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Philippe de Fontaine Vive : "2014-2020 va être un exercice de compétition et d'excellence en Méditerranée"


A l'occasion de la conférence de la 14e Femip, qui se déroulait à Naples jeudi 30 octobre 2014, Philippe de Fontaine Vive, vice-président de la Banque européenne d'investissement évoque pour econostrum.info, les évolutions nécessaires du bras armé financier de la BEI en Méditerranée.



Philippe de Fontaine Vive veut remettre en cause l'action de la Femip pour coller aux nouvelles attentes de ses partenaires (photo F.Dubessy)
Philippe de Fontaine Vive veut remettre en cause l'action de la Femip pour coller aux nouvelles attentes de ses partenaires (photo F.Dubessy)
econostrum.info : Pourquoi la 14e Femip propose un thème très transversal cette année ("Des outils au service de la croissance : stimuler l'investissement dans le bassin méditerranéen"), alors que les éditions précédentes étaient consacrées à des domaines bien précis comme les PPP, l'énergie solaire... ?

Philippe de Fontaine Vive : Ce changement est totalement volontaire. Nous sommes en 2014 donc au changement de mandat, au changement de commission. Nous voulions envoyer un message : se remettre en cause en 2014 pour délivrer le nouveau mandat 2014 - 2020, voir comment la nouvelle commission nous demande d'opérer car, elle va prendre ses fonctions samedi (ndlr 1er novembre 2014). Nous nous sommes calés exactement pour être au moment où la nouvelle commission arrive et lui dire voilà, nous avons fait beaucoup de choses, voilà les secteurs prioritaires, nous sommes capables de développer des instruments financiers différents de ceux que nous avons mis en œuvre de 2004 à 2013.

En un mot comme en cent, et pour faire simple, nous pourrions faire en Méditerranée comme nous faisons en Europe. À condition de disposer des mêmes soutiens financiers qu'en Europe.

Un besoin de volonté nationale politique forte

Quelles sont les priorités de la Femip pour ce nouveau mandat 2014-2020 ?

Philippe de Fontaine Vive : Nous nous trouvons à un moment de changement, non seulement financier, mais politique. Sur 2007 - 2011 nous avons été sur le thème de l'intégration régionale, comment y arriver, comment bâtir une maison commune. Est survenu le printemps arabe avec des évolutions nationales complètement différentes d'un pays à l'autre. Garder une perspective régionale reste essentiel car, nous apprenons les uns des autres. Mais, que retient-on de ce que nous entendons durant cette journée ? Il existe une mobilisation dans tel pays pour remettre en cause la façon de produire, de distribuer et d'offrir de l'énergie. Dans tel autre, une révolution nationale pour réfléchir aux façons de produire, améliorer, distribuer l'eau. Dans tel autre, une remise en cause de l'évolution des transports. Dans tel autre, une remise en cause du système bancaire...

Autrement dit, nous découvrons ce qui est en train de se passer en Europe ! Il existe un chapeau régional, plus ou moins fort, plus au moins organisé - il demeure relativement faible en Méditerranée, beaucoup plus faible qu'en Europe - mais, derrière lui, nous constatons un besoin de volonté nationale politique forte qui permette d'être le meilleur de la région, parmi les meilleurs du monde. Et c'est cela que j'espère durant 2014 - 2020. C'est une sorte de course en avant vers l'excellence, nationale, régionale et donc, au-delà de ça, mondiale.

Relance de l'investissement public et privé en Égypte

(photo F.Dubessy)
(photo F.Dubessy)
De quel budget allez-vous disposer sur cette période et comment va-t-il être ventilé selon vos projets ?

Philippe de Fontaine Vive : Très simple. Il existe aujourd'hui une autorisation de prêt pour ces sept années de 9,6 mrds€ sous la garantie du budget européen. Il existe, sous la responsabilité propre de la BEI, 3 mrds€, et une discussion en cours avec la Commission pour des dotations budgétaires qui permettent de faire du risque, de l'assistance technique, de quelques centaines de millions d'euros. Tout cela, du point de vue du budget européen, devant être revu par le Parlement durant l'année 2016. Voilà comment nous partons. Nous sommes sur la première année, nous lançons cet exercice et je pense qu'il va s'agir d'un exercice de concurrence et d'excellence.

Prenons un exemple très simple : nous avons décidé à la BEI de mettre à compter de l'année 2015 la Méditerranée avec l'Est de l'Europe. Nous avons tellement entendu de discussions sur "est-ce que la priorité se trouve à l'Est ou au Sud?" que nous en avons tiré les conséquences. Puisque nous voulons que tous ces pays soient avec nous, au plus proche, nous allons les mettre dans le même département.

