Microcentrales hydrauliques : il y a loin du potentiel aux réalisations
Au delà d'une puissance de 4,5 MW les centrales hydroélectriques en France sont soumises à un appel d'offres de mise en concession. Mais les projets sont rarissimes malgré un potentiel identifié important. Les fédérations de pêcheurs veillent, et la réglementation compliquée limite l'émergence de ces centrales malgré un courant favorable aux énergies renouvelables.
Opérateur public, la SCP entretient plusieurs micro centrales sur ses ouvrages, ici le barrage aixois Bimont (Photo MN)
FRANCE. La petite hydroelectricité, c'est-à-dire celle qui est produite par des micro centrales hydroelectriques sur des cours d’eau, chutes ou canaux d’amenée, représente un réel potentiel énergétique en Provence Alpes Cote d’Azur, selon une étude menée en 2005 par le Groupe Energies Renouvelables Environnement et Solidarités (Geres, association basée à Aubagne) pour la Région Paca et l' Ademe. Dix huit sites considérés comme prioritaires par le Geres représenteraient une puissance de 7,6 MW, une production annuelle de près de 30 000 MWh et réclameraient un investissement de 17,5 M€. Encore n’est ce qu’une infime partie du potentiel total identifié, qui pour la seule région Paca représenterait 125 MW installables, produisant jusqu’à 670 GWh annuels. Cependant les réglementations et la difficulté de produire de l’électricité sans impacter l’environnement réduira considérablement ce potentiel. Jean-Pierre Eyraud, maire de la petite commune alpine de Bénevent-Charbillac (300 hab.) durant trente six ans jusqu’en 2001, en sait quelque chose. En 1987 il initie pour sa commune un projet de micro centrale sur le torrent qui traverse sa commune. « EDF nous a vu arriver avec bonheur car nous produisions surtout en hiver, quand les pics de consommation électrique sont inquiétants, et quand il faut alimenter les stations de ski toutes proches. Mais les fédérations de pêche n’ont jamais accepté ! »
Fédérations de pêches et espaces classés limitent les possibilités
A Bénevent Charbillac, le maire avait du batailler durant vingt ans pour imposer un projet communal, seul à fournir des subsides à la petite commune rurale (photo MN)
La commune, qui tient à maîtriser directement la micro centrale, ouvre ainsi vingt années de procès, tant en administratif qu’en correctionnel. Le revenu annuel de 200 k€, nourrira autant le monde judiciaire que les finances publiques. Tous les procès sont gagnés jusqu’en 2002, puis la centrale est condamnée à l’arrêt. Il faut s'attendre à d'autres aléas dans le vallon des Mollières, dans les Alpes Maritimes. Là, c’est EDF qui mise sur un projet de petite hydroélectricité sur une rivière située au cœur du Parc National du Mercantour. « La charte du Parc autorise les projets d’énergie renouvelable mais ceux-ci ne doivent pas entraîner un déclassement du cours d’eau. Nous attendons que la Préfecture de Région classe donc ce torrent » explique le Parc. La réglementation européenne qui régit ce qui est possible ou pas de réaliser sur un cours d’eau entrera en vigueur en 2014. Elle pose comme principe le bon état initial des eaux, et dans ce cadre il est essentiel de classer les cours d’eau. Le projet de Mollières sur un cours d’eau classé 1 deviendrait impossible, mais serait possible dans une autre configuration. Aussi tous les regards des acteurs, électriciens ou écologistes en France, se portent ils sur les Dreal, les représentations ministérielles qui contrôlent environnement et industrie. Ce sont elles qui classeront les cours d’eau, mais aussi qui lancent les appels à projet en matière de micro centrales.
Un tarif d'achat fonction de l'efficacité énergétique
A vrai dire, un seul projet en France fait clairement l’objet d’un appel d’offres, un peu particulier. « L’originalité réside dans le fait que l'appel à projets soit lancé par la Dreal sur projet d’un opérateur » précise l’Administration. Le porteur (non révélé dans ce cas précis) prend donc le risque de la mise en concurrence pour obtenir une concession, qui doit être supérieure à trente ans pour devenir rentable. L’unique appel à projets français concerne un site Alpin en Paca. Il donnera lieu à un choix d’opérateur par la Dreal, fin 2012 ou en 2013. Le potentiel et l’espérance du rachat d’électricité renouvelable, intéressant en France, mobilise de nombreuses sociétés européennes. « A priori il suffit de disposer du foncier nécessaire pour déposer un projet et espérer une autorisation » souligne François Collombat, directeur général de Schéma. Cette filiale d’EDF porte une dizaine de projets en France. « Mais pour les dossiers d’une certaine importance, qui requièrent une mise en concession, c’est une autre paire de manches ! » Les choix apparaissent très sélectifs et les projets doivent non seulement prouver leur qualité industrielle, mais aussi énergétique. « Le tarif de rachat d’EDF se base en effet sur celle-ci, notamment lors des rénovations d’ouvrages existants » souligne Christian Magnin, directeur de l’Eau à la Société du Canal de Provence, un gestionnaire public provençal qui produit 10 GWh par an sur ses propres ouvrages et assiste d’autres opérateurs dans le montage de projets. La réglementation évolue pour tenir compte de données environnementales, ne favorisant pas la production d’électricité dans une Europe qui, elle, cherche à booster ses énergies renouvelables. Entre potentiel hydroélectrique et réalisations concrêtes, il y loin de la coupe au lèvres.
Une micro centrale dans les Alpes françaises (photo MN)
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