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Les tensions sociales s’exacerbent en Algérie


ALGÉRIE. Le pays traverse depuis quelques semaines une nouvelle phase d’ébullition sociale. Le gouvernement entend cependant contenir les augmentations de salaires. Il adopte pour cela une ligne de plus en plus ferme.



ALGÉRIE. Le malaise social grandissant en Algérie s’exprime par une flambée de mouvements de protestation et de grèves qui touchent toutes les catégories : chômeurs, travailleurs précaires, médecins, infirmiers et corps communs de la santé publique, enseignants de l’éducation nationale, fonctionnaires du Sud et des Hauts-Plateaux, ingénieurs du nucléaire, avocats…

Les fermetures de routes et les sit-in devant les sièges des Assemblées populaires communales (APC) et autres institutions de l’État se poursuivent aux quatre coins du pays pour tenter d’arracher du travail, un logement, des augmentations de salaires, une amélioration du statut…

Depuis quelques années, ce réchauffement du front social est cyclique. Mais il intervient dans un contexte politique international dangereux marqué par d’importantes crises politiques aux frontières du pays : Tunisie, Libye, Mali, Sahara occidental.

Au plan national, la situation s’avère délicate avec la maladie du président qui intervient à la veille du scrutin présidentiel d’avril 2014 et au moment de la révision de la Constitution. Les difficultés s’observent également sur le plan économique. Tous ces éléments favorisent l’apparition de signes de durcissement, de part et d’autre.

Cela fait deux ans que le gouvernement répond positivement aux revendications salariales qui émanent de tous les secteurs. L’objectif était de favoriser un certain rattrapage du pouvoir d’achat des salariés, pouvoir d’achat largement érodé au cours des années 1990. Un nouveau discours se dessine cependant, suite aux recommandations de la présidente du FMI.

Le ministre des Finances envisage désormais de geler les augmentations de salaires. Karim Djoudi appréhende « l’effet d’une augmentation démesurée des salaires dans les prochaines années ». Il prône une « politique d’équilibre budgétaire. »

Le gouvernement tenté par une ligne dure

Sit in de syndicalistes de la santé ( photo archives SNPSP)
Sit in de syndicalistes de la santé ( photo archives SNPSP)
La gestion des conflits se fait plus ferme : utilisation de la justice pour déclarer certaines grèves non conformes à la réglementation, non-paiement des journées de grève, refus de recevoir certains partenaires sociaux et, surtout, de répondre favorablement à leurs revendications...

C’est notamment le cas dans le secteur de la santé où le ministre a déclaré publiquement son refus « de réviser le statut particulier et le régime indemnitaire » des corps communs. Abdelaziz Ziari considère par ailleurs que le dossier des primes de contagion des travailleurs des corps communs « est définitivement clos. »

Les grévistes, de leur côté, ne semblent guère intimidés par toutes ces mesures coercitives et par ces différentes déclarations. Ceux de la santé ont refusé d’obtempérer à la décision de la Chambre administrative près le tribunal d’Alger qui a déclaré illégale leur grève de trois jours menée les 6, 7 et 8 mai 2013.

Ils maintiennent leurs revendications et poursuivent leur mouvement d’arrêt de travail tournant. Ils menacent même de passer de la grève cyclique à une grève illimitée si la tutelle refuse de « négocier sérieusement ».

Grande détermination des salariés et chômeurs

La détermination des salariés semble d’autant plus grande qu’ils sont indignés par les affaires de corruption (hydrocarbures, travaux publics, pêche…) qui éclaboussent régulièrement de hauts dignitaires.

Alors que le gouvernement refuse de satisfaire les revendications de certaines catégories, la presse rapporte quasi quotidiennement que des milliards de dollars issus de la corruption échappent à l’État. L’impunité des gros corrompus qui passent toujours entre les mailles du filet de la justice choque également.

Le salaire minimum ne dépasse pas les 18 000 dinars (180€) et nombre de salariés et de retraités ne perçoivent même pas la moitié de cette somme…

La hausse continue du coût de la vie (alimentation, habitat, santé…) pousse les salariés à défendre leur pouvoir d’achat laminé. La contagion du mécontentement et des luttes sociales est perceptible.