Comment cela va-t-il se concrétiser ?

Philippe de Fontaine Vive : Un département ! Un département des frontières où se trouvera l'ancien département de l'Est, l'ancien département du Sud. Nous n'allouerons pas au départ des sommes à des pays ou à des sous-régions. Allons de l'avant, que les meilleurs avancent ! Aujourd'hui, nous voyons qu'il existe une crise majeure Ukraine-Russie, il existe des fonds, utilisons-les efficacement. Au Maroc, souvent considéré comme le premier de la classe au niveau des réformes, ou en Tunisie. Que le nouveau gouvernement tunisien, qui va arriver à la fin de l'année, vraisemblablement au tout début de l'année prochaine, vienne nous voir avec la feuille de route efficace préparée par l'actuel gouvernement tunisien. Au début 2015, nous allons avoir une relance de l'investissement en Égypte. Les nouvelles institutions égyptiennes tiennent à montrer que le pays va réussir par une relance de l'investissement public et privé.

C'est notre objectif : venez nous voir, consommez, et si les enveloppes que j'ai évoquées s'avèrent insuffisantes, si nous les consommons en trois ou quatre ans au lieu de sept, et bien nous nous retournerons vers le Parlement européen.

Des fonds d'investissement en Jordanie en 2015

Huit pays bénéficient en théorie de la Femip* et, finalement, en 2014, seuls le Maroc et la Tunisie en a profité ?

Philippe de Fontaine Vive : Il se passe très concrètement que nous n'avons plus de relations avec la Syrie depuis le régime de sanctions qui s'applique. Donc, nous avons perdu pour l'instant un partenaire. La Libye, que nous désirions compter comme nouveau partenaire, n'est toujours pas là car, il n'y a plus d'Etat et plus d'organisation. Nous espérons que cela va se résoudre. Donc cela nous fait deux partenaires en moins.

Israël, partenaire traditionnel de l'Europe, est plus considéré comme un pays presque européen que comme un pays partenaire du Sud. Nous avons donc décidé que la plupart des opérations faites avec Israël sera effectuée sans garantie de l'Union européenne. Ainsi, aucun fond ne sera pris sur le partenariat avec les pays arabes de la Méditerranée. Cela simplifiera les choses.
Le Liban, il n'y a pas de gouvernement. J'ai beaucoup travaillé avec les banques, avec le secteur privé, donc nous attendons qu'un gouvernement arrive.
Avec la Jordanie, nous poussons les feux pour, peut-être, lancer, au début de l'année prochaine au printemps, des fonds d'investissements. Pourquoi ? Car ils n'ont pas besoin de prêts, ils sont déjà assez endettés et beaucoup alimentés par l'étranger. Nous allons regarder le secteur privé en Jordanie, notamment dans les énergies renouvelables, le transport, car, il existe des besoins importants d'investissement.

La Jordanie ne se tourne-t-elle pas aujourd'hui davantage vers les Américains ?

Philippe de Fontaine Vive : Non, la Jordanie a aujourd'hui un problème avec plus d'un demi-million de réfugiés qui viennent de Syrie. On ne se rend pas bien compte en Europe de l'ampleur du problème que représente la guerre en Syrie sur le Liban et sur la Jordanie. Un demi-million de réfugiés en Jordanie et plus d'un million de réfugiés au Liban, c'est comme si en France émigraient du jour au lendemain 15 millions de personnes. On s'interroge pour des dizaines de milliers, imaginez que ce soit 15 millions de personnes qui viennent pour boire, manger, se loger, essayer de travailler !

Quid des autres pays ?

Philippe de Fontaine Vive : Donc que nous reste-t-il ? L'Égypte, grand pays, mais qui a été préoccupé par la sécurité. Nous devons relancer un grand programme de signatures avec ce pays et j'irais avant la fin de cette année pour justement relancer le cycle des investissements et j'y retournerai au premier semestre 2015. Le Maroc et la Tunisie, nous en avons parlé.
Et puis nous attendons toujours que le dialogue reprenne avec nos amis Algériens car, c'est le plus grand marché du Maghreb. Même s'ils disposent de la ressource gazière qui leur permet de financer leurs projets, je reste convaincu que nous aurions tous à gagner à travailler ensemble.

*Algérie, Égypte, Gaza-Cisjordanie, Israël, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie, Tunisie.


Propos recueillis par Frédéric Dubessy, à NAPLES


Dimanche 2 Novembre 2014



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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