Econostrum | Toute l'actualité économique en Méditerranée

            partager partager

Les intérêts économiques priment entre Espagne et Maroc


L'Espagne est le deuxième investisseur au Maroc (après la France). Le Royaume reçoit ainsi le tiers des exportations espagnoles en Afrique. Au plan économique, le détroit de Gibraltar est donc davantage un lien qu'une frontière. Et même si les sujets de tension ne manquent pas entre les deux États, les entreprises espagnoles gardent l'espoir de trouver au Maroc des marchés alternatifs pour limiter les effets de la crise dans leur propre pays.



Au 18 janvier 2012, Rodrigo Rodriguez est en grève de la faim depuis 61 jours pour protester contre le sort de certains petits entrepreneurs espagnols au Maroc (photo : DR)
Au 18 janvier 2012, Rodrigo Rodriguez est en grève de la faim depuis 61 jours pour protester contre le sort de certains petits entrepreneurs espagnols au Maroc (photo : DR)
C'est une épine qui risque d'infecter les relations commerciales entre l'Espagne et le Maroc. C'est aussi le drame d'un homme qui met en jeu sa vie : Le gérant andalou de la société de construction immobilière Torreblanca, Rodrigo Rodriguez, est en grève de la faim depuis 61 jours à Séville. Cet entrepreneur veut ainsi protester contre le traitement qu'il aurait subi au Maroc, où le constructeur était associé au groupe marocain Addoha pour la réalisation de 240 logements, avant d'être abandonné à son sort sans autre forme de procès.

Rodrigo Rodriguez, dont l'entreprise a donc dû abandonner le pays avec pertes et fracas, accuse : « j'ai pris cette décision extrême parce que je n'ai pas trouvé d'autre moyen de répondre à l'agression, la calomnie, les vexations et les menaces du groupe Addoha ». Au delà du conflit commercial -le promoteur espagnol exige plus de 1 M€ de dédommagements-, l'entrepreneur en grève de la faim veut surtout dénoncer les violences dont il aurait été victime avec ses collaborateurs, dans l'enceinte même de son entreprise au Maroc.

Un cas isolé ? « Non », répond clairement Francisco de Arratia, président de l'Association des Entrepreneurs Affectés par l'Extorsion au Maroc (A.A.E.M) : « Nous avons justement créé notre association pour recenser le nombre d'entreprises espagnoles qui ont été victimes de violations au Maroc, et nous avons actuellement plus d'une vingtaine de témoignages qui nous laissent penser qu'il s'agit d'une véritable « affaire », un système organisé par de grands groupes marocains mettant à profit la corruption et la lenteur du système judiciaire de leur pays pour appliquer des méthodes mafieuses sur le dos des petits entrepreneurs. Le groupe avec lequel la société Torreblanca est en conflit s'en est d'ailleurs pris de la même manière à l'entreprise catalane Formarroc ».

L'énergie : un secteur clé

Francisco de Arratia attaque avec la même vigueur les représentants politiques et diplomatiques espagnols : « On ne peut pas demander à des entrepreneurs d'aller investir dans un pays où leur intégrité physique n'est pas garantie, puisque dans le cas de la société Torreblanca, il y a eu une intrusion et des violences aux personnes dans les locaux mêmes de l'entreprise ! Et pour toute réponse, nous n'avons trouvé que le silence des autorités espagnoles ».

Sans doute l'importance des enjeux économiques entre l'Espagne et le Maroc explique-t-elle cette attitude. Car les deux pays restent très dépendants l'un de l'autre comme le montre la visite mercredi 18 janvier 2012 du premier ministre espagnol Mariano Rajoy au Maroc. L'Espagne est le deuxième investisseur au Maroc (après la France), et c'est vers le Maroc que part le tiers des exportations espagnoles en Afrique.

