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« Promouvoir la liberté de circulation des biens et des personnes entre Israël et la Palestine »


Vingt ans après les Accords de paix d'Oslo entre Israéliens et Palestiniens dont il a été l’un des négociateurs, Ofer Bronchtein préside le Forum international pour la paix. Ancien conseiller du premier ministre israélien Yitzakh Rabin, il initie de nombreux projets économiques et culturels entre Israéliens et Palestiniens. À ce titre, il réagit, en exclusivité pour econostrum.info, au processus de paix en cours entre les deux parties, dans le contexte actuel de tensions en Syrie et en Égypte. Son modèle, l’Europe, pour la constitution d’un espace de paix et d’échanges économiques.



Ofer Bronchtein veut croire à une coopération économique entre Israéliens et Palestiniens (photo Forum international pour la paix)
Ofer Bronchtein veut croire à une coopération économique entre Israéliens et Palestiniens (photo Forum international pour la paix)

econostrum.info : Les négociations actuelles entre Israéliens et Palestiniens ne sont-elles pas fragilisées par les tensions actuelles dans le monde arabe ?

 

Ofer Bronchtein : Nous vivons dans un océan traversé par un tsunami et un îlot israélo-palestinien a été préservé. Les Israéliens ont exprimé leurs frustrations en descendant dans les rues voici deux ans pour demander un partage des richesses plus équitable. Les Palestiniens expriment la volonté d’être sur le même pied d’égalité que les Israéliens, c’est le modèle de démocratie et d’économie qu’ils souhaiteraient implanter chez eux et pas le modèle fondamentaliste. Je suis un optimiste pathologique. Les uns et les autres se sont donné neuf mois pour y arriver. Je suis frustré que l’Europe ne soit pas aussi présente qu’elle devrait l’être. La France aurait pu être plus impliquée.
 

Que signifie pour vous la paix et qu’implique-t-elle ? Un ou deux États ?
 

Ce sont deux choses différentes… la paix c’est la paix. Cela signifie qu’on ne se tire plus dessus, qu’il existe des frontières ouvertes, une liberté de passage des biens et des marchandises, un dialogue culturel et scientifique... Pensons à l’Europe -  je ne nie pas ses difficultés actuelles - née des cendres de la Seconde guerre qui est devenue un vrai havre de paix où 28 pays, 500 millions d’habitants peuvent vivre et travailler librement.

 

Quels sont les paramètres d’une solution entre Israéliens et Palestiniens ? Un État, deux États, une confédération ? La base la plus importante est de demander aux deux parties de faire les mêmes efforts de compréhension des besoins de l’autre. Ce que l’un a obtenu, l’autre doit l’obtenir. Il doit y avoir une équité. Si les Palestiniens sont reconnus par le monde arabe, Israël doit l’être aussi.

Il faut avoir une relation humble avec les Palestiniens. Après la signature de la paix, une confédération israélo-palestinienne devient envisageable, un espace inspiré par l’Europe pour faire circuler biens et marchandises librement. Pensons par exemple aux programmes d'échanges Erasmus entre étudiants européens ! Ces programmes-là en tous domaines doivent fleurir. Les peuples aspirent à la démocratie, à ce que la richesse soit distribuée plus équitablement, à la liberté de la presse, à l’éducation, à de meilleurs emplois. Les aspirations d’un jeune Palestinien sont les mêmes que celles d’un jeune Européen.


Pas assez de projets communs entre Israéliens et Palestiniens

 

Quels sont les projets de coopération économique en cours entre Iraéliens et Palestiniens ?
 

Il existe une interdépendance entre Israéliens et Palestiniens depuis toujours. Quotidiennement des produits israéliens sont vendus en Palestine et des produits palestiniens vendus en Israël. Ce sont les lois du marché, le besoin des deux peuples d’échanger, ce sont des marchés naturels l’un pour l’autre. Des milliers de travailleurs palestiniens viennent travailler en Israël, certes moins qu’avant la deuxième intifada.
 

