Michel Perrin : "Satisfaire les besoins locaux en construction navale"Michel Perrin, directeur commercial et marketing du chantier français Piriou, est prêt à lancer un chantier de réparation et de construction navale en Algérie. Présent au SIMMER qui vient de se tenir à Alger, il explique toutefois que son entreprise devra s'implanter ailleurs si le partenariat avec l’Algérie n’est pas effectif en 2010.
Michel Perrin, directeur commercial et marketing chez PIRIOU (photo AB)
ALGERIE / FRANCE.
Econostrum.info : Quelle est la raison de votre présence au SIMMER, le Salon des activités maritimes et du littoral ? Michel Perrin : Notre présence au SIMMER est principalement due au fait que nous avons signé un contrat pour la construction de quatre remorqueurs pour la Sogeports, la Société de gestion des participations de l'Etat pour le secteur portuaire. C'est un contrat de 38 M€ pour des remorqueurs de 70 tonnes de traction. Depuis un an, nous réparons aussi sur notre site de Concarneau, en France, des remorqueurs algériens et nos partenaires sont très contents de la qualité du service. C'est un marché très sérieux, qui doit arriver à un montant de 3 M€. Aujourd'hui, nous sommes engagés dans un partenariat avec le gouvernement algérien – sur le système 51-49% comme la loi le prévoit – pour l’installation d’un chantier de réparation et de construction navale en Algérie sur un site qui reste à définir. Des bateaux sur mesure
Un THONIER SENNEUR 90M / 1470m3 (photo Piriou)
Econostrum.info : La construction va-t-elle répondre aux besoins locaux et plus ?
Michel Perrin : Dans un premier temps, elle doit satisfaire les besoins locaux. Piriou ne fait pas de bateaux de série mais des bateaux sur mesure. Le gouvernement algérien a identifié l’existence d’un vrai besoin de réappropriation de la flotte de pêche. Il faudrait que l’on fabrique des bateaux de pêche dans la gamme des bateaux de valeur. Parce que l’Etat algérien veut se réapproprier ses ressources halieutiques, il faut doter les pêcheurs en moyens de pêche adaptés à leur savoir-faire et à leurs moyens en termes de maintenance et d’exploitation. Ce seront des bateaux simples, rustiques et adaptés à leur méthode de pêche. L'Algérie prévoit également de créer un nombre important de ports pour lesquels il faudra avoir, entre autres, des remorqueurs. Là aussi, l’Etat algérien a le choix entre les commander ailleurs ou les construire ici. La vraie bonne idée est de les construire ici. Un partenariat qui tarde à se concrétiser
Le SIMMER a regroupé différents acteurs, algériens et étrangers, du monde maritime (Photo AB)
Econostrum.info : Quand ce partenariat sera-t-il effectif ?
Michel Perrin : Cela aurait du être effectif en 2009. Aujourd’hui, nous n'avons pas de date car l’Etat algérien a du mal à nous dire à combien s’élève le site que l’on rachète. D’autre part, il a du mal à nous dire combien d’ouvriers d’Etat il faudrait reprendre à cette occasion, quel sera leur statut, quel sera leur salaire. C’est assez compliqué. C’est un chantier qui existe déjà et c’est un chantier d’Etat. Les choses traînent donc un peu, mais on a vraiment grand espoir que cela se fasse en 2010. C'est très important pour nous. Nous avons besoin de nous développer et si cela ne se fait pas en 2010, nous serons obligés d’aller ailleurs. Un emploi direct pour deux emplois indirects
Econostrum.info : Allez-vous faire appel à la main d’œuvre locale ?
Michel Perrin : L'idée est d'apporter notre savoir-faire et notre expertise. Il est donc hors de question que l’on amène des ouvriers étrangers en Algérie. L’Etat algérien exige et à juste titre, que les ouvriers algériens soient prioritaires par rapport aux recrutements, à la formation et à l’acquisition des méthodes. L’idée, c’est de reprendre les ouvriers qui travaillent déjà et, bien sûr, embaucher. On imagine que l’on aura à recruter au moins 150 personnes dans un premier temps. Cela pour le chantier de réparation. Pour le chantier de construction, notre ambition et celle du gouvernement est d’arrêter de voir partir des devises sur des sujets techniques qui peuvent être faits sur le territoire algérien et acquérir le savoir-faire et les méthodes qui permettent de produire dans de bonnes conditions. Cela permettra de recruter plus de 200 personnes en direct et le double en emploi indirect. A l’échelle de ports comme ceux de Skikda ou d’Arzew, cela veut dire la création immédiate de 500 à 600 emplois. C’est énorme! Il faut que le projet avance, c’est un projet qui bouscule les habitudes et il y a forcément des inquiétudes. Cela demande un grand travail de communication. Il faut expliquer que nous ne sommes pas là pour licensier mais pour pérenniser le travail et apprendre aux salariés des méthodes de travail qui font que l’Algérie sera le port d’entretien référence du Maghreb. Aujourd’hui les bateaux partent au Maroc et en Tunisie. Cela n’a pas de sens, il faut faire l’inverse. Fournisseur de la marine algérienne
Construire, réparer et fournir du matériel (photo Piriou)
Econostrum.info : Avez-vous conclu d’autres partenariats ?
Michel Perrin : Oui. Nous faisons aussi du négoce de pièces et de matériel, une activité que nous avons créée pour répondre aux besoins de nos filiales parce que l’on ne trouve pas forcément des produits de qualité sur place. Nous avons proposé cette activité au gouvernement algérien et nous sommes très contents car nous sommes désormais enregistrés dans le registre des fournisseurs officiels de la marine nationale algérienne. Nous allons signer dans les prochains jours notre premier contrat de fourniture de matériel pour la base navale de Mers El Kebir. Cela a été fait selon le mode du gré à gré. Nous sommes enregistrés auprès des militaires. Propos recueillis par Amal Belkessam, à ALGER
Vendredi 23 Avril 2010
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