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Les choses commenceraient-elles à bouger du côté du 5+5 et de l’UMA ?

Par Michel Roche, consultant indépendant. Associé au groupe d’analyse de JFC Conseil




Les choses commenceraient-elles à bouger  du côté du 5+5 et de l’UMA ?
Nous avons suffisamment déploré les lenteurs de la coopération intergouvernementale en Méditerranée Occidentale pour ne pas nous féliciter des rencontres dans les deux organisations, au cours des semaines écoulées.

Qu’on en juge : pour le 5+5 une réunion des ministres de l’Intérieur à Alger les 8 et 9 avril 2013, une réunion des ministres des Affaires étrangères à Nouakchott le 17 avril 2013, ainsi qu’une réunion parlementaire l’avant-veille, également dans la capitale mauritanienne.
Pour l’UMA : une réunion des ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Éducation à Alger et une réunion des ministres des Transports à Nouakchott ainsi que l’annonce par la Tunisie qu’elle organisera une réunion des ministres des Affaires étrangères.

Certes la presse surtout au nord de la Méditerranée, a été assez discrète, mais l’activité intergouvernementale semble bien reprendre. Qu’en est-il au juste ?

D’abord le 5+5. Le fait que les ministres de l’Intérieur se soient à nouveau réunis constitue en soi un évènement : en dépit de la règle non écrite qui veut que les rencontres soient organisées sur une base annuelle, il n’y avait pas eu de réunion depuis 2009. Alors qu’ils avaient été à l’origine de la relance du 5+5 dans les années 1990, les ministres de l’Intérieur semblaient s’être désintéressés de l’exercice au cours des dernières années. L’importance de la dimension sécuritaire dans la région explique largement l’intérêt d’une relance, et d’ailleurs la réunion d’Alger s’est inscrite dans une série de rencontres régionales. On rappellera aussi la priorité que le gouvernement algérien accorde aux discussions sur la sécurité dans son calendrier international.
Presque tous les ministres ont assisté à la réunion d’Alger et ce niveau de participation souligne l’importance politique accordée au 5+5 Intérieur. Seuls Malte et la France n’ont pas été représentés par leur ministre. Paris privilégie actuellement les contacts bilatéraux; on peut toutefois penser que les réunions de suivi qui devaient se tenir au niveau des administrations permettront à la France de rester en phase avec les orientations données à Alger.

La présidence algérienne a insufflé une incontestable ambition à la réunion et ceci se reflète dans la déclaration publiée à l’issue des travaux. Le texte adopté constitue en effet une sorte de charte pour orienter les activités à venir. Le renforcement de la coopération a été envisagé à travers cinq grands thèmes: la lutte contre le terrorisme, la lutte contre le crime organisé, la circulation des personnes et la lutte contre l’immigration illégale, la protection civile et les collectivités locales. Un mécanisme de suivi doit maintenant permettre la mise en œuvre d’actions concrètes dans chacun de ces secteurs.

Ouverture à la société civile

Venant peu après la réunion du 5+5 intérieur, celle des ministres des Affaires étrangères s’inscrit dans une certaine normalité : le 5+5 affaires étrangères a en effet pris l’habitude de se réunir à la fin de l’hiver ou au début du printemps. Il s’agit toutefois de la première réunion depuis le sommet de Malte de 2012, ce qui est en soi important.

Le fait que les ministres se soient réunis dans la capitale mauritanienne est également significatif, compte tenu de l’atmosphère de crise politique qui règne dans le pays. Pour ajouter à l’intérêt de la réunion, on peut également remarquer qu’elle a été précédée par une réunion des ministres africains sur la situation au Mali. Les pays du 5+5 ont tous participé au niveau des ministres ou des secrétaires d’État.

