n’a ni passionné ni mobilisé l’électorat algérien.

Les 52 formations politiques en lice n’ont pourtant pas lésiné sur les moyens en multipliant meetings, spots dans les médias lourds (télévisions et radios) et collages massifs d’affiches bien au-delà des panneaux électoraux réservés à cet usage.

Les partis ont également investi le terrain en ouvrant de nombreuses permanences électorales dans tous les quartiers des villes et des villages du pays.

La campagne a vécu peu de grands meetings électoraux et les leaders des "grandes formations" politiques ont parfois été contraints d’annuler ces rendez-vous avec les populations locales.

Des élections jugées peu crédibles

1541 maires devront être élus le 29 novembre (photo AB)
1541 maires devront être élus le 29 novembre (photo AB)
Plusieurs raisons peuvent expliquer pourquoi ces élections ne passionnent pas les foules. La défiance des électeurs à l’endroit des scrutins semble désormais bien ancrée comme le font apparaître les forts taux d’abstention enregistrés à chaque élection.
 
La modicité des moyens financiers dévolus aux communes, la modestie des réalisations de celles-ci et les faibles prérogatives des maires portent atteinte au crédit de ce scrutin. Seule la clientèle directe des partis se mobilise car certains en attendent des résultats… palpables.
 
Enfin les Algériens traversent une situation sociale particulièrement difficile (cherté de la vie, chômage, crise du logement…). Ils ne croient absolument pas que ce scrutin leur permettra de sortir du marasme dans lequel ils sont plongés.

Marasme social

Regain de contestation en Algérie sur fond d’élections locales sans enjeux
L’Algérie présente tous les signes d’une santé financière éclatante. Elle vient de prêter 5 mrds $ au Fonds monétaire international (FMI) et de dépenser 5 milliards au cours des neuf premiers mois de l’année 2012, rien que pour l’achat de véhicules de tourisme. Le total des importations du pays devrait se situer, à fin décembre prochain, aux alentours de 50 mrds $.
 
Pourtant, en l’absence d’un important programme de relance industrielle, la situation sociale des catégories les plus pauvres, et même d’une partie des couches moyennes, apparait loin d’être reluisante.
 
L’inflation galopante (elle se chiffrait à 8,85% à fin septembre 2012) sur les produits de base (alimentation, vêtements, fournitures scolaires…), la cherté des loyers et des transports, y compris publics, sapent le pouvoir d’achat de ces couches sociales, y compris de celles qui ont arraché des augmentations de salaires à l’occasion des conflits sociaux de ces deux dernières années.
 
Le chômage touche de plein fouet la jeunesse : 21,5% des moins de 35 ans reconnaissent conjointement les pouvoirs publics algériens et le FMI contre moins de 10% pour l’ensemble de la population. L’emploi précaire se répand dans les secteurs économiques privé et étatique et même dans la Fonction publique avec la multiplication des formules de pré-emploi des jeunes.
 
D’autres survivaient jusqu’ici en recourant aux petits métiers du commerce informel : gardiens de parking, vendeurs à la sauvette… Mais les autorités viennent de lancer une vaste opération de démantèlement de ces activités.
 
Nombre de personnes s’en sortent donc "grâce"  à la crise du logement qui force différentes générations d’une même famille à cohabiter sous le même toit. Cette solidarité familiale compense l’insuffisance de débouchés sur le marché du travail. Mais nombre de jeunes désespérés se tournent, au prix de leur vie, vers l’émigration clandestine ou vers la délinquance.

Le retour de mouvements sociaux spectaculaires

Après quelques mois de répit relatif, les autorités doivent faire face à un regain significatif des conflits sociaux. Des grèves spectaculaires, en particulier dans le secteur des transports, se succèdent ces dernières semaines.
 
Les cheminots ont mené plusieurs grèves aux mois de septembre et d’octobre 2012 pour protester contre le licenciement d’un conducteur de train et réclamer de meilleures conditions de sécurité ainsi que le versement du rappel d’une augmentation de salaire obtenue en septembre 2009.
 
Les travailleurs communaux ont fait grève durant huit jours afin d’exiger la revalorisation de leurs salaires mensuels qui oscillent autour de 120 €  (le Salaire minimum atteint 180 € ) et pour l’intégration des contractuels et vacataires. Ils demandent également la révision et l'unification des statuts des employés des communes et de leur régime indemnitaire.
 
Les 1 800 travailleurs de l’entreprise de transport urbain et suburbain d’Alger (Etusa) ont très fortement perturbé le trafic de voyageur dans la capitale et sa banlieue durant une dizaine de jours. Ils exigeaient, à l’instar de leurs collègues cheminots, une mise à niveau de leurs salaires très bas, l’intégration de leurs collègues contractuels, la réintégration d’autres collègues licenciés et, surtout, le renouvellement de leur syndicat d’entreprise qu’ils accusent de collusion avec la direction de l’Etusa. Ils ont fini par avoir gain de cause.

Le gouvernement doit également faire face à l’effervescence qui a gagné la zone industrielle de Rouiba-Réghaïa, à l’est d’Alger. Les syndicats multiplient ces derniers jours les rassemblements devant l’inspection du travail locale pour dénoncer les licenciements abusifs prononcés par les responsables d’entreprises privées (Alpapet, Lindgaz, Heineken, SGT…), mais aussi publiques (Tameg) à l’encontre de travailleurs et même de représentants syndicaux ou de membres de comités de participation.

À ces différents conflits révélateurs d’un climat social difficile s’ajoute la perspective d’une grève générale des salariés du groupe Giplait pour le 5 décembre 2012. Les revendications tournent autour de l’augmentation des salaires, la réintégration des travailleurs licenciés… Le spectre d’une pénurie de lait hante les familles.

Ainsi et en dépit d’une situation financière plus que confortable avec des réserves de changes du pays avoisinant les 200 mrds $, la dégradation du pouvoir d’achat alimente en permanence la contestation sociale.


A. Belkessam, à ALGER


Mardi 27 Novembre 2012



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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