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Les autorités algériennes contiennent le mouvement de contestation politique


Les autorités algériennes qui viennent officiellement de lever l’état d’urgence en vigueur depuis dix-neuf ans arrivent jusqu’à présent à contenir le mouvement de contestation politique. L’interdiction et l’empêchement des deux premières marches (12 et 19 février 2011) dans la capitale appelées par la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) ont provoqué un éclatement de cette dernière, à la veille de la troisième manifestation (celle du 26 février 2011). Maintenue par une aile de la CNCD, cette marche non autorisée n’a pu se tenir.



Le gouvernement peut compter, pour l’instant, sur le découplage d’un mécontentement social et de l’opposition qui n’arrive pas encore à mobiliser la population. ( marche du 12 février photo AB)
Le gouvernement peut compter, pour l’instant, sur le découplage d’un mécontentement social et de l’opposition qui n’arrive pas encore à mobiliser la population. ( marche du 12 février photo AB)
ALGÉRIE. Le 22 février 2011, la Coordination nationale pour le changement et la démocratie (CNCD) s’est divisée en deux ailes respectivement surnommées par la presse algérienne « partis politiques » et « société civile ». La première compte en son sein le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) et le Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD), des associations diverses et des personnalités telles que Maître Ali Yahia Abdennour.

Président d’honneur de la Ligue algérienne de défense des droits de l’Homme (LADDH), Ali Yahia Abdennour est resté dans cette aile de la CNCD alors que son organisation rejoignait l’autre aile.

Cette dernière se compose de syndicats autonomes (Snapap, Snapest, CLA, Satef, Coordination nationale des enseignants du supérieur solidaires), de la LADDH dont maître Bouchachi est président, du Comité national pour la défense des droits des chômeurs (CNDDC), d’Algérie pacifique, une organisation de bloggeurs…

« La levée de l’état d’urgence démentie »

Tahar Besbas, député du RCD et membre de la « CNCD partis politiques » (photo AB)
Tahar Besbas, député du RCD et membre de la « CNCD partis politiques » (photo AB)
Interrogé par econostrum.info à l’issue de la marche du 26 février 2011, le Docteur Tahar Besbas, député du RCD et membre de la « CNCD partis politiques » s’est déclaré « très satisfait» car «elle vient de démentir la levée de l’état d’urgence. Quand on lève l’état d’urgence, théoriquement, toutes les libertés individuelles et collectives conformément à la constitution sont garanties. Alors que là, on est en train d’enlever à l’Algérien son droit de manifester d’une manière pacifique

Pour Tahar Besbas, la division de la CNCD en deux ailes n’a eu aucun impact sur le déroulement de la marche du 26 février 2011 qui a rassemblé, selon la police, une centaine de personnes et dix fois plus selon les organisateurs. «La preuve, nous dira-t-il, il y a eu plus de monde que la dernière fois. Le nombre de personnes qui ont été tenues à la périphérie de la place des Martyrs est impressionnant. S’ils avaient réussi à passer, on aurait eu 5 000 à 7 000 personnes. Quant au niveau de la place des Martyrs, des deux côtés des artères, ils étaient 1 000 à 1 100 manifestants.» 

Le député considère que « la Coordination a prouvé aujourd’hui que c’est une coordination de la société civile, de partis politiques, de personnalités…»

« La mobilisation continue »

Tahar Besbas explique l’éclatement de la CNCD par le fait que cette dernière était «devenue une entité qui pouvait mobiliser et fédérer autour du changement. Mais certains n’ont pas pu garder le cap.»

Accusant certains d’essayer de diaboliser la CNCD, du fait de la présence en son sein du RCD, Tahar Besbas affirme que ce dernier «a les mêmes droits et devoirs que les autres envers cette coordination.»

Enfin, pour ce qui est de l’avenir, le député est clair : «Le principe d’une marche chaque samedi a été retenu».

Interrogé par econostrum.info, Idir Achour, porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) et membre de l’aile « CNCD société civile », considère de son côté que «l’éclatement de la Coordination est venue de divergences sur le principe du maintien de la marche chaque samedi, mais aussi de l’existence de partis politiques qui veulent avoir la mainmise sur cette structure.» 

Rappelant, en tant qu’initiateur de la CNCD au courant du mois de janvier 2011, que «l’objectif principal était de défier la peur et l’interdiction de marché à Alger dans l’espoir de recréer le mouvement social afin d’aboutir au changement souhaité par le peuple algérien en fédérant l’ensemble des luttes», le syndicaliste de l’éducation considère qu’il faut travailler à «recréer le rapport de forces sur le terrain de la lutte sociale». 

