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Les pays méditerranéens fustigent l'intervention d'Israël contre la flotille humanitaire


Les réactions se multiplient en Méditerranée après l'intervention de l'armée israélienne contre le convoi humanitaire en route vers Gaza. Les titres de la presse sont durs, même en Israël, et la rue fulmine.



Le raid israélien sur le convoi humanitaire est condamné dans tous les pays méditerranéens (photo DR)
Le raid israélien sur le convoi humanitaire est condamné dans tous les pays méditerranéens (photo DR)
MEDITERRANEE / ISRAEL / TERRITOIRES PALESTINIENS. Après l'intervention du commando de quatorze hommes de l'armée israélienne, dans les eaux internationales, le lundi 31 mai 2010 pour stopper un convoi humanitaire de 10 000 tonnes de vivres et médicaments destinés à Gaza, les réactions se multiplient. Le mardi 1er juin 2010 de multiples manifestations de protestations se sont déroulées tout autour du bassin méditerranéen alors qu'un premier bilan faisant état de dix morts et cinquante blessés commençait à circuler.

En Espagne, l'émotion est d'autant plus forte que trois Espagnols (dont un journaliste) se trouvaient à bord du bateau attaqué par l'armée Israélienne. Ces ressortissants sont sains et saufs, mais toujours retenus en Israël.

Le président du gouvernement, José Luis Rodriguez Zapatero, a immédiatement convoqué l'ambassadeur d'Israël à Madrid pour protester contre une opération militaire jugée « disproportionnée ».

La réaction la plus virulente est venue du ministre des Affaires Étrangères, Miguel Angel Moratinos : « Il est plus urgent que jamais, non seulement de lever le blocus de Gaza, mais également d'accélérer la recherche d'une solution définitive pour faire cohabiter deux États, dans la paix et la sécurité ».

En France, le président Nicolas Sarkozy s'était tout d'abord contenté d'un communiqué condamnant  "l'usage disproportionné de la force" tout en marquant "l'urgence d'une relance du processus de paix". Le mardi 1er juin lors de son discours au Sommet France - Afrique à Nice, il s'est montré plus virulent. Son ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner, a été tout de suite plus direct : "rien ne saurait justifier l'emploi d'une telle violence que nous condamnons" en demandant une enquête approfondie.

Pierre Lellouche, secrétaire d'Etat français aux affaires européennes parle d'un "incident tragique (qui) ne fait qu’accroître les tensions multiples dans la région, ajouter à l’isolement d’Israël et renforcer les courants les plus extrémistes ». Il en appelle à la mobilisation des Européens "en faveur du règlement du conflit israélo-palestinien."

La Turquie parle officiellement de "terrorisme d'Etat"

Le journal turc Yeni Safak qualifie les auteurs du raid
Le journal turc Yeni Safak qualifie les auteurs du raid
En Turquie, où se trouve le siège de la principale ONG (IHH, association islamiste proche du Hamas) à avoir affrété les six bateaux partis de Chypre pour Gaza dont le navire amiral Mavi Marmara, les réactions restent très fortes.

Lundi 31 mai dès que connu l'assaut, environ 10 000 personnes manifestaient devant le consulat d'Israël à Istanbul, jusqu'à minuit. Le mardi 1er juin, des manifestations se poursuivaient à Ankara, devant la résidence de l'ambassadeur israélien. La presse réagit très fortement et ne fait pas dans la demi-mesure : Yeni Safak, le quotidien islamiste proche du gouvernement, titre ainsi : " Les enfants d'Hitler" (voir photo de la une ci contre).

Les politiques turcs embrayent le pas à l'image du premier ministre Recep Tayyip Erdogan qui, après un discours au Parlement où il a qualifié les incidents de "terrorisme d'Etat", a animé une réunion d'urgence avec son ministre de la défense et les chefs des services de renseignements turcs.

La Turquie prend la tête de la défense des Palestiniens depuis un an pour soigner son nouveau leadership régional.

Condamnation unanime au Maroc

« Méthode inacceptable sur les plans politique, diplomatique et humanitaire » a déclaré le ministre marocain des Affaires étrangères, Taïb Fassi Fihri. « Je réitère le rejet total du royaume du Maroc de ces agissements », a dit le ministre, ajoutant que « Sa Majesté le Roi ne peut que condamner cet acte ignoble perpétré contre l'humanité tout entière ... Cette agression ne sert nullement les efforts déployés pour la poursuite des pourparlers indirects entre palestiniens et israéliens », a-t-il ajouté.

