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Les politiques et les patrons marocains approuvent le rapprochement avec l’UE mais restent vigilants


Très favorables au statut avancé, chefs d'entreprises comme politiques marocains demandent cependant des éclaircissements notamment sur le déficit commercial.



Mbarka Bouaïda et Fatiha Layadi, les deux députées marocaines sur la même longueur d'ondes concernant l'Europe  (photo F.Dubessy)
Mbarka Bouaïda et Fatiha Layadi, les deux députées marocaines sur la même longueur d'ondes concernant l'Europe (photo F.Dubessy)
MAROC / UNION EUROPÉENNE. Engagés dans le statut avancé avec l’Union européenne depuis octobre 2008, le Maroc fourbit ses armes (Lire : Le Maroc s’engage vers un rapprochement irréversible avec l’Union européenne).

La mise à jour du plan d’action entre ces deux entités devra être décidé d’ici à la fin de l’année 2010. Sans doute à l'occasion de la réunion du Conseil d’association UE/Maroc dont la date reste encore à déterminer. « Ce plan d’action deviendra une feuille de route » résume Eneko Landaburu, chef de la délégation de l'Union européenne au Maroc.
 

En mai 2010, une première réunion de la CPM (Chambre Parlementaire Mixte) qui regroupe les parlementaires marocains et européens, a permis de valider un programme de travail avec la formation de binômes. Fin septembre 2010 devrait se dérouler un première évaluation lors d’une seconde réunion autour de plusieurs sujets : la sécurité, l’Union pour la Méditerranée (UpM), la régionalisation, les accords commerciaux et les flux migratoires.

 

« Il faut institutionnaliser le dialogue entre les deux parlements. Il y a encore deux ans, le statut avancé restait entre les mains du gouvernement » insiste Mbarka Bouaida, députée marocaine du Rassemblement National des Indépendants (RNI) depuis 2007 et vice-présidente de la CPM. Un discours relayé par une autre députée, Fatiha Layadi, du nouveau Parti Authenticité et Modernité (PAM) : "jusque là les parlementaires étaient en observateurs sur ce dossier. D'ici à la fin de l'année nous devenons partenaire à part entière pour la démocratie."  


Des sujets qui fachent entre Maroc et Union européenne

Les indicateurs sont au vert selon Abdellatif Bennani (photo F.Dubessy)
Les indicateurs sont au vert selon Abdellatif Bennani (photo F.Dubessy)

Mais attention, même si, petite pique ironique, Abdellatif Bennani, directeur du Budget, lance « le Maroc réalise déjà depuis des années les critères de Maastricht », le rapprochement aura ses limites comme le rappelle Eneko Landaburu : « ce pays ne va pas devenir un pays européen. » La tentative avortée de1987 du Maroc demandant son adhésion ne se reproduira pas.
 

Reste que tout n’est pas mieux dans le meilleur des mondes. Et si d’un côté, l’Europe parle droits de l’homme, de l’autre, on n’hésite pas, dans le Royaume chérifien, à évoquer aussi les sujets qui fâchent. "Nous sommes très proches avec l'Europe mais aussi différents. Notamment sur les méthodes de travail" prévient Mbarka Bouaïda.

Nabil Adghoughi, directeur des Affaires européennes au Ministère des affaires étrangères marocain, se veut plus direct  : « depuis 2000, le déficit commercial s’est creusé vis-à-vis du Maroc. Il faut un rééquilibrage de la balance des échanges commerciaux. L’objectif n’est pas de réduire les importations mais d’accroître les exportations

 

En 2000, les exportations du Maroc vers l’UE représentaient 6 mds€. En 2008, elles atteignaient les 8,1 mds€. Dans le même temps, les importations passaient de 7,3 mds€ à 14,6 mds€. Des chiffres très parlants.

 

Certes, comme le précise Abdellatif Bennani, « la croissance a été jusqu’alors tirée par la consommation intérieure et les investissements publics qui ont été multipliés par quatre de 2002 à 2010 avec une enveloppe de 162,6 mdsMAD (14,75 mds€) et nous attendons une croissance de 5,3% du PIB en 2010.» Mais, il faudra bien aller chercher de nouveaux débouchés à l’extérieur pour continuer à alimenter la progression de l’économie marocaine. La CGEM, Confédération Générale des Entreprises Marocaines, travaille d’ailleurs sur le dossier de la dynamisation des exportations.   