En 2010, la valeur des marchandises espagnoles ayant traversé le détroit de Gibraltar à destination du Royaume chérifien a atteint 3,45 mrds€. Plus de 800 entreprises espagnoles sont présentent au Maroc, dont une grande partie de promoteurs, qui participent aux grands projets d'aménagement du pays. Des entreprises ibériques qui opèrent par ailleurs dans des secteurs aussi divers que la banque, les télécommunications, le tourisme, la métallurgie, l'agro-alimentaire, la confection et l'énergie. Ce dernier marché est l'un des secteurs clés dans la collaboration hispano-marocaine. Car l'Espagne entend faire valoir son savoir-faire en matière d'énergies renouvelables pour se positionner au mieux dans le projet de création de trois centrales solaires (et plusieurs parcs d'éoliennes) au Maroc, en 2013 et 2014. Le consortium Avaesen, regroupant une vingtaine d'entreprises de la région de Valencia, est d'ailleurs aujourd'hui le mieux placé dans le projet d'aménagement d'un complexe photovoltaïque près de Ouarzazate permettant d'offrir une puissance de 125 mégawatts grâce à l'énergie solaire. Un marché estimé à 300 M€.

Au delà des frictions

Youssef Amrani , nouveau Secrétaire Général du Ministère Marocain des Affaires Extérieures et de la Coopération : « Faisons en sorte que l'Espagne soit notre point d'attache en Europe pour le grand projet de la Méditerranée » (photo : FM)
Youssef Amrani , nouveau Secrétaire Général du Ministère Marocain des Affaires Extérieures et de la Coopération : « Faisons en sorte que l'Espagne soit notre point d'attache en Europe pour le grand projet de la Méditerranée » (photo : FM)
À ces intérêts économiques s'ajoutent les échanges démographiques, avec 774 000 Marocains vivant en territoire espagnol (deuxième communauté étrangère en Espagne). Même si ces liens économiques et démographiques n'empêchent pas les tensions, notamment au niveau politique, comme c'est épisodiquement le cas avec le problème du Sahara Occidental, ou avec le statut des deux villes espagnoles enclavées en territoire marocain : Ceuta et Melilla .

En ce moment, ce sont surtout les questions relatives aux accords de pêche qui provoquent les plus fortes frictions entre les deux pays. En décidant de ne pas proroger l'accord de pêche entre l'Europe et le Maroc, le Parlement Européen a remis en cause, de fait, les 119 licences octroyées à la flotte européenne, dont une centaine revenait aux pêcheurs espagnols des régions d'Andalousie et des Canaries.

De leur côté, les autorités marocaines ont conscience d'avoir, sur l'autre rive du détroit de Gibraltar, un État qui peut les aider à faire le lien avec le marché de la Communauté Européenne, comme l'indiquait récemment, dans une tribune du journal El Pais, le nouveau secrétaire général du Ministère Marocain des Affaires Extérieures et de la Coopération, Youssef Amrani : « Faisons en sorte que l'Espagne soit notre point d'attache en Europe pour le grand projet de la Méditerranée ». Youssef Amrani est un fin connaisseur de l'Espagne, où il a exercé des fonctions diplomatiques,et où il était secrétaire général de l'Union Pour la Méditerranée (en poste à Barcelone), jusqu'à son entrée dans le gouvernement marocain.

Un homme bien placé pour affirmer que « les relations entre le Maroc et l'Espagne sont et continueront d'être stratégiques pour les deux pays pour des raisons diverses. (…) Il faut donc poser comme grand objectif l'instauration des bases d'une alliance inébranlable [entre les deux pays] qui en finisse avec la méfiance et les préjugés ». Il faudra aussi se défaire des « épines » qui pourraient miner cette volonté.

