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Mazene Malkawi : "malgré les guerres, l’air pollué reste le principal tueur"


Mazene Malkawi, expert jordanien de l’OMS (Organisation mondiale de la santé), a mis en exergue la part de l’air pollué dans la mortalité au sud et à l’est de la Méditerranée. Pour lui, il s’agit de développer la recherche sur la relation air-santé, afin de convaincre les gouvernements qu’il s’agit d’une priorité.



Mazene Malkawi, conseiller santé-environnement à l'Organisation Mondiale de la Santé : " les décideurs sont sensibles aux chiffres de mortalité que nous pouvons avancer " ( photo MN)
Mazene Malkawi, conseiller santé-environnement à l'Organisation Mondiale de la Santé : " les décideurs sont sensibles aux chiffres de mortalité que nous pouvons avancer " ( photo MN)
econostrum.info : Il doit être compliqué actuellement d’assurer aux décideurs du Proche Orient que la qualité de l’air est une priorité. Malgré tout, êtes-vous entendu ?
 
Mazene Malkawi : C’est clair, aujourd’hui quelques urgences ne me permettent pas d’affirmer que la pollution de l’air est une priorité au sud et à l’est de la Méditerranée. Cependant, chaque fois qu’il est possible d’effectuer des mesures de pollution et de mener une étude sur la relation air-santé, nous pouvons dire avec certitude aux décideurs politiques que la pollution tue des gens. Et, je le remarque, cela semble les toucher.
 
Au Pakistan, ainsi, le premier « tueur » est la pollution de l’air intérieur. Et l’air extérieur se place cinquième dans l’ordre des responsables de décès. L’air pollué est un responsable majeur. En 2012 les différentes pollutions de l’air ont mis fin prématurément à la vie de 400 000 personnes en Méditerranée orientale.  L’air intérieur est responsable de 200 000 décès chaque année dans la zone MEDA, et la pollution urbaine en tue 250 000. La seule pollution à l’ozone, qui est un puissant irritant des bronches comme on le sait maintenant, cause 3,5 décès sur 1 000 dans la même région.
 
Il m’est peut-être difficile de prétendre que ce problème doit actuellement être mis sur le devant de la scène, mais ce que montrent nos trop rares études, depuis quinze ans, me semble tout à fait édifiant.

400 000 morts prématurées seraient dues à la pollution de l'air en Méditerranée Orientale (photo MN)
400 000 morts prématurées seraient dues à la pollution de l'air en Méditerranée Orientale (photo MN)
Justement, comment relancer la recherche sur cette problématique dans le sud et l’est de la Méditerranée ?
 
Mazene Malkawi : Je suis venu aux Journées Méditerranéennes de l’Air, à Marseille afin, certes de présenter cette situation, mais aussi pour profiter de l’esprit de coopération qui anime ces dizaines de professionnels. C’est au contact que se trouvent des solutions, même dans des contextes difficiles. Quelle chance ! Vous disposez ici d’un réseau de professionnels qui étudient tout cela finement.

Bien sûr, il nous reste, au sud, à convaincre les décisionnaires. Cela évolue toutefois. Nous rencontrons de plus en plus des situations nationales dans lesquelles ce sont les ministres des Finances qui portent les projets « verts ». Cela peut aider à améliorer la situation si celui qui tient les cordons de la bourse, est chargé de la politique de l’air. Au Caire, par exemple, cette situation a permis de doter les taxis de cette métropole hyper polluée,  de systèmes utilisant le gaz produit dans le pays, moins polluant que le gazole. 
 
Ceci dit, la situation actuelle c’est que 1,5% des 72 000 études portant sur la relation air-santé au plan mondial, émanent de pays du Sud. Et encore ! La plupart concernent le Pakistan, non situé dans la zone MEDA. Et souvent nos ministres prétendent que cela ne les concernent pas. 2,5 milliards d’individus sont en fait concernés, mais, sans recherche, nous manquons d’arguments pour faire évoluer la situation.

La plupart des pays producteurs de pétrole subventionne l’énergie pour permettre son accès aux ménages les plus modestes. N’est-ce pas un levier sur lequel jouer pour faire baisser le niveau de pollution ?
 
Mazene Malkawi : Oui, ce système de subvention, très répandu, contribue largement à la pollution de l’air. A l’inverse, en Jordanie, où ces subventions ont été supprimées, la consommation d’énergie fossile baisse.

Mais, du coup, apparaissent des pratiques néfastes à la santé de ces ménages modestes. Ils se sont mis à brûler n’importe quoi ; Nous disposons de témoignages sur des gens qui brûlent de vieilles chaussures pour se chauffer ou cuisiner, ou encore des déchets de bois peint. Le résultat c’est que, probablement, alors que nous pouvions attendre une amélioration de l’air extérieur, et bien c’est l’air intérieur qui se dégrade dans la part la plus modeste de la population.


Propos recueillis par Michel Neumuller


Mardi 25 Novembre 2014



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Commentaires

1.Posté par Bernard CORNUT le 26/11/2014 10:29
Bon entretien d'un expert Jordanien qualifié et courageux, qui évoque l'importance d'arrêter les subventions aux énergies fossiles. Notons qu'une Libanaise a mené une thèse sur les liens qualité de l'air et santé, à la fac de Dijon. Et que la municipalité d'Alep envisageait en 2009-2010, avant les rebellions armées qui ont ruiné une partie de la ville, d'interdire les véhicules thermiques dans le vieil Alep, pour y réduire la pollution. Et qu'en Égypte une femme a promu un programme de renouvellement accéléré des vieux taxis polluants. Qu'à Marrakech, une association lutte, pour l'instant en vain, contre l'invasion polluante des motocyclettes à mélange essence-huile, qui rendent l'atmosphère des souks irrespirable, très dangereuse pour la santé des marrakchis et des touristes. IL faudrait partout des politiques municipales et nationales beaucoup plus fermes et exigeantes. L'accélération des occurrences de cancers est flagrante dans ces villes, Casa, Le Caire, Istanbul, Beyrouth, où le vent n'est pas toujours présent pour disperser, et où le soleil peut aggraver par la transformation des oxydes d'azote en ozone.

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2.Posté par Anti-pollution le 26/11/2014 11:27
Pas plus tard que ce lundi 24 nov. les résultats du ballon de Paris ont confirmé la gravité de la pollution à Paris.
Dans le même temps le Sénat le 19 novembre 2014, a rejeté la Taxe sur le diesel par 130 voix contre 40 (http://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl13-802.html, Le Sénat n'a pas adopté une proposition de loi relative à la prise en compte des émissions de particules fines des automobiles http://www.senat.fr/les_actus_en_detail/article/taxe-sur-le-diesel.html). Bien au contraire le Sénat maintient le régime de déductibilité de la TVA sur le diesel.
D'un autre côté on exige des automobilistes qu'ils réduisent leur vitesse sous prétexte de préserver leur santé. Mais si leur préoccupation est vraiment sincère, il faudrait déjà arrêter de subventionner le diesel !
Et cette série burlesque sur l'éco-taxe: maintenant il semblerait qu'une expérimentation en Alsace et en Lorraine serait à l'ordre du jour (déclaration de Hollande ce lundi 24 nov. en Moselle).

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3.Posté par coline le 27/11/2014 15:08
Si l'air pollué reste le principal tueur, il ne faut pas oublié que c'est aussi et toujours à cause de l'être humain,

.. tout comme les guerres d'ailleurs.

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