Nouvelle Constitution au Maroc : le grand écartLa classe politique marocaine plébiscite le projet de révision constitutionnelle. Mais la rupture avec le 20 Février est consommée. S’estimant floués, ils étaient hier plusieurs milliers de manifestants à Casablanca. A Rabat, la marche a été empêchée par des contre-manifestants.
Le 20 Février rejette la Constitution (C. Marot)
MAROC. Au lendemain de la présentation par le roi Mohammed VI du projet de révision constitutionnelle, soumis à référendum le 1er juillet 2011, la classe politique marocaine s’est dans l’ensemble déclarée favorable au nouveau texte.
"Nous appelons à voter oui lors du référendum, indique Mustapha Ramid, secrétaire général du Parti Justice et Développement (PJD), parti islamiste représenté au Parlement. C’est un texte progressif, qui devrait contribuer à démocratiser le pays". Les partis membres de la coalition gouvernementale - Istiqlal, Union socialiste des forces populaires (USFP), Parti du progrès et du socialisme (PPS), Rassemblement national des indépendants (RNI), Mouvement populaire (MP) – ont apporté leur soutien à la nouvelle Constitution. Celle-ci donne au futur chef de gouvernement, nommé au sein du parti arrivé en tête des élections législatives, des prérogatives élargies. Il pourra désormais dissoudre la Chambre des représentants et nommer les hauts fonctionnaires civils de l’Etat. Un Conseil supérieur du pouvoir judiciaire est créé pour garantir l’indépendance de la justice. Un chapitre important est par ailleurs consacré aux droits humains, qui pose notamment les principes de l’égalité homme-femmes pour les droits et libertés à caractère politique, économique, civil, social, culturel et environnemental. Dans le même temps, le référentiel islamique de la nation Maroc est largement réaffirmé.
"Parler de liberté de culte ou d’égalité hommes femmes dans le cadre des constantes de la Nation, c’est à dire la loi islamique, est une insulte à l’intelligence du peuple marocain !", s’indigne Zineb El Razhoui, militante du 20 Février et co-fondatrice du mouvement Mali pour les libertés individuelles.
Avec le mouvement du 20 Février, la rupture est consommée. "Sur la séparation réelle des pouvoirs, c’est une grande déception, explique Mouna, sympathisante du 20 Février, à Casablanca. Les gens qui ont une conscience politique et qui prendront la peine de lire la Constitution, se rendront compte que c’est de l’arnaque. On s’est payé notre tête. Le roi est le chef des armées, il est le chef du conseil des Oulémas, il préside le conseil judiciaire, le conseil du gouvernement. Dans le fond, cela ne change absolument rien ". Dimanche 19 juin 2011; en fin de journée, des milliers de manifestants sont descendus dans le quartier de Derb Sultan à Casablanca pour crier leur désaccord. Perturbée par quelques centaines de contre manifestants surexcités, clamant leur attachement au Roi, la marche a changé d’itinéraire afin d’éviter les heurts. Dans la foule : de nombreuses pancartes « DST dégage » et la photo de Kamal El Omari, militant du 20 février, décédé le 2 juin à Safi. A Rabat, en revanche, les partisans « pro Roi », ont eu raison du 20 Février. La manifestation n’a pas pu se tenir. Des manifestants et des journalistes ont été molestés. Christelle Marot, à CASABLANCA
Lundi 20 Juin 2011
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