Lire aussi : Le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy en visite officielle au Maroc




Mercredi 18 Janvier 2012



Lu 3435 fois


Les articles qui devraient vous intéresser
< >

Jeudi 1 Décembre 2016 - 10:48 La Tunisie engrange 14 mrds€ d'investissements


Commentaires

1.Posté par stabilo le 19/01/2012 09:37
A l’initiative de son Bureau, l’ACIA (Association Citoyens d’Ici et d’ Ailleurs) a réuni une cellule de crise. Un important travail de structuration a été fait. Cela se traduit par les actions suivantes :
. Action juridique : plusieurs bureaux d’avocats ont été contactés et une procédure en justice est lancée.
. Action communication :
- un site internet d'information concernant cette crise sera mis en ligne à l’adresse suivante http://www.addoha-excelia.com ;
- un porte parole officiel a été nommé. Il a pour charge de répondre à toutes les sollicitations de façon à rendre notre communication plus cohérente par le biais d’un seul vecteur. Il s’agit de Mr. Mohammed, initiateur de la Cellule Juridique dès le début. Dalila reste en deuxième ligne sur cette fonction de porte-parole, pour laquelle un minimum de cohésion et d’unicité du discours sont indispensables
- une veille quotidienne est réalisée sur les derniers événements
- la cellule de crise échange ou se réunit plusieurs fois par semaine pour faire face à l’évolution de la situation et adapter son action.
- La stratégie de communication est maintenant parfaitement au point.
L’ACIA (Association Citoyens d’Ici et d’ Ailleurs) représente des centaines de Marocains résidents à l’étranger (MRE) qui ont fait confiance au groupe immobilier ADDOHA en achetant en 2006-2007 des appartements à Saidia au Maroc dont la livraison était initialement programmée en 2009-2010. Le constat actuel est que seul 30% du projet a été livré avec du retard et de nombreuses malfaçons et le 70% restant est en cours d’achèvement. Leur principale préoccupation est liée aux multiples reports des dates de livraisons annoncées par ADDOHA et non tenues.
Compte tenu de la situation et des démarches individuelles des différents acquéreurs restées sans réponse et aux fausses promesses répétées du groupe ADDOHA, ACIA a décidé de réagir avec force et conviction.
Vous l'aurez compris, les RME ont un rôle incontournable à jouer dans ce scandale immobilier. Il leur appartient, en leur qualité de citoyens marocains, acteurs économiques majeurs de leur pays, de reprendre la main sur cette affaire.
Une assemblée générale de tous les membres est prévue au printemps prochain.

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

2.Posté par stabilo le 22/01/2012 13:04
Bonjour,

Merci pour vos infos, néanmoins de quelles reprises de travaux parle t-on? Celles de 2006? 2007?..., 2012?
Une personne proche d'ACIA s'est rendue à Saidia la semaine dernière et nous a annoncé que les travaux se limitent au " G5-1,2,3,4. Au G5-5 il n y a que les dalles des étages, et le G6, G7, G8 et G9 n'existent toujours pas".

Depuis la commercialisation du programme les jardins de Moulouya sur environ 3100 logements il n' y a que 700 logements qui ont été finis mais pas tous livrés à cause des vices de forme. Ne soyez pas naïfs, ce n'est pas en 6 mois qu'on vous livrera 2400 logements. C'est l'équivalent d'une ville, chers amis. Donc il va y avoir des années de retard. N'oubliez pas que Excelia ancien Urbatlas ou Fadesa-Maroc a cédé en fin d'année des parts à un autre organisme, la CDG.

Nous ne sommes pas sortis de l'auberge avant 3 ou 4 ans.
Face à ces retards de livraison l'association ACIA propose à ses adhérents un formulaire de mise en demeure qui sera envoyé au groupe Addoha afin de réclamer les pénalités de retards. Sans ce document la loi ne vous accordera rien (c'est la loi). Pour le recevoir prenez contact avec ACIA par email : victimes.addoha@yahoo.fr.
Nous allons aussi nous rendre le vendredi 10 et le samedi 11 février au SMAP de Bruxelles pour une "visite de courtoisie" pour nous faire entendre. Le RDV de départ sera donné devant l'agence du groupe Addoha à Asnières.
Je reviendrai prochainement vers vous pour vous donner plus de détails.
Merci de faire passer ce message aux personnes qui ne peuvent pas se connecter au net.

