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Les start-ups comme réponse à la crise grecque


Dans le marasme économique grec, quelques entreprises réussissent grâce à leur esprit d'innovation mais aussi parce qu'elles ont appris à mettre en commun leurs forces.



Penny Vomva, créatrice de mode (photo Angélique Kourounis)
Penny Vomva, créatrice de mode (photo Angélique Kourounis)
GRECE. Penny Vomva, jeune créatrice de 35 ans, jette un dernier regard sur ses créations de  la saison, des robes, des sacs, des bijoux et cette année, pour la première fois, des maillots. Créations qui n’ont rien à envier aux défilés de mode parisiens.

Voici quatre ans, elle ouvrait son atelier-magasin baptisé « Rien » dans l’ancienne boutique de son grand-père située dans une banlieue défavorisée d’Athénes, Kolonos.

Comme les banques ne prêtent plus à qui que ce soit, huit demandes de prêts sont retoquées aux guichets, c’est sa maman qui lui a «prêté»  la mise de départ, nécessaire à l’achat de matières premières.

Pour meubler son atelier, très beau, très stylisé, elle a essentiellement récupéré des meubles dans la rue qu’elle a elle même retapés.
Aujourd’hui, sans financement extérieur, elle s’est lancée dans la vente sur Internet et a ouvert une deuxième boutique sur l’île de Mykonos.

Partie de "Rien" mais du talent à revendre

Penny Vomva dans son atelier magasin (photo Angélique Kourounis)
Penny Vomva dans son atelier magasin (photo Angélique Kourounis)
Via internet elle travaille aussi avec Londres, le Koweït et le Liban, mais son rêve reste d’ouvrir une boutique à Paris, «Nous avons été créé en 2010» se souvient elle «mais les premiers bénéfices sont venus deux ans plus tard au pire moment de la crise. »

La boutique de Mykonos lui permet de tenir celle d’Athènes et de réinvestir, «Je fais très attention» souligne-t-elle,  «Aucun frais superflu et pour l’instant, une seule vendeuse d’embauchée. Je fais tout moi même mais je fais aussi travailler les meilleurs artisans du pays

«L’entreprise» de Penny fait parti de ce qu’il est désormais convenu d’appeler «le phénomène start-up» en Grèce.

«Avec 62% de chômage parmi les moins de 35 ans, les jeunes Grecs n’ont plus le choix» explique Savas Rombolis de l’Institut du Monde du Travail.
«Avant, le rêve des jeunes était d’avoir une place dans le public. D’être fonctionnaire et avoir la sécurité de l’emploi. Désormais ils savent que le secteur public ne peut pas les faire vivre. Maintenant soit ils partent soit ils restent et se lancent tout seuls

Dans la crise c'est surtout l'exportation qui fait vivre

L’essentiel des start-ups qui fleurissent un peu partout se compose surtout des cafés alternatifs ou des snacks bar branchés qui poussent comme des champignons. A tel point que beaucoup n’hésitent pas à parler «d’une économie de café frappé» boisson très en vogue de ce côté de l’Europe.

Mais là ou les Grecs surprennent, c’est dans le secteur de la haute technologie et de la nano-technologie avec l’explosion d’applications pour Smartphones. Par exemple le fameux Taxibeat qui permet de trouver via son smartphone rapidement un taxi, avec le moyen de choisir le type de voiture, les services à bord, un chauffeur particulier et, must du must, donner une note à cette performance.
 
Autre start -up florissante : Pinnata. Crée voici trois ans, elle propose des cartes de vœux électronique avec message personnalisé sur smartphone.

A l’ère de l’internet ce marché vaut près de 40 mrds €. Georges Spanoudakis et ses six collaborateurs l’ont saisi au vol.
Ils ont fait un tabac et entament leur troisième appel de fonds. Les investisseurs chinois, russes et américains en redemandent.

L’année dernière Pinnata a même levé plus d’un million d’euros.

Corallia : trois mousquetaires pour la vraie croissance

Désormais chaque année de nouvelles sociétés veulent faire partie du pôle de compétitivité Corallia (photo Angélique Kourounis)
Désormais chaque année de nouvelles sociétés veulent faire partie du pôle de compétitivité Corallia (photo Angélique Kourounis)
A la tête de cette vague, Corallia, un pôle de compétitivité, ou cluster,  qui veut d’une part rassurer les investisseurs, et d’autre part mettre en relation le monde des affaires avec celui des jeunes et de la recherche.

Corallia porte dans son nom son ambition,  «Co- veut dire collaboration, -rally- compétition et Alliance veut dire coopération» explique Vasilios Makios, ancien professeur et cofondateur de Corallia dont le but se veut double : arrêter la fuite des cerveaux dans le pays et y amener de la richesse.

«Aucun produit touristique ne peut être vendu 2,5 mrds €. Une application électronique oui !»  souligne avec malice et conviction Vasilios Makios qui veille à ce que chaque année les meilleurs éléments des universités grecques partent se former quelques trimestres aux  États-Unis.

Les fonds européens financent à 50 % les 10 M€ de budget annuel de Corallia d’autant qu’à côté de l’unité dédiée aux jeux électroniques avec vingt cinq sociétés, et à celle de la micro-électronique, Corallia développe une unité spécifique à l’aérospatiale avec vingt trois sociétés.

« Nous essayons de transposer dans l’espace les réussites de l’industrie militaire grecque très importante ces vingt dernières années» explique Jorge Sanchez–Papaspiliou, directeur financier de l’entreprise, «mais notre plus grande réussite reste d’avoir pu mettre en contact les  entreprises d’un même secteur. Ce n’était pas gagné d’avance mais nous avons pu convaincre que tous ensemble, nous pouvions réussir beaucoup plus de choses.»

La plus-value c'est l'innovation, pas la réduction des salaires

De g à dr: J. Sanchez, V. Makios, N. Bogiatzis (photo Angélique Kourounis)
De g à dr: J. Sanchez, V. Makios, N. Bogiatzis (photo Angélique Kourounis)
Cependant, Nikos Bogiatzis, co-fondateur et  responsable du développement industriel de Corallia, tempère l’engouement pour les start-up. 

«Elles demeurent une partie de la solution du problème, mais ne sont pas LA solution. Pour nous en sortir, nous avons besoin des start-ups et des grosses industries.» Et, cet homme responsable également du programme spécifiquement adressé aux jeunes, de préciser «Nous ne subissons pas la crise qui touche le reste du pays parce que notre clientèle est mondiale,» mais, assène-t- il «si la Grèce améliore sa compétitivité, ce n’est pas parce qu'elle baisse ses salaires, comme le veut la Troïka, mais parce qu’elle apporte quelque chose dans la recherche, l’innovation et les nouvelles idées. Elle est LA plus-value du pays. Il est plus important d’avoir quelque chose 1 000 fois plus innovateur que ce qui existe sur le marche mondial que quelque chose de juste 10% moins cher.»




Angélique Kourounis et Thomas Iacobi, à ATHENES


Mercredi 4 Juin 2014



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Commentaires

1.Posté par Imbert de Dion le 06/06/2014 02:33
Je pense que c'est exactement le genre de solutions que devraient adopter nombre de Pays du Sud y compris la France et qu'en plus, il faudrait mettre en place des synergies intra-Européennes pour renforcer l'ensemble...!!!!
Serait-il possible d'avoir les coordonnées de CORALLIA....?????

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