Idir Achour, porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) et membre de l’aile « CNCD société civile » (photo AB)
Idir Achour, porte-parole du Conseil des lycées d’Algérie (CLA) et membre de l’aile « CNCD société civile » (photo AB)

« Tenue de meetings et de conférences »

Tirant un bilan implicitement mitigé des deux premières tentatives avortées de marcher, Idir Achour explique que la «CNCD société civile» a décidé «d’organiser un ensemble d’activités sous forme de meetings et de conférences en vue de toucher les travailleurs, les chômeurs, les étudiants… afin de préparer la véritable marche du changement au courant du mois de mars, si la mobilisation le permet
Confronté à une série de grèves sectorielles (paramédicaux, greffiers de justice, Gardes communaux, étudiants…), le gouvernement lâche du lest en s’engageant à satisfaire l’essentiel des revendications avancées. 

L’objectif est d’empêcher une jonction de ces différents mouvements et de priver la contestation politique de troupes. 

La situation étant très délicate pour le gouvernement, du fait de la situation sociale explosive et de la révolte dans le monde arabe, il semble vouloir éviter tout dérapage en donnant pour consigne aux forces de police : «Objectif zéro blessé lors des manifestations». 

Il peut compter, pour l’instant, sur le découplage d’un mécontentement social bien réel et de l’opposition qui n’arrive pas encore à mobiliser l’essentiel de la population. 


Amal Belkessam, à ALGER


Lundi 28 Février 2011



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Commentaires

1.Posté par andalouse le 28/02/2011 15:56
Le principe d’une marche chaque samedi revient à dire que le temps importe peu, or avec une situation intenable telle que celle qui prévaut en Algérie, il est tout simplement chimérique de s’attendre à un résultat. Des manifestations hebdomadaires(...) est ce vraiment ce qu’il faut pour maintenir la pression sur le gouvernement, un soulèvement populaire doit être spontané et alimenté constamment d’idées nouvelles pour entretenir la pression et s’inscrire dans la durée, or là on démontre tièdement sa détermination de 11H 30 à 14 H et on rentre chez soi se reposer une semaine pour revenir à la charge le samedi d’après. Démarche, planning contraires à l’esprit révolutionnaire, ils sortent des salons ces gens qui veulent juste mettre en marche le moteur et laisser les autres mourir à leur place, le plus choquant c’est de voir les body garde avec leur «machin» de protection pour assurer la sécurité d’un leader d’opposition, un moment de rigolade pour moi qui suis attentive à ce qui se passe en Algérie. Est de cette façon qu’on mobilise les forces vives pour un changement radical du système? Cette dernière marche a prouvé que le système s’est hissé sur le toit d’une camion de police. «Et pourtant elle tourne» disait Galilée autrement dit plus de sérieux vu l’impérieux changement que tous appellent de tous leurs voeux, le peuple Algérien est fatigué d’attendre et d’entendre des discours pieux qui n’accrochent pas, il ne veut plus de sang versé compte tenu que c’est le sien qui coulera dans les caniveaux, une autre stratégie s’impose, et les opinions des citoyens doivent être écoutées et prises en compte. Halte au meurtre des populations innocentes, à la manipulation, et au barrage des énergies sociales biens fondées celles là. L’Algérie mérite une bonne fois pour toute de sortir de sa crise politique de 50 ans. Amen

2.Posté par Imbert de Dion le 01/03/2011 18:39
Je pense au contraire qu'il est "miraculeux" qu'il existe encore des gens capables de défiler pacifiquement en petits groupes, sachant que le risque est maximum : en effet, pour la police, il suffit de filmer tranquillement ! Elle a ensuite tout loisir de régler le problème au " cas par cas". Ceux qui s'exposent à ce genre de risques sont vraiment des héros et méritent toute la considération de gens comme nous, tranquillement installés au balcon de l' Histoire!!!!!

3.Posté par Imbert de Dion le 01/03/2011 18:43
à : IDIR ACHOUR...........
C'est bien d'être à visage découvert ! COURAGE....Nous nous souviendrons !!!!

4.Posté par lilou le 01/03/2011 18:49
Réponse à andalouse : comment veux tu que le peuple manifeste alors que les routes, les trains, les bus, les taxis sont interdit d'entrer en ville et sur la place ce sont des centaines de camions de CRS qui remplissent les rues d'Alger et d'Oran à chaque manifestation. Il n'y a pas de droits dans ce pays, seul le bâton fait rage.

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