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Les conséquences des changements politiques en Espagne


Les dernières élections municipales et régionales en Espagne confirment la montée des nouvelles formations d'opposition (Podemos et Ciudadanos) face aux deux grands partis de gouvernement (PP et PSOE). Une diversification du paysage politique espagnol qui illustre des changements sociologiques en rapport avec la réalité économique espagnole.



Ada Colau portée par son engagement militant jusqu'à la mairie de Barcelone (photo Guanyem)
Ada Colau portée par son engagement militant jusqu'à la mairie de Barcelone (photo Guanyem)
ESPAGNE. Deux femmes symbolisent cette semaine le changement politique amorcé en Espagne avec les élections municipales et régionales du 24 mai 2015 : Manuela Carmena et Ada Colau. Deux candidates promises à devenir maire dans les deux plus grandes villes d'Espagne, Madrid et Barcelone, comme représentantes de coalitions soutenues par Podemos, le mouvement de gauche qui monte dans le paysage politique espagnol. Deux femmes issues de la société civile comme symboles de ce que le sociologue Ricardo Romero appelle un « basculement générationnel. » :  « elles incarnent les aspirations d'un grand nombre d’électeurs nés après le processus de transition démocratique des années soixante-dix, et qui ne se reconnaissent plus dans l’offre politique des deux grands partis qui contrôlent les institutions depuis plus de trente ans. »
 
Le Partido Popular (PP) du président du gouvernement Mariano Rajoy et le PSOE s'avèrent en effet les grands perdants du dernier scrutin. Ces deux partis ne représentent plus que 55 % des votes en Espagne. « Les élections illustrent à la fois un virage à gauche de l'électorat espagnol et une confirmation de la remise en cause du bipartisme », confirme Ricardo Romero. Une érosion d’autant plus significative que les nouvelles formations n'étaient pas représentées sur l’ensemble du territoire à l’occasion de ces élections municipales et régionales, où le PP a notamment payé les conséquences des nombreuses affaires de corruption. En quatre ans, le Partido Popular a perdu 2,4 millions d'électeurs et le PSOE près de 700 000. Avec en corollaire la montée des deux nouvelles forces politiques représentées par Podemos (l'équivalent du grec Syriza) et le parti de centre-droit Ciudadanos.  

Un nouveau modèle économique et social

Des résultats électoraux dans le prolongement du mouvement des « Indignés » du 15M (Photo F. Matéo)
Des résultats électoraux dans le prolongement du mouvement des « Indignés » du 15M (Photo F. Matéo)
Ces tendances électorales autorisent évidemment à s'interroger sur l'issue des prochaines élections générales en Espagne, prévues dans six mois. Mais ce n'est pas une source d'inquiétude pour Rafael Myro, professeur d’Économie Appliquée de l'UCM (Universidad Complutense de Madrid) : « Bien au contraire ! C'est une excellente occasion d'affronter la sclérose institutionnelle de notre pays. C'est un moyen d'inventer un nouveau modèle économique et social qui soit plus efficace et moins excluant. »
 
Selon Rafael Myro, la remise en question du bipartisme en Espagne témoigne aussi du rejet d'un fonctionnement économique souvent défini comme le « libéralismo de amiguetes » (littéralement : « libéralisme des copains ») à cause de la collusion entre pouvoirs politique et économique, avec une corruption dont témoigne de la manière la plus spectaculaire le cas de Rodrigo Rato. Plus proche des options de Ciudadanos que de celles de Podemos, l'économiste de l’Université de Madrid perçoit l’émergence de ces nouvelles formations politiques comme « un rejet salutaire des inégalités qui n’ont cessé de grandir depuis le début de la crise, et qui représentent un véritable obstacle au développement économique. »

« une croissance plus distributive »

Une réaction dans les urnes à l'aggravation inquiétante des inégalités (F. Matéo)
Une réaction dans les urnes à l'aggravation inquiétante des inégalités (F. Matéo)
La dernière étude de l'OCDE prouve cette aggravation des inégalités : les revenus de la population espagnole la plus pauvre ont baissé de 13 % entre 2007 et 2011, alors que ceux de la tranche des contribuables les plus riches ont diminué dans le même temps de 1,4 %. Désormais, 10 % de la population la plus riche représente 43 % des richesses en Espagne, alors que d'un autre côté, 60 % d'Espagnols doivent se partager 20 % de l'ensemble des revenus du pays. Certaines catégories demeurent davantage touchées, dont les plus jeunes, pour qui les experts de l'OCDE notent une « nette détérioration ».

La situation de l'emploi reste évidemment directement liée à ce constat, dans un pays où 55 % de la population active de moins de vingt cinq ans est au chômage. Ce qui oblige les jeunes à chercher "fortune" à l’étranger, ou à rester à charge de leurs parents, autre facteur d'appauvrissement des familles, en plus des réformes effectuées depuis le début de la crise visant à réduire les dépenses de l’État, et parmi elles les prestations sociales. Conséquence logique relevée par le rapport de l'OCDE : « Une réduction très nette des revenus pour les foyers ».

Selon Rafael Myro, il faut maintenant transférer dans le secteur économique le basculement générationnel observé dans les urnes, parce que « l'ordre et le développement ne viendront pas d'une classe politique monolithique, mais d'une croissance plus distributive. »
 
Lire aussi : Et si Podemos gagnait les élections en Espagne ?




Mardi 26 Mai 2015



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