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Les exportations tirent l'économie espagnole


Le dynamisme des exportations espagnoles se confirme, particulièrement dans les secteurs de l'automobile, l'agroalimentaire et la chimie. De bons résultats justifiés en grande partie par les gains de productivité réalisés ces dernières années, sous la pression de la crise économique.



Au delà du Canigou, la France est le premier client des entreprises exportatrices espagnoles (photo F. Matéo)
Au delà du Canigou, la France est le premier client des entreprises exportatrices espagnoles (photo F. Matéo)
ESPAGNE.Voici bien longtemps que l'Espagne n'était pas montrée en exemple sans être mise à l'index. Depuis le début de la crise, voici cinq ans, c'est même la véritable seule bonne nouvelle économique : le pays se distingue par le dynamisme de ses exportations. Ce segment représente plus de 222 mrds de chiffre d'affaires annuel, et progresse de 3,8% en un an.
 
La première raison de cet engouement à l'international pour le « made in Spain » tient évidemment au sévère ralentissement de la consommation à l'intérieur des frontières de l'Espagne. La crise a simplement obligé à chercher de nouveaux débouchés aux entreprises espagnoles qui n'en trouvaient pas sur le marché interne. 35 000 nouvelles entreprises sont ainsi parties à la conquête des marchés étrangers au cours des cinq dernières années, et aujourd'hui 136 000 sociétés sous bannière espagnole exportent leurs marchandises dans le monde. « Il est vrai que l'internationalisation des entreprises espagnoles s'est accentuée, mais la tendance allait déjà en ce sens au cours des deux dernières décennies », précise Rafael Myro Sánchez, professeur d’Économie Appliquée l'UCM (Universidad Complutense de Madrid). : « La véritable nouveauté concerne les bonnes performances à l'exportation de certains secteurs comme l'automobile, qui profite sensiblement des gains de productivité, et qui nous permet aujourd'hui d'être sur ce segment encore plus dynamique que l'Allemagne. »

La flexibilité dope le secteur automobile

Rafael Myro Sánchez, auteur d'un ouvrage sur les exportations espagnoles (photo FM)
Rafael Myro Sánchez, auteur d'un ouvrage sur les exportations espagnoles (photo FM)
Une évolution surtout avantageuse pour les grands groupes industriels. « 5 % des principales entreprises exportatrices espagnoles représentent 75 % des exportations », note Rafael Myro Sánchez. Ce sont aussi ces « majors » de l'économie qui ont profité au mieux des gains de productivité, réalisés essentiellement à travers la réforme du travail engagée par le gouvernement de Mariano Rajoy. Dans les grandes entreprises, les effets délétères de la crise économique ont notamment conduit syndicats de salariés et patrons à s'entendre sur davantage de flexibilité de l'emploi, en maintenant la pression sur les salaires (avec un SMIC à 641,40 € par mois).
 
Et ce sont en effet les constructeurs automobiles qui ont su les premiers s'adapter aux nouvelles règles, comme le prouvent les exemples de Renault à Palencia (province de Castille et Leon), mais également de Ford, qui a augmenté d'un tiers le nombre de ses véhicules produits en Espagne au cours du premier semestre 2013, à la faveur des accords sociaux. Des augmentations de productions en lien direct avec la croissance des exportations de véhicules, qui grimpent de 8,8% au cours de la même période. 86% des voitures fabriquées en Espagne sont d'ailleurs désormais destinées à l'exportation en Europe, surtout vers la France et l'Allemagne. Tout un symbole.

La France, premier client

Présentation du modèle de voiture électrique Volar-e à Barcelone. L'automobile est le secteur qui profite le plus de la mutation du modèle productif espagnol (photo Commission Européenne)
Présentation du modèle de voiture électrique Volar-e à Barcelone. L'automobile est le secteur qui profite le plus de la mutation du modèle productif espagnol (photo Commission Européenne)
Deux autres grands secteurs d'activités progressent également sensiblement à l’international. Il s'agit d'abord l'agroalimentaire, et plus seulement au niveau des matières premières (fruits & légumes), mais aussi sur le segment des produits transformés. « L’Espagne est ainsi devenue le deuxième exportateur mondial de vins », confirme Rafael Myro Sánchez. Plus surprenants, les bons chiffres du secteur de la chimie, et plus particulièrement des médicaments produits en Espagne, qui représentaient 0,3% des exportations en 2000, contre 4,5 % aujourd'hui.
 
Dans tous les cas, l'Europe reste le premier marché pour les entreprises exportatrices espagnoles, et la France le premier client : les exportations vers l'Hexagone ont représenté un total de 36 mrds € en 2012. « Et ce chiffre devrait encore progresser significativement en 2013 », estime Rafael Myro Sánchez, « même si les hausses les plus importantes sont enregistrées vers les marchés émergents, à commencer par l'Asie : les exportations ont augmenté de 55 % en cinq ans vers ce continent, et de 51 % vers l'Amérique latine et de 49% vers le Maghreb. »

Changement de modèle productif

Le rythme soutenu des exportations profite aux ports espagnols, comme ici à Barcelone (photo F. Matéo)
Le rythme soutenu des exportations profite aux ports espagnols, comme ici à Barcelone (photo F. Matéo)
Si les exportations demeurent désormais le principal moteur de l'économie espagnole (avec le tourisme), c'est donc en grande partie grâce à ces gains de productivité qui semblent durablement ancrés dans les rouages de l'industrie espagnole. Toute la question étant maintenant de savoir si ce nouveau modèle productif, qui porte ses fruits pour les entreprises exportant leurs produits à l'étranger, sera valable dans le cadre d'une reprise interne de l'économie ; il est probable que la baisse des salaires -ou pour le moins la diminution généralisée du pouvoir d'achat- se répercutera sensiblement sur la consommation. Surtout avec un chômage qui atteint toujours 27% de la population active, et qui semble lui aussi durablement installé dans le panorama socio-économique espagnol. Car même si le dynamisme des exportations reste un facteur de création d'emplois, c'est en partie en dehors des frontières de l'Espagne que ces bénéfices se mesurent, en tout cas pour les 2 300 sociétés espagnoles qui disposent de filiales à l'étranger.
 
Pour Rafael Myro Sánchez, ce changement de modèle productif ne laisse en tout cas aucun doute : « Si nous savons conjuguer la flexibilité avec l'innovation technologique, comme savent le faire aujourd'hui les grandes entreprises espagnoles exportatrices, ce sera forcément bon pour l'économie. »
 
Une équation qui n'est pas si facile à mettre en œuvre dans un pays où la dégradation du marché de l'emploi pousse les plus jeunes actifs, à commencer par les diplômés, à chercher fortune hors des frontières. Une « exportation de matière grise », en somme, dont l'Espagne se passerait bien.




Mercredi 6 Novembre 2013



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