http://www.addoha-excelia.com

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

3.Posté par stabilo le 24/01/2012 09:38
INEDIT: Les MRE de France vont manifester !
Publié le 24/01/2012 02:12 dans Continental News

Plusieurs marocains résidents à l’étranger ont décidé de manifester le samedi 11 février 2012 à Paris devant le siège du promoteur immobilier marocain ADDOHA avant de se rendre à Bruxelles où se déroulera du 10 au 12 du mois prochain le salon de l’immobilier marocain (SMAP). Le groupe Addoha vient de lancer des projets ambitieux au Maroc et en Afrique alors que la construction des milliers de logements vendus sur plans accuse des années de retard à Saïdia (nord-est du Maroc). "Nous espérons que la justice fasse vite, que les professionnels de l'immobilier, les représentants des MRE et les tutelles viennent en aide, et que des solutions soient trouvées pour relancer les chantiers et soulager ces familles qui sont dans une grande misère morale", a déclaré Mohammed, porte-parole de l’association ACIA (Association Citoyens d’Ici et d’Ailleurs).

"On nous a vendu un Jardin, un paradis et nous vivons l'enfer" a enchainé Bachir un des acquéreurs de logements de la résidence "Jardins de Moulouya" à Saïdia, réalisée à 30% avec 4 ans de retard alors qu'ils en ont payé 70%.

"On se demande ce que ADDOHA a fait avec notre argent"


Plusieurs franco-marocains ont décidé d’apporter leur soutien aux contestataires "pour appeler le ministre de l’habitat et les organisateurs du SMAP immo à ne pas cautionner les promoteurs peu scrupuleux comme Addoha pour jouer avec l'argent des marocains résidents à l’étranger", a expliqué l'un d'entre eux, Lotfi, avocat à Paris. "On se demande ce que ADDOHA a fait avec notre argent, et comment les tutelles continuent à soutenir ce groupe ?", a déclaré de son côté Ali, l'un des acquéreurs de logements inachevés à Tanger, aujourd'hui contraint de suspendre son crédit "pour pouvoir continuer à vivre". Mme LAHLOU, représentante du groupe ADDOHA Excelia est restée injoignable.

B. BRUN]url:http://bruno.blogs.continentalnews.fr/?page=article&amp;id=1975

Pour signaler un abus, écrire à redaction@econostrum.info

Droits d'auteur et/ou Droits sur les Dessins et Modèles
Le présent site constitue une œuvre dont Econostrum.info est l'auteur au sens des articles L. 111.1 et suivants du Code de la propriété intellectuelle. La conception et le développement dudit site ont été assurés par la société Econostrum.info. Les photographies, textes, slogans, dessins, images, vidéos, séquences animées sonores ou non ainsi que toutes œuvres intégrées dans le site sont la propriété d'Econostrum.info. Les reproductions, sur un support papier ou informatique, du dit site et des œuvres qui y sont reproduits sont interdites sauf autorisation expresse d'Econostrum.info.















RÉflexions

Réflexion

Pendant ce temps, la guerre du pétrole ne faiblit pas...


avis d'expert

Par Guillaume Almeras, consultant indépendant, associé au groupe d'analyse de JFC Conseil


 




Actus par zones

Algérie Bosnie-Herzégovine Égypte Espagne France Grèce Israël Italie Jordanie Liban Libye Maroc Portugal Syrie Tunisie Turquie Europe MENA















Suivez econostrum.info en direct sur Facebook








  L'actualité économique
en Méditerranée, avec le soutien
de nos partenaires :
Anima       BEI
 
PlanBleu          avitem
 
Euromediterranee
Région PACA        EDF
 
AeroportMP            Femise