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Les pays méditerranéens s'investissent contre le changement climatique


Réunis à Athènes, politiques, scientifiques et investisseurs reconnaissent la nécessité d'amorcer en Méditerranée une approche de développement économique basé sur les énergies renouvelables.



Les pays méditerranéens prêts à collaborer sur les problèmes de climat (photo F.Dubessy)
Les pays méditerranéens prêts à collaborer sur les problèmes de climat (photo F.Dubessy)
GRECE / MEDITERRANEE. Au cours du Mediterranean Green Development Investors Forum, les ministres de plusieurs pays méditerranéen ont affirmé, aux côtés des scientifiques et des investisseurs, la nécessité de répondre par des projets concrets aux aléas des changements climatiques qui vont toucher la région méditerranéenne. 

La réunion que se tenait le 23 octobre 2010 dans la station balnéaire de Vouliagmeni, près d'Athènes, se voulait le prolongement logique de l'initiative sur le changement climatique en Méditerranée signé la veille à l'appel de George Papandreou, premier ministre grec (lire : Georges Papandreou lance l'initiative sur le changement climatique ).

Le professeur Jeffrey Sachs, directeur de l'Institut de la Terre (Université de Columbia), se félicite des "grandes percées politiques qui vont permettre de démarrer des programmes réels. Cette initiative sur le climat méditerranéen repose sur trois piliers fondamentaux : les éléments économiques avec l'idée de développement durable, la sécurité car, nous vivons dans un monde de grande tension énergétique, et l'environnement qui est décisif pour arriver à une économie à faible émission de carbone.

La Grèce en pointe

Jeffrey Sachs demande un grand changement dans les mentalités (photo F.Dubessy)
Jeffrey Sachs demande un grand changement dans les mentalités (photo F.Dubessy)
Promoteur d'un développement vert, Jeffrey Sachs connaît cependant le chemin à parcourir  : "Rien n'est simple malheureusement ! Le monde moderne des deux cent dernières années s'est construit sur les énergies fossiles. 
 
Il faut maintenant un grand changement. Mais, les signaux du marché ne suffisent pas pour initier ce changement. Il faut une transformation mondiale et c'est un grand défi.L'énergie verte est la moins chère mais pas la meilleure marché ! "

En pointe sur le dossier la Grèce veut devenir le leader de ce changement de mentalité en Méditerranée. "Nous avons toujours dit que le modèle économique de notre pays doit être celui d'un développement à faible taux de carbone. Il faut créer ainsi de nouveaux postes de travail" souligne son premier ministre.

La crise économique n'est pas une entrave au développement vert

George Papandreou lance l'initiative méditerranéenne contre le changement climatique (photo F.Dubessy)
George Papandreou lance l'initiative méditerranéenne contre le changement climatique (photo F.Dubessy)
George Papandreou balaie d'une main les timorés qui se réfugient devant les problèmes économiques pour retarder le développement vert. " La crise économique ne doit pas être considérée comme une entrave à la lutte contre les changements climatiques. Le développement doit être vert ! 
 
Nous avons pris nos fonctions voici un an pour faire face à un véritable chaos fiscal et nous avons réussi en un an à sauver la Grèce du risque de faillite. Nous appliquons des changements structurels profonds pour que notre économie soit viable à long terme. Notre ancien mode de développement a conduit à cette crise. Nous devons donc investir dans un nouveau modèle, mettre en place des incitations pour tout investissement concernant l'économie verte et développer des partenariats stratégiques avec les pays voisins pour relier nos réseaux d'énergie. 
 
La Grèce veut être pionnière dans ce domaine, proactive et promouvoir ce développement vert via l'Union européenne mais aussi à l'échelle internationale." Et d'insister sur le sujet, "il ne s'agit pas seulement d'un besoin d'environnement ou énergétique, c'est aussi un élan important à prendre pour permettre à l'économie mondiale de sortir de la récession !"

80% des projets concernent l'éolien

A ce sujet, Thomas Rueschen, chef du service financement d'actifs et crédit-bail à la Deutsche Bank, note qu' "en région méditerranée, la crise économique a fait baisser le nombre de projets en 2009 et en 2010, ils sont de meilleurs qualité après l'explosion de la bulle énergétique.

56% des projets financés par sa banque se situent en Espagne et 80% concerne l'éolien. Thomas Rueschen prévient : "il faut être compétitif à l'international pour que les investisseurs choisissent la Méditerranée et pas une autre partie du monde. Nous ne pensons pas que le secteur bancaire pourra financer à la même hauteur qu'avant la crise."  Pour le responsable de la Deutsche Bank, "il faut une volonté politique, un engagement au plus haut niveau avec des objectifs clairs et à long terme pour rassurer les investisseurs. Les finances publiques étant ce qu'elles sont, il faut trouver une solution pour réduire les coûts, sinon le vert aura un problème de crédibilité Le public n'est pas prêt à payer indéfiniment des subventions. Aujourd'hui, il est devenu d'autant plus important de convaincre les investisseurs privés. Les PPP (Partenariat public privé) s'impose."

