partager partager

Les économistes Lorenzi et Reiffers pour une zone monétaire en Méditerranée

Les deux économistes ont recommandé samedi 10 octobre 2009, lors des 5èmes rendez-vous de la Méditerranée, à Marseille, l’instauration d’une zone monétaire permettant d’ancrer les pays du sud de la Méditerranée à l’euro et la création d’une banque méditerranéenne de développement, à l’image de la BIRD.


Zone monétaire et Banque Méditerranéenne de Développement sont les deux gestes forts indispensables pronés par Jean-Louis Reiffers... (Photo DR)
Zone monétaire et Banque Méditerranéenne de Développement sont les deux gestes forts indispensables pronés par Jean-Louis Reiffers... (Photo DR)
FRANCE / MEDITERRANEE. Jean-Hervé Lorenzi, président du Cercle des Economistes, et Jean-Louis Reiffers, président du conseil scientifique de l’Institut de la Méditerranée, appellent à la création d’une zone monétaire en Méditerranée et d’une Banque Méditerranéenne du Développement.

Pour les deux économistes organisateurs des 5ème Rendez-vous de la Méditerranée samedi 10 octobre 2009, à Marseille, la crise n’est pas finie, la situation risque même de se détériorer en 2010 et 2011. Ils craignent donc « l’impact majeur que ce choc pourrait avoir sur les pays méditerranéens ».

Une étude de la Femise sur les pays méditerranéens face à la crise, coordonnée par Jean-Louis Reiffers et l’égyptien Ahmed Galal, de l’Economic Research Forum, souligne que les quatre canaux de transmission de la crise aux pays méditerranéens sont au rouge.

Ainsi, les exportations de biens seront en chute en 2009 dans de nombreux pays (-40% en Algérie, -28% en Egypte, -25% en Tunisie et en Turquie, -23% au Maroc, …), les importations sont toujours en hausse (+ 6,4% en Syrie, +3,3% au Liban, +2,7% en Jordanie, +2,3% en Egypte, …), les importations de revenus de migrants sont en baisse (-17% en Algérie, -15% en Israël, -12% au Liban,…) et les investissements étrangers en forte baisse (-50% sur l’ensemble de la zone au 1er semestre selon Anima.)

Stabiliser les taux de change autour de l'Euro

...et par Jean-Hervé Lorenzi (photo DR)
...et par Jean-Hervé Lorenzi (photo DR)
La croissance perdure dans un certain nombre de pays du Sud de la Méditerranée mais à un niveau très inférieur à celui des années précédentes (+ 3 à 4% en 2009 selon la Banque Mondiale). « Cette détérioration joue fondamentalement sur les capacités d’intervention des différents acteurs, dont les banques centrales, mettant en danger, à terme, à la fois la solvabilité de certains Etats souverains, les marchés de l’emploi et les politiques de lutte contre la pauvreté », soulignent Lorenzi et Reiffers.

Les deux économistes mettent donc en avant « l’absolue nécessité » de protéger cet espace en mettant enfin en œuvre des politiques méditerranéennes régionales. Avec pour priorité, la constitution d’un vaste marché.

Pour eux, il faut franchir une étape décisive dans l’intégration monétaire en fixant « des taux de change stabilisés entre les principales monnaies de la région, principalement autour de l’euro, ce qui passe par la mise en place d’un dispositif institutionnalisé qui permette de faire jouer la solidarité entre banques centrales de la région ». Une sorte de serpent monétaire permettant d’ancrer ces pays à l’euro, avec un taux de change flottant qui serait soutenu par les banques centrales.

Une banque de développement focalisant sur les PME

Deuxième initiative souhaitée : la création d’une Banque Méditerranéenne du Développement, qui est, selon eux « la seule façon d’apporter une vraie réponse aux problèmes de financement des économies, en particulier des PME, point de passage incontournable pour les créations d’emploi».

« On ne fera pas de transferts massifs vers la zone Méditerranée sans y mettre un symbole fort. La création de la BIRD a été pleine de symbole. Il faut faire de même pour la Méditerranée », assure Jean-Hervé Lorenzi.

Car, « à force de jouer petit bras dans l’Union pour la Méditerranée, on n’avance pas », regrette Jean-Louis Reiffers.

UPM à géométrie variable

Une pierre dans le jardin d’Henri Gaino venu expliquer que « le 1er succès de l’Union pour la méditerranée est d’être encore vivante ». « On a pris du retard mais la volonté exprimée par les peuples de la méditerranée de ne pas détruire l’UPM montre l’envie de continuer », a souligné le président de la mission UPM à la présidence de la république française.

Pendant le blocage politique due à la guerre de Gaza, « nous avons continué à travailler sur les projets. Tout cela avance », a-t-il précisé.

Pour ce dernier, l’important est d’avoir « inventé une nouvelle façon de travailler à 43 pays, selon une géométrie variable selon les projets, nul ne pouvant récuser un autre membre de l’UPM »


Aliette de Broqua


Dimanche 11 Octobre 2009



Lu 2133 fois
© Copyright Econostrum.info
Conformément au code sur la propriété intellectuelle, toute reproduction ou transmission de cet article est strictement interdite, sauf accord formel d'Econostrum.info


Publicité




avis d'expert
Aux racines de la croissance verte en région Méditerranée
Dr. Christian Averous Par Dr. Christian Averous, économiste de l’Environnement
Promouvoir une croissance verte dans la région Méditerranée, en soutien au développement durable et à la réduction de la pauvreté, s’impose comme défi majeur de notre temps. English version

Pour une réorganisation des relations entre l’Union européenne et les pays méditerranéens
Jean-François Coustillière Par Jean-François Coustillière, consultant sur les questions euro-méditerranéennes
Aujourd’hui l’Union européenne (UE) dispose de trois cadres différents qu’elle a, elle-même, proposés, pour organiser la coopération en Méditerranée : le Processus de Barcelone (PB) né en 1995, la politique européenne de voisinage (PEV) née en 2003 et l’Union pour la Méditerranée (UpM) née en 2008.

Aspects géopolitiques de la crise syrienne
Michel Roche Par Michel Roche, consultant
Depuis plus d’un an la Syrie vit un drame et on ne voit pas émerger une solution. Les résolutions pourtant peu ambitieuses des Nations Unies, ne sont pas respectées et l’envoi d’un contingent d’observateurs qui atteindra 300 hommes (sic) parait bien dérisoire face à l’ampleur de la crise.