Les visas plus chers que les billets d'avion

Les patrons marocains, ici Mohammed Tamer vice-président de la CGEM, restent vigilants (photo F.Dubessy)
Les patrons marocains, ici Mohammed Tamer vice-président de la CGEM, restent vigilants (photo F.Dubessy)

Autre thème, les patrons marocains s’interrogent sur l’empressement de l’UE à conclure les négociations sur la libéralisation des services, la dernière étape de l’accord d’association avant le statut avancé. « Ces négociations arrivent juste après celles sur l’agriculture conclues en novembre 2009. Pour l’instant, nous avons l’impression que cet accord ne sera réalisé que dans un an ou un an et demi. L’UE semble pressée d’ouvrir des négociations sur les services avec des conclusions alors que nous avons déjà un accord sur l’agriculture qui n’a pas encore été ratifié, et nous ne savons pas quand il le sera » note Mohammed Tamer.
 

Également, l’accord d’Open Sky, le premier signé par un pays maghrébin avec l’Europe, se trouve terni par la politique des visas. « Avec les vols low cost, le visa devient plus cher que le billet d’avion sur certaines destinations européennes » se plaint Nabil Adghoughi. Une antienne entendue chez plusieurs interlocuteurs à Rabat et Casablanca. Ainsi Mohammed Tamer, vice-président de la CGEM, qui met en exergue la nécessité d’ « améliorer la liberté de circulation des personnes. Si les ingénieurs ou les consultants n’ont pas le droit de se déplacer, les concessions faites sur la libre circulation des biens et des services ne serviront à rien. Nous demandons donc une garantie de liberté de circuler entre l’UE et le Maroc. »


La corruption reste un fléau

Chez Transparency Maroc on continue à déplorer les faits de corruption (photo F.Dubessy)
Chez Transparency Maroc on continue à déplorer les faits de corruption (photo F.Dubessy)
Chez Transparency Maroc on continue à déplorer les faits de corruption (photo F.Dubessy)
Chez Transparency Maroc on continue à déplorer les faits de corruption (photo F.Dubessy)

A régler aussi le problème de la corruption. « En 2009, nous avons obtenu un statut d’utilité publique qui nous permet d’ester en justice si nous pouvons apporter des preuves. » Une véritable révolution pour Saâd Filali Meknassi, chargé du projet Formation de l’accès à l’information, à Transparency Maroc.

 

Grâce à des fonds fournis, notamment par l’ambassade des Pays-Bas à Rabat, cette association créée en 1996 mais reconnue seulement en 2002, a lancé un observatoire et un centre d’assistance juridique anti-corruption en janvier 2009. « Nous avons recensé 500 plaintes depuis le début et ouvert 300 dossiers. Les secteurs les plus touchés sont la police, la gendarmerie et la santé » explique le responsable de Transparency Maroc. Ce sont encore les Néerlandais, cette fois via leur ministère des Affaires étrangères, qui financent le projet sur le Droit d’accès à l’information. Il pourrait déboucher sur une loi. A noter que le Maroc a ratifié en 2008 l’accord des Nations-Unis contre la corruption.

 

« Le système judiciaire ne fonctionne pas alors que c’est un des moyens pour lutter contre la corruption. Il existe un déphasage entre le discours et la réalité » reconnaît cependant un autre membre de Transparency Maroc.Le gouvernement marocain travaille sur une loi pour protéger les dénonciateurs de la corruption.
 

Le vice-président du patronat marocain, Mohammed Tamer, reconnaît les progrès accomplis en la matière : « Voici dix ans, la douane marocaine était un cauchemar. Maintenant avec la dématérialisation des procédures, une entreprise peut avoir accès au système, calculer les droits de douane et émettre ses quittance et e-payement. » 
   
 

Lire aussi : Le Maroc s’engage vers un rapprochement irréversible avec l’Union européenne
Les problèmes migratoires marocains se heurtent au concept de réadmission

Les droits de l’homme restent le principal frein au rapprochement entre le Maroc et l’Union européenne

 

A SUIVRE : Retrouvez du 28 juin au 2 juillet 2010 notre enquête sur le rapprochement entre Maroc et UE.
 

Le 30 juin 2010 lisez l'article : "Les droits de l’homme restent le principal frein au rapprochement entre le Maroc et l’Union européenne."



Frédéric Dubessy, à RABAT et CASABLANCA


Mardi 29 Juin 2010



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