Pour Panayiotis Roumeliotis, secrétaire général à l'énergie de l'Union pour la Méditerranée, l'important reste d'"améliorer les estimations financières reliées aux projets, de coordonner et structurer les divers outils de financement projets par projets, et d'organiser les projets avec les politiques nationales. Ces trois conditions permettront d'attirer les investisseurs."

Nous devons apprendre des erreurs des autres

Les ministres de l'environnement méditerranéens oublient leurs clivages (photo F.Dubessy)
Les ministres de l'environnement méditerranéens oublient leurs clivages (photo F.Dubessy)
Grammatiki Tsingou-Papadopetrou, directrice générale de la Direction des projets    à la Banque européenne d'investissement   (BEI), l'assure : "le financement est là lorsqu'il s'agit de bons projets dans un cadre de stabilité et prévisibles. Pour les technologies non mature, il y aura toujours besoin de subventions."

Lors de cette réunion près d'Athènes, les ministres de l'environnement d'une quinzaine de gouvernements, ont approuvé, malgré leurs contentieux politiques, le discours de leur hôte et son appel à travailler ensemble sur la question. 

Pour Demetris Eliades, ministre chypriote de l'agriculture, des ressources naturelles et de l'environnement, "Chypre est prêt à participer à des projets régionaux.  La crise est là pour nous rappeler qu'il faut devenir plus fort, nous tourner vers une protection de l'environnement plus dynamique. Le changement climatique ne constitue pas une menace, un danger qui peut arriver mais est déjà une réalité. C'est un défi et une opportunité. Notre pays a créer un fonds spécial pour le développement des énergies renouvelables : photovoltaïque, biomasse et géothermie. Il est financé par une taxe verte sur la consommation électrique. Nous prévoyons aussi de mettre en place une politique pollueur/payeur dans le cadre de tout investissement. Même en cas d'investissement vert. "

Ministre albanais de l'environnement, Fatmir Mediu note que "la Méditerranée a un énorme potentiel touristique mais que son développement doit reposer sur des critères environnementaux. Nous devons apprendre des erreurs des autres !

La Grèce donne d'ailleurs l'exemple à suivre. Une nouvelle loi vient d'être promue pour créer des parcs éoliens sur les îles grecques qui ont le plus gros potentiel en Europe. L'objectif est de donner une indépendance énergétique à ces îles. Parallèlement, un budget de 9,5 mds€ a été voté pour rendre les bâtiments publics des villes d'Athènes et de Thessalonique plus efficaces en économie d'énergie.  "La Grèce doit devenir une économie verte très rapidement pour permettre une croissance et une prospérité sans aucun problème environnemental ' affirme George Papandreou.

Son ministre du développement régional et de compétitivité lui emboîte le pas. "Nous nous engageons dans un double pari : la nécessité de sauver notre pays du point de vue budgétaire en assainissant notre économie et le besoin de créer un nouveau modèle de développement pour éviter de sortir de la crise avec un modèle identique à celui du passé qui nous amènerait encore vers l'échec. L'environnement est pour nous source de développement. Au quotidien, l'aspect environnemental traverse toutes nos politiques, il se retrouve au coeur de notre nouveau plan de développement " souligne ainsi Michalis Chrisochoidis.

Commissaire européenne pour les affaires maritimes et la pêche, Maria Damanaki, met en garde la volonté du tout éolien pour l'énergie offshore. "Il ne faut pas se limiter à cette technologie mais aussi regarder les solutions utilisant les courants marins, les énergies marée motrice, le carburant à base d'algues..." Et de conclure : "la Méditerranée n'est pas seulement notre mer, mais aussi notre territoire. Notre tâche est de la protéger. Pour cela, si chacun d'entre nous va dans une direction différente, nous n'arriverons pas de sitôt à destination. J'espère donc que nous allons tous suivre la même voie."

Co-organisatrice de l’évènement avec l'I4cense (Institute for climate and energy security), la Banque européenne d'investissement (BEI) a investi 7 mds€ en 2009 sur les énergies renouvelables. "La région Mena a de grandes ressources en énergie renouvelable, notamment en solaire et en éolien. Le Plan solaire méditerranéen financé par la FEMIP prévoit de développer 20 GW d'ici à 2020. Environ 10 GW de projets existent déjà donc 2 GW en stade avancé de développement mais seulement 0,6 GW avec un plan financier" commente Plutarchos Sakellaris, vice président grec de la BEI. Seul l'éolien reste compétitif par rapport aux autres énergies. Le photovoltaïque devrait être compétitif avant 2020 mais en attendant, les projets photovoltaïques devront être subventionnés. "Une politique à long terme est donc nécessaire. Le vent n'est pas suffisant" note Plutarchos Sakellaris.

"Pourquoi le photovoltaïque est très développé en Allemagne ? Ce n'est pas grâce au taux d'ensoleillement de ce pays qui n'est pas le plus important en Europe,  ni des surfaces disponibles. C'est tout simplement parceque l'initiative de le développer a été prise !" affirme Grammatiki Tsingou-Papadopetrou pour mieux mobiliser les pays méditerranéens autour de cette problématique. 


Frédéric Dubessy, à ATHENES


Lundi 25 Octobre 2010



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