Le Parti de l'Istiqlal (parti au pouvoir) a « fermement dénoncé cette agression ignoble », exprimant sa solidarité avec les membres de la flottille et appelant à "une poursuite pénale des auteurs de ce crime. "

A Rabat, un sit-in de solidarité a été organisé lundi 31 mai 2010 par le Groupe d'action national pour le soutien à l'Irak et à la Palestine. Les participants avec parmi eux des acteurs de la société civile, des acteurs politiques et des défenseurs des droits de l'homme, ont scandé des slogans dénonçant cette « agression barbare » qui s'ajoute "aux crimes commis par Israël à l'encontre du peuple palestinien". Les participants ont appelé à une « mobilisation populaire aux niveaux arabe et islamique pour soutenir la résistance palestinienne ».

La Confédération démocratique du travail (CDT) deuxième centrale syndicale marocaine a dénoncé "les méthodes israéliennes fascistes contre les positions humanitaires de solidarité avec un peuple qui souffre depuis plus de soixante ans de l'occupation."

Le ministère des Affaires étrangères algérien a condamné "de la manière la plus énergique, la lâche et criminelle agression perpétrée par l'armée israélienne contre la flottille de la paix qui transporte des militants de la paix ainsi que des vivres pour briser le blocus inhumain imposé aux populations civiles à Gaza depuis juin 2007". Les autorités algériennes demandent par ailleurs "une réaction vigoureuse et unanime de la communauté internationale, y compris au niveau du Conseil de sécurité des Nations unies, pour condamner, de la manière la plus ferme, cet acte sanglant de piraterie internationale [...] afin qu'un tel acte, que réprouve la morale internationale, ne se reproduise plus".

Du côté de la classe politique, la réprobation est totale. Rappelons que trente-deux Algériens, parmi lesquels des membres du Mouvement social pour la paix (MSP), un parti islamiste apparenté au mouvement international des Frères musulmans et qui fait partie de la coalition gouvernementale aux côtés du FLN et du RND,  étaient partie prenante de l'opération de solidarité avec la population de Gaza. Deux d'entre eux auraient d'ailleurs (le conditionnel reste de rigueur) été tués selon des responsables de la Campagne civile internationale pour la protection du peuple palestinien (CCIPPP).

Les citoyens algériens, traditionnellement aux côtés de la cause palestinienne, dénoncent de leur côté avec force cette "nouvelle agression israélienne". Mais, l'état d'urgence en vigueur depuis près de vingt ans interdit toute expression non officielle de solidarité.

"Une agression dangereuse qui risque d'exacerber les tensions dans la région"

Au Liban, l'émotion est d'autant plus forte qu'un de ses ressortissant, Hani Sleimane du Comité libanais Freedom for Gaza, a été blessé par les tirs israéliens. Trois de ses camarades sont encore détenus.

Selon Maan Bachour, membre du même Comité, « Israël n’a pas intérêt à garder trois Libanais prisonniers sur son territoire. Cela va devoir être bien calculé, car avoir des Libanais dans les geôles israéliennes, cela signifie davantage de problèmes pour lui ...Car cela donnerait une raison supplémentaire à la Résistance libanaise — le Hezbollah — de continuer à se battre pour libérer les prisonniers libanais. Ce n’est pas dans l’intérêt d’Israël ». Maan Bachour reconnaît cependant que "l’objectif était évidemment de briser le blocus, comme nous l’avions déjà tenté en février 2009. Mais personne ne s’attendait à une telle réaction de la part des Israéliens ».

Côté politique, Saad Hariri a jugé que « l’attaque israélienne contre le convoi d’aide représente une agression dangereuse et folle qui va exacerber les tensions dans la région ».Quant au président Michel Sleimane, il dénonce « fermement ce massacre qui s’ajoute au record israélien d’actes terroristes et criminels », et parlé de « crime contre l’humanité." Le député du Hezbollah Hassan Fadlallah reprend l'argument « c’est un crime prémédité contre l’humanité qui dévoile au monde la sauvagerie d’Israël et son attitude à l’égard des civils non armés. »

Moubarak ouvre une porte d'entrée sur Gaza

Les journaux israéliens critiquent sévèrement le raid de l'armée (photo DR)
Les journaux israéliens critiquent sévèrement le raid de l'armée (photo DR)

En Egypte, le président Hosni Moubarak a ordonné mardi 1er juin 2010 la réouverture du point de passage de Rafah, seule porte d’entrée à Gaza qui n’est pas contrôlée par Israël, « afin de faire passer les aides humanitaires et médicales nécessaires ».

 

Cette décision répond à la pression exercée par les autres pays arabes ou musulmans et vise à calmer la colère des Egyptiens, dont beaucoup estiment que leur gouvernement est complice du blocus de Gaza en empêchant la circulation des Palestiniens par Rafah.
 

Deux manifestations, lundi 31 mai et mardi 1er juin au Caire, ont rassemblé entre 50 et 100 personnes alors que l’état d’urgence en vigueur en Egypte depuis 1981 interdit théoriquement tout rassemblement. Les manifestants réclamaient la réouverture du terminal de Rafah, le renvoi de l’ambassadeur israélien et scandaient des slogans hostiles au régime de Moubarak. 
 

