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Mustapha Mekideche: "Fermer en même temps les robinets des rentes et des clientélismes"


Dans un entretien à econostrum.info, Mustapha Mekideche, docteur en économie et vice-président du Conseil national économique et social algérien, estime que l’Algérie possède "une politique publique affichée de substitution aux importations" . Mais il faut pour cela laisser les investisseurs privés et publics faire leur travail et les sécuriser.



Mustapha Mekideche rappelle que la rente des hydrocarbures est en phase d'épuisement (photo DR)
Mustapha Mekideche rappelle que la rente des hydrocarbures est en phase d'épuisement (photo DR)
ALGÉRIE. econostrum.info: Quelles raisons empêchent l’industrie algérienne privée et publique de soutenir les grands donneurs d’ordre investissant dans l’infrastructure énergétique, ferroviaire, hydraulique… afin de réduire les importations d’équipements et de services ?

Mustapha Mekideche: Les trois grandes raisons sont connues : absence de capacités d'engineering, absence d'industries de biens d'équipements et absence de tissu de sous-traitance industrielle.
Cela est aggravé par les grands déficits en matière d'infrastructures énergétiques, ferroviaires et hydrauliques qui poussent les donneurs d'ordres à faire vite, donc avec des moyens étrangers qui, vous l'aurez compris, n'ont aucun intérêt à promouvoir les capacités locales. Toutes les politiques conduites à ce jour n'ont pas produit beaucoup d'effets industrialisant.


Dans quels segments l’industrie algérienne, profitant de ses avantages comparatifs (notamment une énergie subventionnée) pourrait-elle à la fois satisfaire la demande du marché intérieur et dégager une partie de sa production pour l’export ?

M.M. : Les industries fortement consommatrices d'énergie telles que le ciment, l'acier et les intrants hydrocarbures, pétrochimie et engrais.
Mais il ne faudrait pas  faire de ces industries un biais ou un mécanisme de transfert de la rente des hydrocarbures, notamment  gazières. Cela aurait pu être le cas si, par exemple, Sonatrach n'avait pas revu à la hausse dernièrement les prix du gaz naturel de ses deux derniers clients produisant des engrais à Arzew.

"Un problème d'équité territoriale"

Qu’est-ce qui devrait être fait pour les Hauts-plateaux et le Sud en matière de création d’activités  industrielles et de services.

M.M.: Il existe un vrai problème d'équité territoriale qui ne peut être obtenue sans une politique d'aménagement équilibré du territoire, y compris dans ses composantes immatérielles c'est-à-dire humaines.
Pour l'eau et l'énergie les infrastructures se mettent progressivement en place. Quant aux industries et services d'accompagnement il n'y a pas encore grand chose de réalisé.
Il va falloir développer la compétitivité des territoires dans le secteur des hydrocarbures et des énergies renouvelables notamment, mais pas seulement. Le grand transfert d'eau d’In Salah vers Tamanrasset à travers les gorges d'Arak est, par définition, un équipement structurant de très long terme sans lequel l'existence même de la ville de Tamanrasset pouvait être remis en cause.

 
Voyez-vous se dessiner actuellement au niveau des pouvoirs publics une véritable stratégie de développement industriel ?

M.M.: Je pense qu'il faut un temps pour la réflexion et un temps pour l'action. J'ai participé aux travaux stratégiques sur la réindustrialisation avec trois ministres différents.  Nous savons ce qu'il faut faire à présent par secteur et par filière. Laissons les investisseurs privés et publics faire leur travail en les sécurisant et en mettant à leur disposition les facteurs de production notamment le foncier industriel.

Une dynamique de développement productif algérien est-elle concevable alors que le marché national est dominé par les marchandises étrangères et que les accords passés (association avec l’UE, Zone arabe de libre-échange…) ou en cours de négociation (OMC…) menacent directement les quelques industries existantes ?
 
M.M.: Il existe une politique publique affichée de substitution aux importations. Il convient de la mettre en œuvre malgré la pression des lobbies internes et internationaux.
De toute manière nous n'avons pas d'autre choix car la rente des hydrocarbures est en phase d'épuisement et ne pourra d'ici 2030 que permettre de subvenir aux besoins énergétiques nationaux.
J'ajouterai qu'il faut fermer en même temps les robinets des rentes et des clientélismes. C'est cela la matrice de la compétitivité industrielle. L'Algérie a assurément, sous ces conditions, sa place en Méditerranée et en Afrique.


Propos recueillis par Acia Kaci, à ALGER


Lundi 6 Juillet 2015



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