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Pour Josef Ackermann, “l'austérité doit être maintenue”


Ancien président du directoire de Deutsche Bank, Joseph Ackermann vient d'être nommé président du conseil d'administration de Bank of Cyprus.



Joseph Ackermann au 5ème Forum économique de la Thrace à Samothrace photo: Angélique Kourounis
Joseph Ackermann au 5ème Forum économique de la Thrace à Samothrace photo: Angélique Kourounis
Econostrum : Quel est le point faible du système bancaire grec ?
 
Josef Ackermann: Certaines faiblesses tiennent à l’efficacité des procédures d’octroi des accords de prêts. Nous devons travailler sur cette question. Il faut également que les riches payent leurs quotas d’impôts et il faut surtout des changements des mentalités. Mais le problème le plus global dans le pays réside dans le manque de confiance envers l’état.
 
En 2002 la Grèce a rejoint l’Union Monétaire. Six ans après c’était la faillite. Pourquoi? À quel point vous sentez vous coupable, car vous étiez une pièce maîtresse du système bancaire européen ?
 
Josef Ackermann : Tous les pays ont connu des difficultés lorsqu’ils ont rejoint la zone euro car il s'agit d'une monnaie forte.
Beaucoup avaient l’habitude, lorsqu’ils devaient faire face à des difficultés, de dévaluer leur monnaie. Avec l'euro cela devient impossible. Par ailleurs les gens ont pensé que grâce à la discipline de la politique monétaire européenne de la Banque Centrale Européenne les taux d’intérêt resteraient toujours bas.
Les marchés ont cru que la Grèce se transformerait en un pays de croissance, qu’elle pourrait même devenir le prochain tigre asiatique de l’Europe car dans un premier temps le pays affichait une forte croissance.
Nous avons estimé que de par sa taille,  la Grèce ne représente que 2,5% du PIB européen, elle ne pourrait pas menacer la stabilité de l’euro zone, qu'il serait facile de lui prêter de l’argent. Nous avons sous estimé la situation. Enfin, au moment de la crise, l’euro zone n’était pas prête à y faire face. Ses organes institutionnels n’étaient pas suffisants.
A ce moment là beaucoup en Europe et aux Etats-Unis pensaient que la Grèce devait sortir de l’Union Européenne. J’étais contre.
Nous aurions assisté à un effet domino incontrôlable. Une sortie de la Grèce aurait couté à peu près 500 milliards d’euros. Si nous y ajoutions le Portugal, l’Espagne et l’Italie, les montants seraient devenus tellement astronomiques que l’Union Européenne n’aurait pu y faire face.
Aussi, pour limiter les dégâts en Grèce et dans les autres régions de l’Europe, nous avons appliqué cette politique qui jusqu’à présent s'avère une réussite. La Grèce est désormais sur la bonne voie, cependant, beaucoup reste à faire. Cette crise a montré qu’un effondrement économique dans n‘importe quel des états de la zone euro couterait beaucoup plus qu’une reconstruction.

Je crois que cette crise économique restera historiquement comme le catalyseur de la reconstruction et de la reforme Européenne

Le 5ème Forum économique de Samothrace photo: Angélique Kourounis
Le 5ème Forum économique de Samothrace photo: Angélique Kourounis
Quel rôle a joué l'euro dans la crise ?

Josef Ackermann: Si vous parlez avec des économistes des Etats-Unis et même des Européens, ils vous diront que l’euro ne constitue pas la panacée. Certes nous avons une politique économique commune, une banque centrale et une monnaie unique mais nous avons aussi des niveaux de compétitivité différents.
Jusqu’à présent nous réussissions à pallier cette différence en jouant sur les monnaies. Ce n’est plus possible et désormais la seule façon d’y arriver consiste à baisser les prix jusqu’à un certain niveau.  Je crois que cette crise économique restera historiquement comme le catalyseur de la reconstruction et de la réforme Européenne. Mais nous devons, c’est incontournable, faire face à ces déséquilibres et trouver un système plus équilibré. Il s'agit d'un véritable défi.
Je pense que nous avons besoin d’améliorer la compétitivité de tous les pays, de finaliser et de mettre à niveau toutes les politiques économiques des pays européens.
Nous sommes des États différents, unis au sein d’une entité qui s’appelle Europe mais avec des exigences et des solutions aux problèmes spécifiques pour chacun de nous en raison des différences culturelles. Les États Unis n'ont pas besoin de surmonter cette difficulté. Si un état, la Californie par exemple, à un problème la solution politique vient du gouvernement central.