Le président égyptien avait déclaré lundi 31 mai 2010 que son pays « condamnait l’usage excessif et injustifié de la force par Israël et la perte de vies innocentes qui en a résulté ». Le Caire a convoqué l’ambassadeur israélien en Egypte pour lui faire part de sa « protestation » après l’intervention sanglante contre la flottille internationale qui entendait briser le blocus de Gaza. Quatre Egyptiens, dont deux députés Frères musulmans, étaient présents à bord des bateaux arraisonnés par l'armée israélienne.


Israël coincée entre une défense diplomatique et les attaques de la presse

La presse israélienne qualifie d'échec cette opération,certains parlent même de "Vietnam d'Israël" ou titrent "Une place spéciale en enfer. La deuxième guerre de Gaza, Israël l'a perdue en mer".

Et, alors que  l'ONU vient de demander une enquête sur cet assaut, les diplomates israéliens peinent à justifier en diffusant des images montrant des soldats malmenés et frappés à l'arme blanche (couteaux, barres de fer et haches). "Lorsque nos soldats sont montés à bord pour arraisonner les bateaux, ils ont été attaqués. Il y avait une centaine de militants qui sont connus pour être des militants islamistes, des terroristes" commente Avi Pazner, porte-parole du gouvernement hébreu. 

Un ancien député israélien Uri Avnery s'est exprimé sur le site d'information palestinien Amin (Arabic Internet Media Network) par des mots ne laissant aucune équivoque :  "C'est un jour de honte pour Israël, et de folie et de stupidité infinie... un jour où le gouvernement israélien a pris grand soin de salir le nom de son pays dans le monde, ajoutant des preuves convaincantes d'agressivité et de brutalité à l'image déjà mauvaise d'Israël dans le monde, décourageant et éloignant le peu d'amis qui lui restaient."

Bien entendu, côté palestinien la condamnation est autant unanime. A une différence près. Ismaïl Haniyeh, chef du Hamas à Gaza, enjoint l'autorité palestinienne à "cesser les négociations, directes et indirectes", alors que Mahmoud Abbas, président de l'autorité palestinienne, n'envisage pas de stopper les discussions menées par l'intermédiaire de la diplomatie américaine.

La plupart des occupants (quarante nationalités) des navires composant le convoi humanitaire de six navires demeurent détenus en Israël.

Voir la vidéo du raid prise par les cameras à bord du Mavi Marmara


Frédéric Dubessy avec l'ensemble des correspondants


Mardi 1 Juin 2010



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Commentaires

1.Posté par KADDOUR le 01/06/2010 20:53
Selon un expert membre des forces spéciales françaises, la dimension juridique a été ignorée, puisque l'assaut a été donné à 80 milles nautiques des côtes israéliennes. «En général, une telle intervention n'est jamais lancée à plus de 12 milles nautiques de la terre car on est alors dans les eaux internationales et la convention des Nations unies du droit de la mer interdit ce type d'action. Sauf exceptions, dont la piraterie.»

C'est un crime grave, au mépris total de toutes les valeurs que nous avons juré de défendre depuis la création des Nations unies».
Israël et La Palestine ont été créés par le "même bulletin de naissance", l'un qui s'agrandit au détriment de l'autre, doit-on continuer à nier la chose, peut-on nier la Shoah? NON,comme on ne peut nier l'existence de La Palestine!
A.K

2.Posté par horchani le 01/06/2010 21:05
Une voix de la sagesse israélienne : Yossi Sarid
Yossi Sarid (membre du parti Meretz, un parti de gauche, laïc, dont il a pris la tête en 1996, qui a siégé, plusieurs, fois à la Knesset, depuis 1973, et qui a été ministre de l'Environnement dans le gouvernement de coalition formé par Yitzhak Rabin en 1992) s’en prend, dans son éditorial, publié aujourd’hui dans le quotidien Haaretz, a ceux qu’il appelle les « Sept idiots du cabinet ». Il vise, explicitement, les membres du « Cabinet de sécurité » dont font partie, notamment, Benyamin Netanyahou et le ministre de la Défense Ehud Barak. C’est ce même Cabinet qui a pris la décision conduisant, lundi, à l'assaut de la Flotille Humanitaire. Il conclut son éditorial en affirmant que « ce club des sept va poursuivre dans ses pratiques néfastes, mettant Israël plus en danger que tout bateau » car, dit-il, « nous sommes dirigés par la folie. Ce gang de Jérusalem va continuer à nous entraîner vers le bas, de plus en plus, étant donné qu’il lui manque le courage pour changer après le désastre ».
HORCHANI Salah

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avis d'expert

Béatrice Chatain, Professeur d'Histoire-Géographie, spécialiste
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