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« Nous allons respecter nos engagements, mais pas d’une façon anti-sociale ».


En charge du dossier de la réforme des retraites, George Katrougalos, ministre grec en charge du Travail, de la Sécurité sociale et de la Solidarité répond aux questions d'Econostrum.info.



George Katrougalos, ministre grec en charge du Travail, de la Sécurité sociale et de la Solidarité. Photo © UE / A.Tzortzinis
George Katrougalos, ministre grec en charge du Travail, de la Sécurité sociale et de la Solidarité. Photo © UE / A.Tzortzinis

Econostrum.info : Quels éléments de justice sociale votre gouvernement  met en avant dans cette reforme des retraites?

 

George Katrougalos : Nous introduisons un nouveau type de retraite, la pension nationale, financée exclusivement par l’impôt. Son montant équivaut au seuil de pauvreté, 384 € en Grèce. Il s'agit d'une mesure de justice sociale, de lutte contre l'exclusion sociale et la pauvreté absolue. Au dessus de ce plancher, la retraite « classique » prendra le relais.

 

Vouloir financer cette retraite par l’impôt ne représente-t-il pas un risque dans un pays qui a tant de mal à collecter les impôts de façon juste ?

 

GK : Nous voulons aligner le système de cette retraite sur celui de la collecte d’impôts. Nous allons unifier les deux mécanismes.

 

Les créanciers disent que le programme est ambitieux mais qu’il ne suffira pas. Que leur répondez-vous ?

 

GK : C’est vrai, c’est ambitieux. Jusqu’à maintenant, nous n'avions pas conduit des reformes réelles. Par exemple, nous avons essayé d’unifier les caisses d’assurances mais elles continuaient d’appliquer leurs propres règles de calcul des retraites. Donc, dans la même caisse d’assurance IKA existait 930 modes de calcul différents de retraites. Il s'agissait d'une unification de façade.

 

Ne prenez-vous pas un risque en liant cette réforme des retraites à celle de la collecte d’impôts ? Si l'une ne marche pas, l'autre échouera également.

 

GK : Nous ferons un même type de collecte d’impôts et de cotisations, basé sur les revenus réels. Il s'agit du deuxième élément de la reforme. Jusqu'à présent seuls les salariés payaient des cotisations en fonction de leurs revenus. Les professions libérales, les paysans, payaient selon une formule arbitraire basée  sur des revenus fictifs liés à leur ancienneté dans la profession. Ce système était injuste. Il introduisait des différences importantes entre les catégories sociales .


"Pas de douxième réduction des retraites"

La réduction des retraites exigée par les créanciers est-elle viable, socialement ?

 

GK : Nous ne pouvons pas accepter une douzième réduction des retraites. Elles ont déjà été réduites de 30%. La retraite moyenne de 1 200 € avant la crise est aujourd'hui de 800 €. Nous voulons assurer la viabilité du système de retraite par des réformes structurelles et pas par de nouvelles réductions.

 

Les créanciers demandent l'équivalent de 1% du PIB d'économies, soit 1,6 mrds €. Comment allez-vous faire ?

 

GK :  Nous arriverons à ce chiffre de 1%. Mais pas par de nouvelles réductions des pensions. Nous avons réduit les dépenses et demandé à nos créanciers d'accepter qu’une partie de cette réduction soit couverte par une augmentation des contributions. Il faut souligner que les syndicats patronaux ont accepté cette proposition du gouvernement pour une période transitoire de 3 années. De cette manière, nous respectons nos engagements.

 

Sera-t-il possible d’éviter des coupes en 2017 ?

 

GK : Nous essayons de trouver un compromis en mixant économies et augmentation des recettes. La société grecque ne peut accepter une douzième réduction du montant des retraites. 52% des foyers grecs reçoivent une aide via ces retraites. Notre système de protection sociale ne suffit pas pour faire face à cette situation. La famille reste le protecteur et le garant final des revenus des citoyens. Il ne faut donc pas demander à la société grecque l'impossible.

  

Que vous répondent les créanciers ?

 

GK : Avec le ministre des Finances, nous avons fait un tour en Europe, nous avons parlé avec nos homologues de différents pays et tout le monde a compris notre stratégie. Le FMI a une mentalité différente et c’est pour cette raison que nous poursuivons les négociations. Nous allons respecter nos engagements, mais pas d’une façon anti-sociale.


"Nous essayons de conduire des réformes en ligne avec notre identité politique"

Le dossier des retraites évacué, la grèce espère entamer avec ses créanciers une renégociation de sa dette. Photo UE.
Le dossier des retraites évacué, la grèce espère entamer avec ses créanciers une renégociation de sa dette. Photo UE.

Beaucoup disent que votre gouvernement n’oppose qu’une résistance de façade.

 

GK : Notre réforme prouve que nous n'agissons pas comme les gouvernements précédents. Jusqu’à maintenant, la Grèce recevait les instructions de Bruxelles et de Washington. Nous avons élaboré nous-même cette réforme. Le texte est rédigé en Grec, nous ne nous sommes pas contenté de faire traduire un texte qui nous avait été envoyé.

 

Les retraités sont-ils les sacrifiés de la dette ? Car ce n’est qu’une fois la reforme voté que la négociation de la dette commencera.

 

GK :  Non, nous voulons protéger les retraites, reformer notre système car il n'est pas viable. Nous voulons commencer au plus vite les négociations sur l’allègement de la dette et donc cette première évaluation. Nous espérons quelle s’achèvera fin fevrier.

 

Une hausse des cotisations de 30% peut-elle être considérée comme une reforme ?

 

GK : Les très hauts revenus subiront une forte augmentation de leurs contributions aux caisses de retraites. C’est normal, nous voulons favoriser une redistribution sociale. Celui qui gagne plus doit payer plus.

 

Hier Tsipras revendiquait le droit de rêver. Ce n'est plus le cas. Pensez-vous toujours pouvoir réformer la Grèce et l’Europe ?

 

GK : Nous voulons une Grèce sociale dans une Europe sociale. L’égalité et la justice constituent des valeurs fondamentales de notre réforme, des valeurs de la gauche. Même si nous travaillons dans un environnement très difficile, même si nous avons accepté un compromis très douloureux, nous  essayons de conduire des réformes en ligne avec notre identité politique.





Lundi 8 Février 2016



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