Bien que la déclaration finale ne soit pas accessible sur le site officiel mauritanien, le communiqué de presse publié à Nouakchott montre que la réunion s’est inscrite dans le fil des précédentes. Sur la base de la relance voulue par le sommet de Malte, elle a aussi innové avec une annonce d’ouverture à la société civile, aux hommes d’affaires et aux jeunes.

L’Italie qui assurait la coprésidence est ainsi parvenue à imprimer un dynamisme qui devrait se refléter dans les travaux à venir. La Secrétaire d'État, Mme Dassu, a proposé que le 5+5 s’ouvre à de nouveaux secteurs : jeunesse, culture, soutien aux PME, santé, mobilité ; et envisagé que les représentants de la société civile soient invités aux réunions « Affaires étrangères ». Elle s’est également prononcée en faveur d’un mécanisme de coordination entre les différents secteurs du 5+5. Ce point concerne certes la « tuyauterie », mais la mise sur pied d’un tel mécanisme constituerait un gage d’efficacité pour le fonctionnement de l’ensemble du 5+5.
Pour sa part, le ministre algérien a annoncé l’organisation d’une réunion sur l’agriculture et la sécurité alimentaire en Algérie, sans toutefois en préciser la date.

Deux thèmes ont plus particulièrement été abordés au titre du dialogue politique: la situation au Mali et la crise syrienne. Compte tenu d’une actualité particulièrement lourde dans ces deux secteurs, les échanges informels entre les ministres retrouvent ainsi un intérêt qu’ils avaient largement perdu au cours des dernières années. Plusieurs commentaires ont souligné l’utilité de ces échanges.

Le Portugal assure désormais la coprésidence. L’annonce par le ministre portugais de l’organisation d’une rencontre de jeunes et d’une rencontre d’hommes d’affaires permet d’augurer l’engagement de Lisbonne à conforter la dynamique constatée à Nouakchott.

Réunion des ministres méditerranéens de l'intérieur

Moins visible que les deux réunions ministérielles, la réunion des parlementaires des pays du 5+5, à Nouakchott, marque la reprise des rencontres de ce type, après une éclipse de plusieurs années. Le contexte politique actuel dans les pays du Maghreb, tout autant que le besoin de définir une nouvelle relation de coopération avec les pays européens, rend d’autant plus utile le dialogue entre les élus. Une relance était souhaitée depuis plusieurs années et même si on peut s’interroger sur le contenu des discussions, on peut supposer que d’autres réunions seront organisées à l’avenir. La présidence portugaise s’est d’ailleurs engagée à réunir les parlementaires en 2014.

Du côté de l’UMA, les ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Éducation se sont réunis à Alger, les 18-20 mars 2013. La coordination et la coopération dans le secteur de l’enseignement supérieur restent bien une priorité, avec notamment une réflexion sur la reconnaissance des diplômes. Les ministres ont également évoqué la possibilité d’un plan d’action dont l’exécution serait suivie par un comité technique.

Les ministres des Transports se sont réunis à Nouakchott les 27 et 28 mars 2013 pour évoquer un certain nombre de grands dossiers techniques : projet ciel ouvert, transports des matières dangereuses par la route, harmonisation des permis de conduire.

Enfin, le Maroc vient d’annoncer une réunion des ministres de l’Intérieur. Son ordre du jour tel qu’il est évoqué dans la presse permettra de prolonger les discussions dans le cadre du 5+5 d’Alger, illustrant le souhait partagé sur les deux rives de la Méditerranée d’une cohésion dans les travaux engagés dans chacun des deux processus.

Les différentes réunions organisées dans le cadre du 5+5 et de l’UMA témoignent donc d’une reprise, mais ni l’une ni l’autre organisation n’a encore retrouvé sa vitesse de croisière. Les perspectives évoquées sont importantes, mais elles doivent encore être traduites de manière concrète. Seule une véritable volonté politique permettra de faire passer du stade déclaratoire à celui des réalisations.

Michel Roche, consultant indépendant.

Mardi 30 Avril 2013




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Michel Roche, consultant indépendant.

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