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« Les pays n’aident pas suffisamment les immigrés et leurs enfants à s’intégrer »


L’Union européenne et l’OCDE lancent un rapport conjoint sur l’intégration des immigrés. C’est la première fois qu’une grande comparaison internationale est réalisée.



L'UE compte 52 millions d'immigrés (photo CC-E.Boscarol)
L'UE compte 52 millions d'immigrés (photo CC-E.Boscarol)
EUROPE DU SUD. L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et la Commission européenne lancent jeudi 2 juillet 2015 un rapport conjoint analysant l’intégration des immigrés et de leurs enfants dans tous les pays de l’UE et de l’OCDE. Ce rapport « Les indicateurs de l’intégration des immigrés 2015 – Trouver ses marques » est la première grande comparaison internationale, au travers de vingt sept indicateurs clés dans des domaines allant de l’emploi et de l’éducation aux revenus et à la santé, en passant par la cohésion sociale.

Dans l’Union européenne, 16% de la population se trouve issue de l’immigration (individu soit né à l’étranger, soit descendant d’au moins un parent immigré). C’est 18% en moyenne dans tous les pays de l’OCDE. L’Union européenne compte ainsi 52 millions d’immigrés (33,5 millions originaires de pays tiers).

En moyenne, dans la zone UE et OCDE, la population immigrée a augmenté de 30% depuis 2000.

En Europe, le taux de chômage des immigrés reste une préoccupation majeure. Dans l’ensemble de l’UE, il s’élève à 16 % chez les immigrés, contre 10 % chez les personnes nées dans le pays. Les taux demeurent les plus élevés en Espagne et en Grèce, avec plus d’un immigré sur trois au chômage, ainsi qu’au Portugal (20,6%). En France, 15,9% des immigrés sont au chômage (7 points de plus que la population née dans le pays).

En France, l’intégration des immigrés devient aussi difficile que dans l’Europe du Sud

En France, où plus d’un quart de la population est issue de l’immigration, l’intégration reste très difficile. Que ce soit pour l’accès au marché du travail, le taux de chômage, le niveau d’éducation ou le taux de pauvreté, elle affiche des résultats comparables aux pays d’accueil récents (Grèce, Portugal, Espagne, Italie), durement touchés par la crise économique de 2007-2008. Ainsi, moins de trois immigrés sur cinq en France disposent d'un emploi. 30% des ménages immigrés vivent en situation de pauvreté relative, contre 13% des autres ménages. 43% des immigrés d’âge actif sont peu ou pas diplômés (contre 33% dans l’UE). Ce faible niveau d’éducation explique largement les difficultés d’intégration.

« La France fait face en matière d'intégration des immigrés et de leurs enfants à des défis persistants, en dépit d'une longue expérience en matière d'accueil des immigrés », note le rapport. En Europe du Sud, l’immigration date de la première moitié des années 2000, tandis que la France connaît une histoire migratoire plus ancienne et des flux plus diversifiés.

En revanche, comparée au reste de l’Europe, la situation en France semble plus favorable sur les questions de logement, de déclassement, d’accès au système de santé ou à l’emploi public.

Inégalités de revenus et pauvreté

En matière d’inégalités de revenus entre immigrés et personnes nées dans le pays, la situation devient particulièrement dramatique en Grèce où le revenu médian des ménages immigrés atteint à peine la moitié de celui des ménages autochtones, ce dernier étant déjà très bas en comparaison internationale. A l’inverse, les inégalités demeurent moins marquées entre ces groupes en Allemagne, en Suisse et dans les pays d’Europe centrale et orientale.

En moyenne, le revenu annuel médian des personnes vivant en ménages immigrés se situe à environ 15 000 € dans l’ensemble de l’Union européenne. Ce revenu reste inférieur à celui des ménages autochtones de plus de 13 % dans l’UE.

En 2012, un tiers des personnes vivant dans un ménage immigré connaît une pauvreté relative. Avec des situations très hétérogènes selon les pays. Dans les pays d’immigration récente du sud de l’Europe (Espagne, Grèce, Italie), près de deux immigrés sur cinq sont pauvres, contre un natif sur cinq. C’est en effet dans ces pays qu’une grande partie des immigrés occupent des emplois peu qualifiés et peu rémunérés.

Les jeunes issus de l’immigration souffrent de discrimination

« Le lieu de naissance de vos parents influence encore beaucoup vos chances de réussite dans la vie », a déclaré Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE, lors du lancement du rapport. « Les pays n’aident pas suffisamment les immigrés et leurs enfants à s’intégrer.  Ce rapport tire la sonnette d’alarme et souligne la nécessité de renforcer les politiques d’intégration en vue de tirer le meilleur parti de l’immigration, pour nos économies et nos sociétés, mais aussi pour les immigrés eux-mêmes. »

Comme dans d’autres pays européens, les jeunes nés en France de parents immigrés se sentent davantage discriminés que les immigrés eux-mêmes (27 % contre 17 %) et souffrent du manque de perspectives d’emploi.

Dans l’Union européenne, les jeunes immigrés dont les deux parents sont nés à l’étranger ont de l’ordre de quatre points de pourcentage de plus de risques de n’être ni en emploi, ni scolarisés, ni en formation (NEET) que les jeunes non issus de l’immigration. En revanche, dans les pays non européens de l’OCDE, ces jeunes immigrés affichent des taux de NEET similaires à ceux de leurs homologues dont les parents sont nés dans le pays.

Dans l’Union européenne, le taux de chômage des jeunes parmi les enfants d’immigrés nés dans le pays est de près de 50 % supérieur au taux des jeunes dont les parents sont nés dans le pays. En revanche, dans les pays de l’OCDE non membres de l’Union européenne, les taux s'avèrent similaires.




Jeudi 2 Juillet 2015



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Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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