Les chômeurs et travailleurs précaires ne sont pas en reste qui manifestent régulièrement dans les différentes villes du sud… et du nord.

L’épineux problème du chômage

Le gouvernement pousse les jeunes chômeurs à créer leurs propres entreprises en leur accordant des crédits à taux zéro, des exonérations et autres facilités. La police a proposé de son côté d’ouvrir des milliers d’emplois permanents : 6 000 pour le seul Grand sud.

Ces mesures peuvent-elles répondre efficacement aux défis auxquels le pays est confronté ? Les jeunes Algériens peuvent-ils tous se muer en commerçants, industriels et policiers ?

On touche ainsi aux limites d’une politique économique basée sur l’importation massive de marchandises qui étouffe et tue à petit feu la production industrielle locale. La part de celle-ci dans le produit intérieur brut (PIB) est passée de près de 28% au début des années 1980 à 5% en 2012.

Pour un nombre croissant d’économistes, la résolution du problème du chômage passe prioritairement par une politique d’investissements industriels massifs abandonnée depuis trois décennies maintenant. La création de petites et moyennes entreprises n’a de sens et de viabilité économique que si elles se structurent autour de grands pôles industriels.

La politique de grands travaux d’infrastructures (routes, autoroutes, voies ferrées…) initiée depuis dix années s’avère utile, mais elle ne crée pas une économie productive.

Or, l’attente messianique d’investissements directs étrangers et la relève de l’investissement public par l’investissement privé n’ont pas entrainé les effets escomptés par les pouvoirs publics.

Difficile de voir, en l’absence d’une impulsion industrielle initiée par les autorités, comment le problème du chômage qui frappe durement la jeunesse avec un taux officiel de plus de 21% pourrait connaître un début de résolution.


A. Belkessam, à ALGER


Lundi 13 Mai 2013



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Commentaires

1.Posté par syfax34 le 13/05/2013 10:25
L' Algérie qui n'a pas de dette a prêter de l'argent au FMI pour la misère en Europe.
L' Algérie n'a jamais été aussi riche depuis la régence d'Alger, le PIB n'a jamais été aussi haut. Bien sûr l'économie dépend du prix du baril donc les salaires ne peuvent pas être excessivement augmentés dans le cas ou le baril de pétrole descend en-dessous des 100 dollars.
L' Algérie serait je pense dans moins de 20 ans plus riche que l' Espagne et l' Italie si on ne la déstabilise pas de l'extérieur avec des marionnettes algérienne de l'intérieur.

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2.Posté par propagande le 13/05/2013 17:13
Contrairement à certains partis algériens en mal de publicité et très peu représentatifs des aspirations de la population algérienne, qui ne croit pas à leurs discours ictériques. Quel sont donc les objectifs de ceux qui propagent ces contrevérités ? Pour parler langage militaire pourquoi font-il de la diversion ?
Ce sont justement ceux qui veulent envenimer les relations algéro-américaines et algéro-européennes, n’ayant pas de divergences stratégiques entre les USA et l’Europe (parfois des divergences tactiques de court terme) qui tiennent ce genre de discours, pour des raisons idéologiques, invoquant toujours ce slogan de l’impérialisme alors que le monde communiste a fait faillite de par le monde.
Veulent-ils encore vendre des rêves au peuple algérien , en diabolisant le secteur privé international et national, population qui est consciente des grands enjeux , qui n’a pas besoin de recevoir des leçons de nationalisme.
Ces partis veulent-ils isoler l’Algérie par une dictature celle du prolétariat fondement de leur idéologie, en l’isolant comme la Corée du Nord du reste du monde ?
Les Etats-Unis d’Amérique, l’Europe ainsi que les Russes et Chinois lors des derniers évènements d’attentats terroristes à Ain Amenas ont fortement souligné le professionnalisme des forces de sécurité algériennes et l’Algérie constitue dans l’échiquier de la région un élément clef de la lutte antiterroriste du fait qu’elle est une puissance militaire régionale et de l’expérience acquise depuis des décennies dans ce domaine.

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