Une Chambre de Commerce israélo-palestinienne a été créée qui encourage hommes et femmes d’affaires israéliens et palestiniens à développer des projets communs. Je déplore et regrette qu’il n’y en ait pas assez.  
 
L’économie palestinienne se base sur deux piliers : les services (administration, police, sécurité) et l’agriculture. Ce qui n’est pas suffisant pour développer une économie dynamique au XXIe siècle. Enfin Gaza est un problème particulier, avec deux frontières presque hermétiques, une population d’un million et demi qui a naturellement du mal à développer une économie et est donc dépendante de la bonne volonté des Israéliens et Égyptiens. 
 

Les Palestiniens ont le handicap de la libre circulation des biens et des personnes à l’intérieur de leurs territoires en Cisjordanie et à l’extérieur. Ils sont entièrement dépendants du libre vouloir israélien. À part le marché israélien, les Palestiniens exportent très peu. Il aurait été bon qu’une partie des moyens énormes alloués par la communauté internationale soient investis pour créer des infrastructures, former des jeunes générations dans la recherche et le développement, pour permettre à l’économie palestinienne de se diversifier et d’être plus compétitive.

Quelle place donner au Hamas dans ce dialogue ? Peut-on discuter avec lui ?
 

Israël a beaucoup plus négocié ces dernières années avec le Hamas qu’avec l’Autorité palestinienne. Par exemple, pour la libération du soldat Gilad Shalit et l’échange de 1 067 prisonniers palestiniens. Le Hamas entretient des liens avec Israël et avec les organisations internationales.
 

Si le Hamas décide d’être une force politique, je pense qu’il a toute sa place dans l’espace palestinien. Si le Hamas décide qu’il respecte tous les accords signés entre l’Autorité palestinienne et Israël, qu’il en reconnaît l’existence, quelles qu’en soient les frontières, sans user de violence et de terrorisme, il peut devenir un interlocuteur politique et participer au leadership palestinien. 


Vers un tourisme transfrontalier ?

 

Quelle est la part du Forum international pour la Paix que vous présidez à la dynamique de rapprochement ?
 

Le Forum est une plateforme qui facilite, c’est un réseau qui permet aux uns et aux autres de se rencontrer et de développer des projets dans le domaine économique, culturel, politique, pédagogique. Nous facilitons la tâche de nombreuses ONG.
 

Nous avons un grand projet : la coopération décentralisée, un système de jumelage entre villes israéliennes, palestiniennes et françaises. Nous espérons que ce genre de coopérations dépassera les clivages politiques.
 

Nous avons lancé la coopération entre Jénine la Palestinienne et Quilboa dans le nord d’Israël. À la frontière entre les deux villes, il n’existe pas de mur, la frontière est presque ouverte, c’est la seule qui permet à des milliers de Palestiniens de rentrer avec leur voiture quotidiennement et qui permet à des centaines d’Israéliens de rentrer librement à Jénine, ce qui est lucratif. Des ouvriers peuvent venir en Israël. Des échanges de marchandises entre les deux régions sont possibles.
 

J’espère la naissance d’un tourisme transfrontalier qui peut être un élément positif de croissance. Nous voulons développer ces passerelles avec d’autres régions d’Israël et de Palestine en y insérant des villes françaises et européennes qui participeraient à cette dynamique.

Le processus de paix n’aboutit-il pas à la perpétuation d’un état provisoire où chacun y trouverait finalement son compte ?
 

Beaucoup de structures se nourrissent hélas de cet état de guerre larvée ou de ce processus permanent. Sans l’aide internationale, l’Autorité palestinienne ne peut pas survivre. C’est dans l’intérêt des Palestiniens qu’une Autorité forte assume ses responsabilités vis-à-vis de ses citoyens. L’économie israélienne se trouve affaiblie par le fait qu’une partie du budget est allouée à la sécurité. Beaucoup plus de moyens doivent être dédiés à l’éducation, à la santé, à l’emploi.



Propos recueillis par Rémy Darras


Vendredi 27 Septembre 2013



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