Les banques sont une partie du problème. Une partie importante, très importante, mais une partie seulement.

La population grecque comme celle d'autres pays éprouve de la rage et du dépit envers les banques et les banquiers. Un dialogue existe entre les citoyens et les gouvernements mais sans les banques. Pensez-vous  que le moment soit venu pour que le système bancaire de donner des réponses et des garanties quant à sa transparence ?
 
Josef Ackermann:  J’ai organisé plusieurs colloques sur la question et je me suis battu pour cette transparence. Je crois que les banques essaient vraiment de s’engager sur la question. J’ai discuté récemment à Washington de la question. Les banques ont une part de responsabilité dans la crise. Mais une part seulement.
C’est un problème très complexe. Il touche aux politiques économiques des états, aux politiques monétaires, à la chute de l'immobilier aux Etats-Unis, aux déséquilibres mondiaux.
Pour certains nous en faisons trop, pour d’autres pas assez. Nous avons réellement voulu améliorer la transparence du système bancaire, mais nous avons reçu des coups de téléphone d'avocats américains qui nous ont dit d’arrêter car nous allions être accusés de violer la politique de confidentialité. La complexité du système économique nous a freiné. De plus il faut convaincre des banques concurrentes à s’assoir à une même table et discuter. Ce n’est pas évident.
 

Ce retour des stéréotypes nationalistes est inquiétant

La crise, l’austérité ont fait grimper en flèche les scores de l’extrême droite en Grèce, en Hongrie, en France même. La Grèce compte 18 députés néonazis au parlement. Comment donner une réponse économique à ce problème politique, et laquelle?
 
Josef Ackermann : C‘est une question très difficile. Quand l’Europe cherchait quelle réponse à donner à la crise, plusieurs écoles se sont exprimées. L’une affirmait qu'il fallait ouvrir les fonds de paiements et autoriser plus de déficits. Je pense que cela aurait été une erreur.  Je crois que l’approche de la reconstruction via des réformes, et des gouvernements plus responsables pour que la croissance vienne, reste la meilleure solution. Nous l'avons réussi jusqu’à un certain niveau mais nous ne sommes pas encore sortis de cette crise. Beaucoup nous disent l’austérité ça suffit, il faut changer quelque chose. Je le comprends bien, mais d’un autre côté, en agissant ainsi, nous mettrions en péril certaines de nos réussites. Cela serait terrible. Nous devons malheureusement continuer sur cette route difficile et poursuivre la réforme du système européen. Cela provoque des questionnements politiques, des débats de part et d'autre. Mais jusqu’à présent les gens ont été rationnels et intelligents, malgré un choix difficile et je m’en félicite.
Rester dans l’euro-zone, et la plupart des citoyens européens le veulent, implique une certaine politique qui défende l’euro. Mais nous ne devons pas en Europe nous concentrer uniquement sur des questions économiques. Nous avons oublié la politique, les questions socio-économiques, l’ambition d’une Europe Unie.
 
Quelle est votre opinion pour la dette grecque. Peut-elle à nouveau être réduite ? Est-il normal qu’un état rembourse autant d’intérêts chaque année?
 
La dette grecque a déjà été réduite, et les réformes en cours vont encore la faire baisser. Si vous regardez les projections sur la baisse de la dette et l’augmentation de la croissance vous verrez qu’elles se croisent. C ‘est une question de temps. Quand la Grèce retournera sur les marchés la situation deviendra meilleure. Nous espérons que jamais la Grèce ou d’autres pays n’auront à refaire de tels sacrifices mais quelquefois des décennies sont nécessaires pour que les équilibres reviennent. Nous espérons qu’après cela nous aurons une monnaie forte et une compétitivité dont nous serons fiers.



Angelique Kourounis et Thomas Iaccobi, à SAMOTHRACE


Vendredi 28 Novembre 2014



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