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MED 2012 veut partager une croissance durable car verte


Un modèle de croissance basé sur le respect des actifs naturels, la préservation de la biodiversité et le partage social pourrait-il répondre au défi du développement économique en méditerranée ? Le rapport MED 2012 "vers une croissance verte en Méditerranée" brosse un possible avenir de productivité et d'emploi pour des millions de citoyens du sud, mais les difficultés sont importantes. La "croissance verte" fait l'objet d'une conférence internationale à Marseille les 23 et 24 mai 2012.



Ressources rares, efficacité obligatoire, selon Najib Saab (Afed) - Photo MN
Ressources rares, efficacité obligatoire, selon Najib Saab (Afed) - Photo MN
MÉDITERRANÉE. « L’Économie Verte c’est l’économie sobre, celle qui se définit par le « moins » : moins d’eau utilisée, moins d’espace consommé, moins de biodiversité affectée, et moins de pollution émise ». C’est ainsi que le définit Michèle Pappalardo, ancienne présidente de l’Ademe (Agence de l'environnement et de l'énergie) en France.
 
Et ces moins doivent se transformer en « plus », c’est le pari des promoteurs du Rapport MED 2012 : Vers une croissance verte en Méditerranée, initiée par sept organismes voués au développement*.
 
« Plus » d’emplois, plus de nourriture, plus de productivité, plus de santé, plus de développement mieux partagé. « C’est notre réponse aux attentes du Printemps arabe » souligne un intervenant à la Conférence Ocemo (Office de coopération économique pour la Méditerranée et l'Orient), qui réunit à Marseille du 23 au 24 mai 2012, une centaine d’experts, de consultants, de responsables d’organismes voués au développement ou à l’environnement, et des décideurs gouvernementaux ainsi que des représentants d’ONG.
 
Le rapport MED qui leur a été présenté sent encore l’encre fraîche et a mobilisé vingt experts, surtout du sud, pour affirmer, études et prospectives à l’appui, qu’une « stratégie de croissance verte équitable est celle qui met l’accent sur les politiques dont les bénéfices sont largement supérieurs aux coûts ».
 
L’Économie Verte est surtout une obligation. Il n’y a pas d’autre voie, ont asséné plusieurs intervenants à la conférence. « 28 mrds $ par an sont nécessaires pour simplement amener l’eau à tous les habitants des pays arabes, 1,5% du PIB annuel ! » souligne Najib Saab, le secrétaire général de l’Afed (Arab Forum for Environment and Development - Beyrouth). « La ressource est rare, l’efficacité incontournable, or on ne réutilise encore que 20% des eaux épurées, qui le sont trop rarement ».

30 millions d'emplois envisageables au Sud

Pour Ricardo Messiano (ESCWA), la synergie entre filière d'enseignement et industrielle est la clé du succès de l'économie verte (photo MN)
Pour Ricardo Messiano (ESCWA), la synergie entre filière d'enseignement et industrielle est la clé du succès de l'économie verte (photo MN)
La dégradation de la biodiversité, rapide et irrémédiable, elle, ne favorisera pas la croissance. Or, de cette biodiversité dépend l’intérêt des touristes qui génèrent plusieurs millions d’emplois dans les pays du sud méditerranéen.
 
Les priorités pour garder ses chances à une « économie verte », a expliqué Gilles Pipien, expert pour la Banque Mondiale, sont d’agir pour réduire la déforestation, protéger la biodiversité des côtes méditerranéennes, raisonner la consommation d’espace urbain, développer les transports publics, protéger la ressource halieutique en réduisant la capacité des pêcheries, et réduire les émissions de gaz à effet de serre.
 
Mais protéger l’avenir, est-ce déjà créer les emplois qu’exige la demande sociale des jeunes du sud méditerranéen ? Expert de la Commission Économique et Sociale des Nations Unies pour le Moyen Orient (ESCWA ), Ricardo Messiano dresse le tableau accablant de la situation actuelle dans les pays arabes, où le chômage de jeunes diplômés peut atteindre 45% comme en Jordanie, et touche d’abord les jeunes femmes, en Tunisie et Syrie, particulièrement.
 
Cependant, les projections montrent que l’économie verte c’est un gisement d’emploi fantastique. Ricardo Messiano parle de 75 000 emplois possibles en Égypte pour la seule industrie éolienne, et 100 000 dans le recyclage des déchets. 30 millions d’emplois sur la zone d’ici 2020 seraient envisageables. « Mais il faut cinq à dix ans pour développer ces activités ; c’est le temps qu’il faut pour adapter le système éducatif, et créer les filières d’enseignement nécessaires ». Selon lui et d’autres intervenants, le nœud gordien se trouve là : articuler le développement d’activités environnementales et la formation professionnelle, indispensable pour ne pas manquer les rendez-vous du développement.

Un arrêt des subventions à l'énergie serait nécessaire

Objectif : 30 millions d'emplois, entre autres dans les ENR, mais il faudrait cesser les subventions à la consommation d'énergies fossiles (photo XDR)
Objectif : 30 millions d'emplois, entre autres dans les ENR, mais il faudrait cesser les subventions à la consommation d'énergies fossiles (photo XDR)
Objectif : 30 millions d'emplois, entre autres dans les ENR, mais il faudrait cesser les subventions à la consommation d'énergies fossiles (photo XDR)
Objectif : 30 millions d'emplois, entre autres dans les ENR, mais il faudrait cesser les subventions à la consommation d'énergies fossiles (photo XDR)
Mais l’économie verte qu’appellent de leurs vœux les experts a aussi un coût politique. Elle créerait des emplois dans le bâtiment durable, dans l’industrie des ENR, ou celle des déchets, et surtout dans l’agriculture, mais elle en détruirait parmi les 3% d’actifs qui travaillent aujourd’hui dans les hydrocarbures par exemple.
 
« Elle réclame aussi des financements internationaux pour investir, auxquels les pays arabes ne peuvent prétendre sans en finir avec la corruption » annonce Najib Saab. «  Elle suppose l’arrêt des subventions à la consommation d’énergie, qui profitent aux classes moyennes et aisées qui polluent ainsi sans freins » dit de son côté Gilles Pipien, « car ces ressources devraient être réallouées vers des politiques sociales ». Il faudrait recourir à la taxation des hydrocarbures pour financer des politiques de développement durable. Mais pour l’heure seul l’Iran, et dans une certaine mesure la Turquie, ont tenté ce renversement. Ce dernier pays par ailleurs recycle déjà 60% de l’acier qu’il consomme.
 
Les décideurs qui hésitent à renverser les valeurs économiques qui n’ont pas assuré le partage de la croissance, devraient être sensibles à l’argument de Frédéric Blanc. Cet économiste du Femise  (Forum Euroméditerranéen des Instituts de Sciences Économiques) l’assure : « les cobénéfices emploi-environnement sont à court terme. Créer ainsi 1,3 million d’emplois dans dix pays méditerranéens générerait certes un surcoût de 10%, mais celui-ci serait absorbé en quelques mois seulement ».

*CMI Marseille, Sustainable MED, Agence Française de Développement, Banque européenne d'investissement, Plan Bleu, Femise, Banque mondiale




Jeudi 24 Mai 2012



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